Sullivan Lord Editeur

Tag - penser nuit gravement à la santé

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mercredi, février 8 2012

Découvrez trois romans numériques incontournables : Utopia penser nuit gravement à la santé, l'ange déchu et Traqueurs de vampires

L'ange déchu de Scylla, un Ebook qui vous amènera du côté de Scylla, une ville mythologique ou un vampire nommé le Duc Charles Ruthwen se terre depuis plus de 500 ans et s'apprête à rencontrer une certaine Mélanie Leroy...

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Traqueurs de vampires, un autre Ebook, suite directe du premier, qui lui, vous présentera les terribles chasseurs de vampires qui pourchassent le Duc...

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Utopia, penser nuit gravement à la santé, un Ebook de SF et d'humour qui vous emmenera à Utopia, une cité parfaite ou le chômage n'existe pas mais ou la révolte gronde...

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L'ange déchu demeure 19ème du classement des meilleures ventes Amazon Kindle, catégorie Fantastique et Terreur. Traqueurs de vampires reste 65ème des meilleures ventes dans cette même catégorie. Et Utopia est 30ème des meilleures ventes catégorie humour.

La Team



dimanche, février 5 2012

Utopia penser nuit gravement à la santé dans le top 10 des ventes d'Ebook au format Kindle catégorie humour

Un remêde contre le chômage ? A Utopia, le chômage n'existe pas. Utopia, penser nuit gravement à la santé reste 8ème des meilleurs ventes d'Ebook au format Kindle (lisible également sur PC, Mac, Blackberry, Iphone, Ipad ou la tablette Kindle...) catégorie humour. Il se classe aussi 20ème des meilleures ventes d'Ebook dans la catégorie Science-fiction. Et n'oubliez pas, s'ils vous offrent un Chat, votre Gradation approche.

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La Team   


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mercredi, janvier 25 2012

Ebook de SF gratuit. Utopia, penser nuit gravement à la santé, offert aux lecteurs Kindle ce 26 Janvier 2012.

Pour fêter la sortie prochaine d'Elegie pour un vampire au format numérique, Utopia, penser nuit gravement à la santé de Sullivan Lord sera grâcieusement offert aux lecteurs Amazon Kindle ce 26 Janvier 2012. Merci de faire partager cette info à vos amis équipés de tablettes Kindle, Ipad, Ipod, téléphones android... Fans de SF ? Voici un Ebook d'anticipation et de suspens à ne pas louper.  http://www.amazon.fr/Utopia-penser-gravement-sant%C3%A9-ebook/dp/B006NDE1VC/ref=sr_1_fkmr1_1?ie=UTF8&qid=1324563225&sr=8-1-fkmr1 

La Team Sullivan Lord

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dimanche, décembre 20 2009

Utopia, Penser nuit gravement à la santé, premier chapitre online

CHAPITRE UN : DE LA JOIE D'ETRE CITOYEN

J'avais passé les trente premières années de ma vie à m'éreinter comme technicien sur les grandes machines de la cité d'Utopia sans la moindre anicroche. Pas un seul nuage sous mon ciel aseptisé, pas une seule pluie acide, pas la moindre rafale venteuse sur les titanesques blocs monochromes de fibre acier qui occupaient mon univers quotidien. Certes, les saisons alternaient, grises et régulièrement maussades, mais mon existence me semblait parfaite. Bien sûr, je regrettais souvent l'absence du soleil, généralement voilé par la hauteur des immeubles de la ville, mais à la longue, je m'y étais habitué. Pour tout vous dire, j'étais invariablement heureux, même si je ne me souvenais plus du moment précis où cet état extatique avait commencé. Comme tous les humains, j'étais né dans un incubateur, loin des parents biologiques qui m'avaient donné le jour. Et comme une grande partie des citoyens, je faisais en sorte de travailler au Centre en m'y rendant grâce aux immenses rames de métro des transports en commun. Chaque jour, installé sur un escalator mécanique, je me réjouissais de découvrir les dernières publicités holographiques qui s'animaient ça et là, en écoutant les derniers mégatubes du moment.

Ce serait inutile de vous mentir car j'étais fondamentalement heureux. D'ailleurs, j'écoutais chacun de mes supérieurs sans jamais hausser le ton en espérant chaque jour ma Gradation. Dans la gigantesque cité d'Utopia, ce joker demeurait l'unique possibilité pour un salarié de changer de caste, de prendre du galon et de gagner plus d'argent. Devenir un citoyen exemplaire, puis le demeurer, permettait ce genre d'évolution. C'était le seul moyen pour passer d'un univers à un autre, pour rejoindre les superbes immeubles des beaux quartiers, pour rouler en Aérocar de fonction et consommer davantage.Un autre chemin, beaucoup plus hasardeux, consistait à être sélectionné pour participer à une émission de télé-réalité avec de vrais gens à l'intérieur. Parmi les plus populaires, on notait Cro-Magnon où l'on enfermait une famille dans une caverne du Crétacé pour la filmer vingt-quatre heures sur vingt-quatre ou encore le Permis de la peur où l'on plaçait des individus au volant d'Aérocars. Les pilotes suivaient ensuite un parcours prédéterminé au milieu de chauffards robotisés, nommés Autobots. Il y avait aussi quelques jeux étatiques qui permettaient uniquement d'accroître son capital, tels que le tiercé, le quarté, le quinté plus et autres courses de rats. En effet, tous les chevaux étaient morts jadis avant de passer en boucherie. Sûrement à cause de Mc Burger, le roi de la frite.

D'autres jeux plus amusants, tel le Grippe-sous consistait à dénoncer ses voisins au fisc. En cas d'irrégularité fondée, les heureux dénonciateurs remportaient l'ensemble des biens saisis. Toutefois, s'ils faisaient de fausses déclarations, on les spoliait à leur tour, leurs possessions étant offertes aux prochains participants du jeu. Au milieu de tous ces programmes, l'émission qui durait depuis près d'un siècle s'intitulait la Canard Académie où le but du jeu était de chanter le plus mal possible pour grossir les rangs des étoiles filantes.

