
En 2001, peu de temps avant la parution d'Elégie pour un vampire, j'ai décidé d'opter pour une couverture glamour et sensuelle, digne d'un authentique roman gothique. L'objectif premier était ni plus ni moins de publier ce roman sous une couverture licencieuse tout comme le fut le roman de Bram Stoker, jadis. Il est de notoriété publique que son Dracula avait été vendu sous le manteau avec une couverture jaune comme un vulgaire roman X, donc rien ne s'opposait à ce que j'ose ce type d'excentricité littéraire.
Il me restait donc à me replacer dans le contexte victorien de Stoker et à trouver une couverture si dénudée qu'elle aurait fait se pâmer tous les puritains de notre époque actuelle. Précisons au passage que ni le Dracula de Stoker ni Elégie pour un vampire ne sont des œuvres pornographiques. Ces romans possèdent, certes, quelques passages érotiques, mais rien qui ne puissent vraiment choquer la morale, les bonnes moeurs ou les âmes sensibles.
En clair, il me fallait une illustratrice qui sache dessiner une femme fatale dénudée avec tout ce que ce type de beauté peut receler d'attirant et de troublant mais sans forcément tomber dans le cliché ou dans l'outrance la plus vulgaire. Le choix d'Olivia de Berardinis, une artiste américaine spécialisée dans le dessin glamour, s'est alors imposé de lui-même. Pour l'anecdote, sachez que dès mes premières séances de dédicaces, certains lecteurs iront jusqu'à me dire que cette illustration leur rappelait les visuels des premiers Hammer films où les jeunes femmes étaient toujours pulpeuses et forcément dénudées. Jean Bernard Pouy (l'auteur du Poulpe) fut d'ailleurs l'un des premiers à remarquer cette similitude lors d'une séance au festival de Ligny, en Belgique.

Et pourtant, ce choix artistique risqué, soutenu par beaucoup (dont nombre de lectrices, il faut le souligner) ne fut pas du goût de tout le monde. En effet, de nombreux points de vente refusèrent carrément de mettre le roman dans les rayonnages. Des tas de romans packagés par dix revinrent donc chez l'expéditeur sans même que le film plastique n'ai au préalable été découpé. La France, serait-elle un pays puritain ? On peut logiquement se le demander. Les Européens se glorifient souvent de leur étonnante ouverture d'esprit à l'étranger mais visiblement, il y a un fossé entre la théorie et la pratique, du moins dans le domaine de la grande distribution.
Un comportement on ne peut plus étrange lorsqu'on voit les premières de couverture de certains magazines féminins (surtout en été) pour se rendre compte que cette illustration, extrêmement jolie, n'avait rien de dégradant ou d'offensant pour qui que ce soit. Je pense d'ailleurs qu'il s'agissait vraiment d'un hymne à la beauté féminine en général. Et ce n'est pas un auteur qui place systématiquement des héroïnes dans ses romans que l'on pourrait taxer de machiste. Par pur amusement, vous devriez vous balader dans les rayonnages de la presse féminine juste pour faire la comparaison...
Signe des temps ou coïncidence troublante, les romans poche d'Anne Rice, réédités quelques mois plus tard, exhiberont également des visuels assez "polissons". Et lorsque Elégie pour un vampire devra passer le cap fatidique d'une nouvelle chaîne de distribution, ma jolie pin-up devra se vêtir pour ne pas choquer le grand public. Depuis, mes romans arborent donc une seconde couverture noire, mais qui demeure assez loin de mon approche esthétique initiale. Toutefois, histoire de mettre mon grain de sel malgré tout, je me suis de nouveau permis une licence poétique sur ces visuels avec la présence d'une lune à la Sleepy Hollow. Après, tout il m'est déjà arrivé de côtoyer ce brave Tim Burton, du moins par colonne interposée dans des magazines spécialisés dans le fantastique, "fantastique Zone" pour ne pas le nommer. Je pense donc que ce réalisateur talentueux ne m'en voudra pas vraiment. Bref, même innocemment, rien n'est le fruit du hasard.


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