Ce dernier programme faisait généralement exploser l'audimat, demeurant l'une des émissions télévisées les plus regardées qui soit. La majorité des citoyens rêvaient effectivement de devenir une star, le degré d'élévation ultime, devant le politicien à la langue de bois, le sportif aux mollets de campeur et l'actrice anorexique. Inutile d'ajouter que quasiment tout le monde désirait passer dans cette émission car rien ne paraissait plus agréable que de sniffer des lignes de coke, de collectionner les strings des groupies, et de pouvoir se soûler en toute légalité.

De manière anecdotique, les paillettes et les flaques de vomi concomitantes qui éclaboussaient les vedettes ne m'intéressaient que partiellement. Moins superficiel que mes congénères, je m'interrogeais davantage sur les raisons de ma naissance et de mes origines. Quoique cela ne semblât pas les gêner, l'ensemble des citoyens, n'avait jamais connu leurs véritables parents. De manière singulière, la présence de ces deux étrangers, de ce père et cette mère idéalisés, me manquait terriblement. Qui étaient-ils vraiment ? À quoi ressemblaient-ils ? Comment vivaient-ils ? Autant de questions qui resteraient sans réponses.

Heureusement pour moi, mon potentiel génétique m'avait permis d'être confié aux bons soins des Hauts Dignitaires d'Utopia, ce dont je remerciais les cieux chaque jour. Pourtant, en dépit de ma totale dévotion envers le Centre et sûrement à cause des imperfections de ma carte génétique, ceux-ci ne m'accordèrent jamais la possibilité de fonder une famille. Partant du principe que je ferais sans doute un mauvais père, les Hauts responsables ne me permirent pas de me marier, et encore moins d'enfanter. Cependant, je ne leur en voulais pas car ils savaient mieux que quiconque ce qui était bon pour chacun de nous.

Après tout, ils agissaient pour le bien de tous. Qui mieux qu'eux s'avérait à même de gouverner, de nous dégager de cet immense fardeau qui consistait à gérer une vaste communauté d'écervelés ? Ainsi s'écoulaient les flots doucereux d'une vie paisible, celle d'un énième technicien de maintenance. Enfin, jusqu'à ce petit matin où mon existence bascula dans les méandres d'un conflit titanesque dont je n'aurais jamais soupçonné l'existence.

Lors de cette étrange matinée du 13 ème jour, et de manière exceptionnelle, mon réveil holographique ne daigna pas se manifester. Jenny, la naïade verte aux formes glamour et ampoulées, aux interminables boucles noires, ne m'avait pas réveillée de sa voix terriblement sensuelle, judicieux galimatias de bruits stridents.

Pour une fois, elle dormait debout, la tête sur le côté, les mains dans les cheveux, demeurant aussi stoïque qu'un parcmètre spectral. Un circuit imprimé de la belle plante avait dû cramer quelque part, laissant rêvasser mon hôtesse virtuelle. Son timbre vocal, de plus en plus enroué, aurait pourtant dû m'inciter à la réparer plus tôt. Surpris par l'heure avancée, je ne pus prendre la peine de me laver ou de manger quelque chose. En fait, j'aurais juste le temps de recoiffer ma tignasse courte de cheveux blonds et d'observer les traits enfantins, plutôt harmonieux, de mon visage dans une glace avant de partir. Je m'accordai malgré tout le temps de me raser, histoire de ne pas paraître trop négligé, enlevant les poils d'une barbe naissante, notamment ceux qui recouvraient ma fossette au menton. André s'avérait-il lié à cette blague de mauvais goût ? De l'idiotie de configurer un robot avec des puces ludiques, soufflais-je en enfilant ma seyante tenue bleue et noire, celle des techniciens de maintenance. André étant le diminutif d'androïde, j'avais trouvé ce nom plutôt sympathique. Une sorte de rage incompressible commença à m'envahir car pour la toute première fois de ma vie, j'étais en retard. Un drame cataclysmique qui risquerait de me faire perdre cette Gradation que j'attendais depuis déjà trente longues années.

Rapidement, je fis en sorte de lier les lacets de mes épaisses chaussures de sécurité sombres, puis d'enfiler mes gants noir luisant. L'instant suivant, je jaillissais dans le couloir en prenant soin de passer ma carte magnétique dans le boîtier de contrôle afin de refermer ma porte, une option que de nombreux citoyens oubliaient régulièrement. À Utopia, la criminalité n'existait pas. Cependant, je bénéficiais d'une nature plutôt méfiante, un gène perdu, celui de l'insoumission modérée, traînait quelque part dans mon ADN. Et puis, si les autres résidents apprenaient que je possédais un robot dans ce quartier miséreux, j'écoperais de nombreux problèmes.

L'instant d'après, je fonçais dans les larges couloirs esseulés, une galerie futuriste d'allées bleutées avec de petites loupiotes rondes en guise d'éclairage tamisé. Commençant à paniquer, j'atteignis promptement l'immense palier où se trouvait l'un des ascenseurs d'une taille démesurée. En arrivant devant les diodes clignotantes, les portes métalliques s'ouvrirent avec un grand clong numérique sur une incroyable cage en fer qui convoyait quotidiennement près de cinq cents personnes.

Le bloc où je vivais, c'est ainsi qu'on nommait ces constructions hexagonales, pouvait abriter jusqu'à cinquante mille personnes et s'appelait la Tour du Bonheur. Six ascenseurs, installés à chaque angle de la construction, convoyaient les techniciens en quelques secondes au pied du bâtiment. Comme d'habitude, la cage, incroyablement vaste, s'avérait parfaitement briquée, luisant de mille feux sous l'action régulière des robots nettoyeurs. L'endroit semblait si propre, si irréprochable, qu'on hésitait quasiment à poser ses pieds sur le plancher rutilant.

Quelques années auparavant, j'avais remarqué la présence d'un grand ascenseur, bien plus gigantesque, au centre de la bâtisse. Cela dit, personne ne l'utilisait jamais, comme s'il se trouvait en panne depuis des lustres. À cette heure tardive, les lettres électroniques de ma montre marquaient environ dix heures, la probabilité de croiser un autre individu s'avérait donc nulle. Ici, tout le monde occupait une place prédéfinie dans l'organigramme de la société, et ce dès la naissance. De ce fait et grâce au contrôle régulier des naissances, on ne notait aucune forme de chômage, même partiel. Tous les citoyens étaient mis à contribution pour faire tourner la société dans le bon sens sous l'épée de Damoclès des Hauts Dignitaires et de leurs forces de sécurité.

En voyant mon reflet déformé sur ce sol métallique, je me rendis compte que je me retrouvais seul dans ce lieu incongru pour la première fois. Les centaines de passagers habituels qui vivaient dans la même aile que moi bûchaient tous depuis quelques heures. Bon sang ! pensais-je, en relevant simplement la tête. Cette cage est proprement démesurée...

En effet, je ne m'étais jamais rendu compte que cet habitacle s'étendait sur autant de mètres carrés. Presque contre ma volonté, mon doigt appuya sur le niveau zéro, et non sur le niveau inférieur qui rejoignait les immenses rames de métro. L'absence de présence humaine à mes côtés me fila le tournis, comme si le gigantisme des lieux ne convenait pas à un être aussi minuscule, aussi insignifiant, que moi. Ici, on devait également apprendre l'humilité, celle de la mouche courbant le dos aux araignées.

Arrivé en bas, l'une des grandes portes tournantes s'activa devant moi, me faisant rejoindre la pâle clarté d'un petit matin sinistre. Pendant un instant, je détaillai les immenses ombres des tours qui me faisaient face en dévorant les rayons de l'astre solaire, diaphane panorama de constructions massives ou aériennes s'étendant sous un ciel plombé. Durant ce bref moment, je me mis à éprouver le besoin de marcher à l'extérieur de la tour et non dans les tunnels souterrains. J'avais un besoin impérieux de respirer un peu d'air frais, non conditionné.

Qu'importe que cette atmosphère soit encore polluée par les retombées chimiques ou radioactives des antiques guerres, j'avais fichtrement envie de m'en gaver, de m'en remplir les poumons jusqu'à vomir. Par ailleurs, cela faisait tellement d'années que mes pieds collaient aux escalators que j'ignorais même si je savais encore poser une jambe devant l'autre. Ascenseur, escalator, métro, boulot, dodo et ainsi de suite le jour d'après. Puisque mon corps me réclamait de l'exercice, je sautai au-dessus des tapis roulants, me décidant à transpercer les hologrammes publicitaires qui s'activèrent brusquement, une action hautement illégale. Ce fut là, au milieu de ce décorum urbain, rectiligne amoncellement d'impressionnantes tours blêmes ou ternes, myriades d'hexagones et de sinistres pointes effilées, que j'aperçus un sigle étrange peint à la peinture rouge.

À environ trente mètres de moi, par-delà les bandes macadamisées noires sur lesquelles j'avançais, une figure géométrique de vingt centimètres de diamètre s'étendait sur l'un des blocs de mon quartier. Apposée à même la vitre du hall, jurant carrément avec les couleurs environnantes, cette étrange note de couleur semblait clignoter au milieu du monochrome ambiant.

De toute évidence, ce travail provenait d'une main humaine. Ce cercle pourpre était trop irrégulier pour surgir des traceurs d'un androïde. Par simple curiosité, je m'en approchai à pas feutrés. La prochaine station de métro ne se trouvait pas très loin. Et comme les wagons tournoyaient à l'aide de servo-robots rigoureux, extrêmement respectueux des horaires, j'arriverais au boulot en quelques minutes à peine. Je pouvais donc me permettre une courte marche dans cette atmosphère sulfurée, presque irrespirable. Pas aussi irrespirable que cela, finalement. Je n'éprouvais même pas le besoin de tousser. Çà et là, les avenues s'affichaient, cruellement vides, aussi tristement abandonnées, aussi incroyablement calmes que dans ces ruines maudites où même les corbeaux ne croassent plus. Pour être franc avec vous, je n'ai jamais aperçu cet oiseau de visu. À notre époque, toutes les espèces volatiles sont mortes. Certains citoyens racontent que le corbeau est un animal mythique, une sorte de légende crée par l'esprit humain, tout comme celle des dinosaures. Pourtant, je n'en suis pas totalement certain.

Lorsque j'étais plus jeune, je devais avoir huit ans, j'ai échoué dans l'aile d'un musée d'histoire naturelle. Dans ce mausolée rempli de vieux souvenirs, j'ai cru apercevoir une plume. C'est du moins ce qu'indiquait l'écriteau qui se trouvait sur la vitre blindée. Celle-ci reposait sur du velours rouge, à côté d'autres reliques sacrées ou une mèche de cheveux de Britney. En m'apercevant devant ce joyau, le gardien m'adressa sèchement la parole sur un ton impérieux.

Aujourd'hui encore, je me souviens de notre discussion.

- Tu cherches quelque chose, petit ?

- Du rêve, Monsieur.

- Si tu veux rêver, révise tes examens. Tu n'as rien à faire ici. Les autres de ton groupe sont dans la section maintenance des machines.

C'est là-bas que tu passeras toute ta vie, mieux vaut que tu partes dès maintenant pour apprendre le fonctionnement des engins. Tu n'as rien à faire dans la section consacrée aux siècles précédents.

- Juste une question, Monsieur. À quoi servait cette plume ?

- Elle servait à écrire, mugit-il avant de me renvoyer dans le groupe de formation que j'avais quitté par mégarde. Sans cette étourderie de ma part, je ne serais jamais entré dans cette galerie remplie de vestiges. Docilement, je fis en sorte de rejoindre ma classe en me demandant pourquoi il ne m'avait pas répondu ce que je désirais entendre. À savoir que cette plume servait à voler.

L'instant d'après, je revins au milieu de cette immense ville entièrement vide, déambulant tel l'unique protagoniste d'un mauvais rêve. Un silence monastique englobait les allées d'une irréprochable propreté. Alors et à mesure que je me dirigeais vers la porte du hall recouverte par ce sigle, une pensée saugrenue se fit lentement jour dans ma tête. Qui avait bien pu peindre cet étrange logo cramoisi et dans quelle intention ?

Dubitatif, je me mis à observer ce dessin singulier, peut-être un énième panneau routier, peint à hauteur d'homme. En touchant la mixture qui s'étendait sur la vitre, je me rendis compte qu'on venait juste de la déposer avec une bombe. Des individus portant des tenues orange et noire, celle des artistes concepteurs, devaient sûrement égayer les porches austères. Encore une nouvelle directive étatique pour animer la vie des citoyens. Sur le moment, ce qui me sembla le plus étrange, fut le chemin emprunté par les peintres. En effet, on aurait pu croire qu'ils avaient sciemment évité les tapis roulants, puis marché en dehors des clous, risquant d'encourir de sévères représailles comme je venais de le faire.

Autour de moi, la seule chose qui continuait à vibrer en circuit fermé se résumait à ces placards holographiques publicitaires. Diffusés grâce aux émetteurs installés le long des couloirs de circulation où cheminaient d'habitude des milliers d'individus, les panneaux continuaient à émettre leur musique entêtante, leurs implacables couleurs vives, leurs étranges slogans défiant toute concurrence. Toutefois, on ne voyait que ce sigle rouge, comme si les fantômes publicitaires n'avaient aucune prise sur ce dessin, qu'il transperçait le décor.

Ce fut sûrement la première fois de ma vie que je n'eus guère l'envie de chanter les louanges d'un dentifrice. Ma gorge se noua comme si je me trouvais face à l'un des mystères de la création, quelque chose de si intense, que j'ignorais même comment l'analyser. Ce quelque chose fit naître en moi mille émotions contraires, joie et terreur emmêlée, crainte et extase, religiosité et athéisme absolu.

Sans trop savoir que faire, le corps parcouru de spasmes, je voulus tourner les talons pour m'enfuir. Complètement déboussolé, j'aperçus un second sigle, quasiment identique au premier, à peine trente mètres plus loin. Sans raison apparente, mes genoux s'entrechoquèrent, puis ma tête bourdonna, comme si mon corps ne m'appartenait plus. J'éprouvais une irrésistible envie de m'enfuir conjuguée à celle de me rapprocher le plus possible de ce second dessin. Ces idées contraires me firent enjamber l'un de ces fichus couloirs roulants, m'enfonçant davantage dans les affres de l'insoumission.

A priori, ce graffiti venait d'être peint en toute hâte sur cette benne à ordures rouillée dont le contenu fut ramassé cinq heures plus tôt. Au vu des traces, son ou ses auteurs ne devaient plus se trouver très loin de moi. Des gouttes et des coulures de peinture rouge, encore fraîches, s'étendaient encore sur les pans du réceptacle métallique.Par terre, on pouvait même distinguer des taches écarlates qui se dispersaient vers les limites de la Zone D. Que se passait-il donc ? Tout cela m'intriguait au plus haut point. Partagé entre mon désir de poursuivre cette quête et l'angoisse de croiser une patrouille des forces de sécurité, j'hésitais quelques secondes sur la conduite à adopter. Non seulement, j'étais à la bourre, ce qui risquait de ruiner fortement toutes mes perspectives d'avenir, mais de plus, j'allais pénétrer dans un secteur qui m'était strictement interdit.

Évidemment, j'aurais dû m'engouffrer dans le premier métro pour rejoindre le Centre, mais ces signes m'interpellaient autant que cette fichue plume jadis. Alors, je me rendis compte qu'un troisième symbole déflorait les vitres étincelantes d'une tour annexe, celle des Gens Heureux, et qu'un quatrième reposait sur la paroi grise d'un abri d'Aérobus. Quelqu'un avait systématiquement placardé ces petits cailloux rouges tous les trente mètres environ, m'incitant à les suivre pour éviter de me faire dévorer par le loup. À l'heure actuelle, les artistes devaient longer les murs de démarcation, dans l'objectif avoué de changer de zone, un crime passible de la peine capitale...

Tel Thomas Ericson Poucet, l'inventeur des écrans de portables phosphorescents, je suivis les logos un à un, me frayant un chemin vers les parois. À présent, j'apercevais déjà les hauts murs qui plafonnaient à cinquante mètres de haut, segmentant la ville d'Utopia en quartier de vingt à cinquante blocs. Pour ma part, je vivais dans la Zone D, celle des techniciens, même si à cause d'une urbanisation galopante, les manutentionnaires et autres ouvriers jouxtaient nos immeubles. À nos deux professions, nous couvrions près de cinquante blocs, ce qui faisait de nous les représentants les plus nombreux de la population avec plus de deux millions et demi de personnes.

Beaucoup de rumeurs circulaient sur ces gigantesques murailles. Certains arguaient que les Hauts Dignitaires les avaient érigées pour permettre aux prolétaires d'espérer devenir des nantis en attendant leur Gradation, ce qui pouvait prendre une vie entière ou ne jamais survenir. Pour motiver les troupes, les plus qualifiés (comprenez ceux qui cumulaient le plus de points positifs vis-à-vis des dirigeants) vivaient dans les derniers étages des tours. Plus nous vivions vers les sommets, plus nous pouvions observer les immeubles des classes suivantes par-delà les barrières de séparations. Ainsi, nous pouvions expliquer aux autres citoyens à quel point cela semblait agréable d'avoir des robots domestiques, des Aérocars personnels et autres signes d'opulence. En contemplant cette paroi de béton armé qui voilait les derniers nuages noirs, je me souvins également d'une vieille histoire, presque oubliée. Ces murs généraient une sorte de champ électrique qui s'élevait dans les cieux pour éviter qu'on ne les escalade. Un jour, une femme de mon quartier essaya de franchir cette barrière en sautant par la fenêtre de son immeuble, espérant ainsi bénéficier d'une mort plus digne. La malheureuse s'écrasa contre une paroi invisible avant d'échouer au pied du mur, totalement carbonisée.

Ces strates s'avéraient littéralement infranchissables et le seul moyen de circuler d'un quartier à un autre consistait à passer au travers d'un portail géant, sorte de gigantesque U retourné. Même les véhicules volants des forces de sécurité devaient se glisser sous ces interstices, disséminés aux abords des quartiers. D'ailleurs, seuls les agents des forces de Sécu-réseau pouvaient activer ou désactiver ces sinistres portiques.

En effet, les angles intérieurs des ponts se recouvraient d'étranges cavités rondes. Sorte de bouches noires, installées de manière régulière sur les parois intérieures de l'édifice, les détecteurs thermiques s'enclenchaient dès qu'une forme non autorisée tentait d'y pénétrer. Là, une pluie de lasers déchiquetait le malheureux visiteur sans aucun préavis, transformant un être humain, un véhicule ou quoi que ce soit en un lot d'apéricubes. De nombreux racontars, agrémentés de petits détails glauques, couraient sur le sujet. Cependant et en y regardant de plus près, aucun des funestes points circulaires ne paraissait fonctionner. Les petites lueurs rouges caractéristiques demeuraient éteintes tandis que d'énormes traces noires, sans doute des tirs énergétiques, avaient grillé les principaux boîtiers de contrôle.

Mince, fis-je complètement abasourdi. Les artistes qui repeignaient les halls et les bennes avaient carrément grillé un portail pour continuer à peindre tranquillement dans un autre secteur plus huppé, la Zone B. Quoi qu'il en soit, le dantesque portail devait être fichu et j'aurais pu le franchir sans le moindre mal. C'est à ce moment précis qu'une petite voix intérieure me déconseilla fortement d'aller plus loin.

Avez-vous déjà entendu les résonances de votre moi intérieur ? Après le règne des Anges gardiens prêts à nous guider, puis le Feng Shui qui nous rendait heureux en réparant tous nos chacras malades, la Voix intérieure faisait des ravages dans les médias.

Depuis son passage sur le Dieu télévisuel, tout le monde ne parlait plus que de ça. Ainsi, on venait de découvrir que tous les êtres humains possédaient une voix intérieure qui pouvait, si on l'écoutait soigneusement, nous empêcher de faire des idioties. Moi, la mienne me hurlait à tue-tête de ne pas entrer dans ce quartier interdit, de ne pas passer de l'autre côté du portail, de prendre un métro et d'aller au boulot illico presto. Aussi, et comme tout bon citoyen digne de ce nom, j'ai fait ce que nul autre n'aurait fait à ma place. Je l'ai écoutée palabrer deux secondes avant de lui faire fermer sa grande gueule et de passer de l'autre côté...

Texte de Sullivan Lord extrait du premier chapitre d'UTOPIA, penser nuit gravemement à la santé. Tous droits réservés. Copyright 2004 par Sullivan Lord.


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Chapitre deux du roman Utopia, Penser nuit gravement à la santé

CHAPITRE DEUX : LIBERTE, EGALITE, REPRESSION

Peu sûr de moi, j'avançai sous l'immense arche, parcourant les dix mètres qui me séparaient de la zone d'habitation B. Un frisson me parcourut de part en part puisque j'avais changé de quartier, une chose totalement prohibée par les lois d'Utopia. En entrant dans le périmètre interdit, plusieurs évidences se manifestèrent.

Premièrement, les blocs ne se chevauchaient pas les uns, les autres et demeuraient beaucoup plus petits et très colorés. Les ruelles s'étalaient harmonieusement, bien plus aérées, plus agréables à regarder. On apercevait même des espaces verts, de vraies pelouses et quelques arbres, preuve que ce quartier abritait une antique flore, préservée des ravages post-atomiques. Ici vivaient l'ensemble des représentants de la classe moyenne.

Par habitude, je recherchais une quelconque bouche de métro sans en apercevoir une seule. Dans ce secteur, la majorité de la population possédait un Aérocar personnel, voire même plusieurs. D'immenses couloirs de circulation aériens permettaient à ces véhicules volants de s'élever vers les plus hautes tours qui possédaient toutes des rampes d'accès, des ponts et des couloirs de circulation. Dans le ciel maussade, j'aperçus avec une certaine joie quelques-uns de ces fameux balise-robots, des androïdes chargés de faire la circulation dans ces hauteurs parfois encombrées.

Ici comme dans mon quartier, la seule chose qui ne changeait pas reposait sur l'absence complète d'êtres humains, résultant des horaires de bureau des citoyens.

Par contre, il y avait des droïdes avec des cadres colorés qui se promenaient un peu partout. Certains entretenaient le parc botanique, d'autres balayaient les rues, les derniers ramassaient les poubelles dans un petit engin jaune muni de chenilles. Dans nos blocs, on ne voyait quasiment pas de robots car ils s'avéraient trop onéreux pour nos maigres salaires. Leur prix d'achat restait prohibitif, mais de plus, ils nécessitaient des révisions régulières. En fait, j'étais sûrement le seul de mon quartier à en posséder un. C'était l'une des raisons pour lesquelles, je refermais régulièrement la porte de mon appartement alors que les autres résidents n'y pensaient même pas.

De même, hormis un ou deux couloirs de circulations, les rares Aérocars qui traversaient nos rues se trouvaient bien souvent en piteux état. De vieux modèles soldés, retapés, couverts de points de rouille et aux peintures élimées, comme s'ils venaient des autres secteurs, ce qui était sûrement le cas. Bien que remis en état, ils demeuraient incapables de s'élever à plus de cinq mètres de haut car bien souvent, leurs Gyrostabilisateurs étaient complètement foutus. Devant moi, les trois véhicules stylisés qui reposaient sur le sol exhibaient des peintures flambant neuves, véritables mécaniques futuristes prêtes à vrombir. Intrigué, j'en oubliais quasiment mes lascars et me mis à détailler l'une de ces fantastiques bagnoles.

Une Viper de couleur rouge au design futuriste, garée sur le côté dans un emplacement adéquat, me tendait pour ainsi dire son volant. Elle arborait deux portes latérales qui, visiblement, s'ouvraient par le dessus. Rien qu'en détaillant le tableau de bord, j'eus l'envie soudaine de la piloter, de m'installer dans le siège moelleux, de lancer les Gyros et de m'envoler le plus loin possible de ce monde débile. Je collais ma tête devant la vitre étincellante, en effectuant de gros nuages de buée. Pendant un instant, l'objectif de mon périple en ces lieux, disparut de mon esprit enfiévré.

- Désirez-vous traverser, Monsieur ?

Un fou se retourna en hurlant vers une voix numérique et je me surpris à comprendre qu'il s'agissait de moi. Un androïde chauve de couleur métallique avec de gros yeux blancs et un costume noir me fixait silencieusement. Depuis quand les droïdes portaient-ils des costards ? Même moi, je n'en possédais pas un seul. L'engin me toisait comme le maître d'un hôtel chic qui serait tombé par hasard sur un resquilleur. Il portait même, comble du ridicule, un noeud papillon et se tenait aussi droit que possible.

- Désirez-vous traverser, Monsieur ? reprit-il. Le problème de ces robots protocolaires consistait à vous répéter inlassablement la même question jusqu'à ce que vous leur répondiez. Mieux valait donc lui rétorquer quelque chose.

- Non, fis-je. Laissez-moi, mon brave.

Mine de rien, on m'appelait Môssieur pour la première fois, ce qui produisait toujours son petit effet. Le droïde fila, continuant son chemin en faisant des bruits bizarres à mesure que ses articulations mécaniques s'activaient dans une série de boings pitoyables. Le pauvre ! pensai-je en souriant, narquoisement. On aurait dit un pingouin tant il se balançait de droite à gauche de manière désordonnée. Après la nouvelle ère glaciaire dont fut victime la planète, seuls ces oiseaux purent survivre durant quelque temps. Avant que nous ne mettions la main dessus et apprenions à les cuisiner, bien sûr.

Dans ce quartier, les robots faisaient traverser les vieilles dames et les enfants dans les passages cloutés. Pourtant, dans la Zone D, on jetait le plus futile de ces représentants mécaniques sous une rame de métro juste pour le fun. Posséder un androïde s'avérait hautement risqué. Il s'agissait d'un signe évident de richesse et tout le monde devait demeurer pauvre. Mais ici, celui qui n'en bénéficiait pas passait sûrement pour le miséreux de service.

Un nouveau signe de révolte trancha brusquement ce flot de réflexions métaphysiques. Un grand A majuscule s'affichait sur le flanc de l'engin chenillé des robots éboueurs qui avançait vers moi. Les droïdes, programmés pour servir l'homme, les avaient sûrement laissés faire, ne prenant même pas garde à leurs simagrées. Autrement dit, les artistes concepteurs ne devaient pas être loin, ce qui me laissait largement le temps de les poursuivre.

Sans perdre une seconde, j'allongeai les foulées vers un bâtiment de grand standing aux couleurs orangées, crépi ouaté et pastel. Il ne mesurait que quelques étages de haut, mais chacun de ses appartements bénéficiait d'un large balcon personnel, de fleurs colorées et d'une poignée d'arbustes rares. Un écriteau indiquait son nom : l'immeuble de la Félicité.

En descendant dans le hall du garage, des publicités holographiques s'activèrent subitement, engrangeant des spots pour des produits de luxe ; huiles essentielles, flacons enchanteurs et parfums capiteux. Quoique marchant au milieu des tâches d'huile, et humant les odeurs d'essence de Colza, j'eus l'impression de faire partie de la haute.

Le macadam d'un immense parking vide défila sous mes pieds. Seuls brillaient quelques marquages phosphorescents ainsi qu'une dizaine de néons jaunâtres qui grésillaient dans la pénombre. Etrangement, aucun Aérocar ne stationnait ici-bas. Leurs propriétaires bullaient sûrement dans d'autres bâtiments, plus éloignés. Pas besoin d'avoir fait la Canard Académie pour comprendre que les tenues orange se trouvaient indéniablement dans ces sombres dédales.

L'espace d'un instant, je distinguai une énième marque rouge le long d'un des pylônes centraux, ce qui ne me rassura que moyennement. Après tout, je venais de débarquer dans un secteur que je ne connaissais absolument pas. Rien ne m'indiquait que ce peuple d'autochtones nantis ferait preuve de compassion. Une petite voix intérieure me hurla que j'étais en infraction et que je devais repartir immédiatement dans le sens inverse.

Il me suffirait de filer sous la voûte du parking, de franchir l'arche de séparation avant de rejoindre une rame de métro. Bien que distinguant un symbole rouge à une trentaine de mètres de moi, une étrange sensation m'incita à rebrousser chemin. A ce moment précis, mon regard se posa sur une forme humaine étendue sur le sol, repliée dans un angle et qui respirait de plus en plus difficilement. Effrayé, je me calfeutrai derrière un pilône de béton armé qui se dressait sur le côté, pour en voir davantage. À ma grande stupéfaction, l'individu ne portait pas de tenue orange et noire. De plus, les lueurs fugaces des néons jaunes lui conféraient un air cadavérique...

À quarante mètres environ, peut-être moins, le citoyen qui avait dessiné ces cercles reposait sur le macadam noirâtre dans une posture grotesque, les doigts crispés sur son ventre plein de sang. C'était un garçon blond d'environ vingt ans au visage émacié avec une barbe naissante et des yeux d'un bleu perçant. Il portait des vêtements verts avec de multiples poches ainsi qu'un t-shirt noir délavé. Une cavité béante lui trouait les entrailles de part en part, fumant sans discontinuer pendant qu'il se contorsionnait sous la douleur.

Bien qu'agonisant, l'une de ses mains se figea sur un petit objet cylindrique qui n'était autre qu'une bombe de peinture rouge. Une telle blessure résultait d'un tir de laser, pensai-je affolé en détaillant les ultimes tremblements nerveux du peintre amateur. Bien que sa blessure fût cautérisée par le faisceau énergétique, il mourait à petit feu, gigotant mollement en observant les alentours, complètement perdu.

Un violent spasme me secoua l'échine en me rendant compte de la situation. Autour du malheureux, cinq silhouettes sinistres s'approchaient silencieusement, sortant une à une de derrière les piliers ou elles s'étaient planquées. Engoncés dans leurs tenues de protection bleu nuit, les membres des forces de sécurité portaient de lourdes armes laser en bandoulière. Chacun de ces types arborait un casque muni d'une visière et de lunettes connectées, un plastron renforcé, des genouillères et des coudières souples ainsi que de lourdes rangers coquées.

Visiblement, ils s'étaient dissimulés dans la pénombre du garage pour serrer le gamin avant de l'abattre. Nul doute qu'ils avaient effectué leur boulot facilement, laissant leur supérieur hiérarchique tirer dans le dos du prévenu sans aucune sommation. Un demi-cercle rouge s'étendait à présent sur le mur, au-dessus des cheveux courts du garçon amaigri. Moribond, celui-ci contempla son oeuvre pour la dernière fois en tentant d'attraper son pistolaser afin de répliquer, mais la force lui manqua. Un tir énergétique bleuté lui fit sauter la tête.

- C'est bon ! lança-le lieutenant d'une voix modulée en relevant le canon de son fusil-laser. Cette raclure de chiotte ne nous ennuiera plus. Il ne nous reste plus qu'à appeler l'Aéropolice pour embarquer ses restes.

- Je suis content de rentrer au bercail, ajouta l'un des autres agents. Depuis le temps qu'on traque ce type. Près de cinq heures de filature, j'ai des courbatures partout...

- Rassure-toi, moi aussi ! attesta l'un des autres individus.

En apercevant les visières opaques des casques sous lesquelles se dissimulaient les traits fixes des meurtriers, la peur me prit aux tripes. Le milicien en chef, celui qui portait des écussons jaunes sur son plastron, pianota quelque chose sur une interface qui s'étendait sur son avant-bras droit. Inutile d'en voir davantage. Il envoyait un signal à l'engin volant, indiquant leur position afin qu'il vienne les rechercher. Pourvu qu'ils ne m'aient pas repéré, imaginai-je sottement. En effet, je me tenais toujours derrière ce mince pilier et celui-ci ne me protégerait pas longtemps d'un tir énergétique.

Non seulement, tous les canons des énormes fusil-laser semblaient opérationnels, mais de surcroît, les agents risqueraient de me prendre pour un complice si je me manifestais. De toute ma vie, je n'avais jamais vu un blessé dans un tel état, me répétais-je comme pour me disculper d'un crime que je n'avais pas commis.

- On emporte le corps ! indiqua le leader des forces de sécurité. Les robots nettoyeurs s'occuperont des taches que ce moins que rien a laissées par terre ainsi que sur les immeubles. Nous avons une heure pour tout réparer, guère plus. On lance le protocole holographique...

Recroquevillé contre le mur en position foetale, mille pensées m'assaillirent de concert. Je ne cessais de me dire que j'étais innocent, que je n'aurais pas dû passer dans ce secteur, que je n'obtiendrais jamais ma Gradation, tout en me demandant quel crime atroce ce jeune citoyen venait de commettre. A priori, il avait simplement dessiné la première lettre de l'alphabet au milieu d'un cercle rouge avant de se faire descendre comme une bête. Impossible. Pas à Utopia, verte patrie de l'espoir, fleuron technologique moderne...

Quoi qu'essayant de me ressaisir, la vision de cet homme qui mourait dans l'indifférence la plus totale me fila la nausée. La dernière fois que je l'avais vu, il semblait respirer encore, ce qui ne s'était plus le cas. Un flot de bile jaunâtre sortit de mon estomac, puis escalada ma trachée avant de s'échapper du fond de ma gorge, échouant sur le sol avec de petits clapotis, à mesure que les bruits de bottes stoppèrent un à un.

Aucun doute, les limiers venaient de me repérer. Désormais, ils avançaient dans ma direction, réduisant nos quarante mètres de différence en bougeant prudemment, pensant sûrement que j'étais armé. Pendant un bref instant, j'eus envie de m'enfuir, mais je m'en sentais littéralement incapable, trop discipliné, trop domestiqué, pour le faire.

En priant pour que les miliciens ne m'aperçoivent pas, je passai lentement la tête de l'autre côté du mur afin de les repérer. Un violent tir énergétique fit éclater la paroi en une pluie de débris rougeâtres. Le souffle de la désintégration fut tel qu'il me propulsa en arrière au milieu des morceaux de parpaings brûlants. Bon sang ! Les types du Sécu-Réseau faisaient feu sur moi, ajustant leurs puissants lasers pour me déchiqueter !

- Patrouilleur 27, on a un petit rigolo qui cherche à s'enfuir ! murmura le lieutenant dans son casque. Faites gaffe, il n'est peut-être pas seul et sûrement armé. Tirez à vue ! Je répète : Tirez à vue !

Leur Aéropolice se mit à vrombir dans ma direction, débarquant dans les galeries à toute vitesse. Il s'agissait d'un engin volant très maniable, effilé comme une guêpe métallique aux couleurs rouges et bleues. Ni une, ni deux, je me plaquai au sol en sentant le souffle des Gyrostabilisateurs résonner au-dessus de mon crâne. Le véhicule fendit les airs si vélocement qu'il n'eut pas le temps de me repérer. Trois secondes de battement que j'utilisai pour courir comme un forcené vers l'extérieur.

Grâce au pilier, j'avais miraculeusement survécu à une première escarmouche. Je n'aurais pas de seconde chance. La sirène du patrouilleur d'intervention, résonna soudainement dans les méandres du parking tandis que les miliciens y grimpaient un à un pour me donner la chasse. Pas évident de manoeuvrer un Aéro dans un garage, même pour le plus expérimenté des pilotes, pensai-je. Les cloisons étaient basses, rendant l'exercice extrêmement ardu, et heureusement.

À demi-essouflé, je rejoignis la clarté en sprintant comme jamais. Je voulus hurler que je n'y étais pour rien, que ma seule infraction se résumait à m'être promené dans une zone non autorisée, mais le temps de tout leur expliquer, je serais déjà mort.

Un tir émietta le sol en tous sens, manquant de me faire chuter. Visiblement, je venais de sous-estimer les talents du conducteur car l'Aéropolice me filait déjà le train.

- Arrête de courir, ricana l'un d'eux dans son haut-parleur. Je n'arrive pas à te viser correctement !

Cette fois, je semblais perdu. Les allées du quartier où je courais ne comportaient aucune sorte d'abri. Du coup, je fonçais à découvert le long des ruelles colorées sans savoir que faire. Un violent tir de laser s'écrasa juste devant moi, manquant de me scier en deux. Je roulai sur le sol, à demi groggy, à la recherche d'une issue. Dans les cieux, l'Aéropolice reprit de l'altitude avant de donner une dernière salve.

- Tu es fini, saliva le leader. Fais ta prière si tu crois encore à quelque Dieu...

Tout en tentant de reprendre mon souffle, je repérais une éventuelle planche de salut, un muret qui donnait vers un parc botanique bordé de grands arbres. Je pris mon élan une dernière fois, sautant par-dessus en disparaissant dans la végétation. Plusieurs tirs fracassèrent de hauts chênes qui s'affaissèrent un à un en grinçant sinistrement avant de s'écraser au sol. Ces fous furieux paraissaient prêts à griller chaque centimètre de cet espace vert pour me liquider. Plusieurs arbustes ainsi que de grandes fougères vertes brûlaient déjà joyeusement dans mon dos. Par mégarde, mon pied raccrocha une racine noueuse, me faisant dévaler une légère pente avant de finir dans l'eau croupie d'un petit étang. Sur le moment, la flotte m'apparut si froide et si sale, que je crus m'y noyer.

Dans les hauteurs célestes, le bruissement du gros bourdon se fit jour. Bien malgré moi, je dus retenir mon souffle en nageant dans les eaux glacées, me dirigeant à tâtons vers le fond de la mare. Toutefois, mes poumons me brûlèrent rapidement et je dus remonter à la surface pour respirer. En sortant la tête des flots, j'eus l'impression que cette fois, je ne pourrais plus fuir, qu'il était temps de raccrocher les gants comme Ali Smith, il y a très longtemps. Curieusement, le patrouilleur ne paraissait plus dans le secteur. Aussi, je regagnai la rive, à moitié essoufflé.

Diantre, toutes ces heures passées à courir sur un tapis roulant dans mon appartement minuscule me servaient enfin à quelque chose. Je m'installai sous le couvert d'un arbre aux branches épaisses et feuillues, le temps de récupérer quelques minutes. Dans tous les cas, je ne devais pas m'éterniser ici car bientôt, il y aurait une bonne dizaine d'Aéropolices qui grouilleraient dans les environs du parc. L'inconvénient majeur ? Ce secteur ne paraissait pas bénéficier de métros et je ne pourrais pas m'enfuir de cette façon. En clair, dès que je quitterais le couvert des arbres, je me retrouverais sur un terrain dangereux, n'ayant d'autre choix que de me faire plomber les ailes. Mes vêtements trempés, gorgés d'eau puante, me firent grelotter davantage, m'incitant à agir.

Au loin, une douzaine de robots extincteurs venaient de débarquer pour éteindre les débuts d'incendie qui se propageaient sur les branches des arbres malmenés. En voyant ce déluge de technologie futuriste, ces kyrielles d'androïdes qui s'activaient derrière les fourrés, se glissant au milieu des rideaux de flammes crépitants, il me vint une idée. Et si je tentais de grimper sur l'une des barges anti-incendie ? Je pourrais sortir facilement de cette zone et rejoindre la barrière. Certes, les Autobots empruntaient des itinéraires prédéterminés, mais je serais à l'abri des forces du Sécu-Réseau durant quelques heures. L'un des engins sortait actuellement du parc et je fis en sorte de m'en approcher. Après m'être hissé sur une branche épaisse, ce fut un jeu d'enfant que de me laisser tomber sur son toit. Je fis en sorte de m'accroupir à l'arrière, me dissimulant derrière une couverture en plastique ignifugé. Fidèles à leur programmation, aucun des droïdes ne broncha.

Cinquante mètres plus loin, en plein milieu d'une voie de circulation déserte, le patrouilleur refit surface en déchirant les cieux, voilant un hypothétique soleil de ses immondes couleurs métallisées.

- Arrête-toi citoyen ! vociféra le lieutenant d'unité. Tu n'as aucune chance. Nous avons des détecteurs thermiques qui te pisteront n'importe ou. Rends-toi et nous ferons amende honorable.

- En me tirant dans le dos, hurlais-je en sautant du véhicule.

Facile de gueuler dans ce genre de haut-parleur afin de m'exploser les tympans, fulminai-je. Si je désirais en faire autant, ils n'entendraient qu'un bruit inaudible car moi, je ne jouissais que d'une gorge, pas d'un tel amplificateur vocal.

Affolé par l'ombre de la guêpe qui se dessinait sous mes pieds, je fonçais le long des travées holographiques, générant un ballet d'illusions destinées aux pilotes coincés dans cet embouteillage spectral de clips publicitaires.

Énervées, les forces de sécurité firent feu au jugé, brisant les carrés de plastiques réfléchissants où s'agitaient les bouteilles translucides de parfums suaves et doucereux. Visiblement, les hologrammes troublaient les senseurs de leur guêpe, les empêchant de me détecter de manière efficace. Cela dit, je risquais toujours d'être touché. Une énorme dalle qui se trouvait derrière moi explosa en un million de fragments de tailles diverses. Un morceau m'atteignit à l'arrière du crâne, troublant ma vision, généralement parfaite.

Du sang s'écoula de ma plaie, sans que je le remarquasse vraiment tant mon adrénaline fonctionnait à plein régime. Une autre explosion vrilla le sol et mes pieds se dérobèrent tandis que je tombais violemment devant la silhouette d'un mannequin anorexique. La belle poupée transparente me proposa un manteau de marque tout en crépitant.

Ce fut lors de cette énième publicité virtuelle que mon esprit vacilla. Et dire que j'avais passé les trente premières années de ma vie à bosser comme technicien sur les grandes machines du Centre sans la moindre anicroche. Et que maintenant, je me demandais à qui je pourrais manquer. Peut-être à la jolie 3402, et encore. De toute façon, aucune famille ne m'attendait nulle part. Cependant, si on retraçait une courbe des événements de cette matinée, je m'apprêtais à mourir à cause d'une panne de réveil. Une première dans l'histoire de l'humanité...

Chapitre deux du roman Utopia, Penser nuit gravement à la santé de Sullivan Lord. Copyright exclusif et tous droits réservés par Sullivan Lord. 2004-2005.


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