Voici une entrevue accordée à Virginie Liégon du magazine Unexplained. Celle-ci fut donnée au moment de la sortie du roman "Les Saigneurs Cardinaux", peu de temps avant la parution d'Utopia.
*Pouvez vous vous présenter?
Pour celles et ceux qui ne me connaissent pas encore, je suis Sullivan Lord , l ' auteur d' « Elégie pour un vampire », un roman paru il y a environ deux ans. A l'époque, la presse spécialisée dans le fantastique m'a comparé aux plus grands auteurs du genre. Dernièrement, le romancier Maurice G Dantec m'a également écrit une lettre d'éloges dont je ne suis pas encore revenu. Et là, mon second roman, à savoir « Les Saigneurs Cardinaux », une nouvelle histoire de vampires, vient de paraître.
*Pouvez vous nous parler de vos livres "Elegie pour un vampire" et "Les saigneurs Cardinaux"?
Elégie pour un vampire est un roman gothique empreint de romantisme, de lyrisme et de passages épiques. Il dépeint une impossible histoire d'amour entre le Duc Charles Ruthwen, un vampire qui vit reclus depuis des années dans les sous terrains d'un château fort et la sulfureuse Mélanie Leroy, une artiste peintre de toute beauté. Cependant, la police menée par Nathaniel Leroy, le propre frère de la jeune femme, et un groupe d'inquisiteurs désirent ardemment se débarrasser du Duc. Voilà le point de départ du roman.
Les Saigneurs Cardinaux reprend plusieurs des personnages du roman précédent mais il s'agit d'une œuvre indépendante qui peut être lue séparément. Quoique romantique et lyrique, c'est un roman plus violent, plus stressant, d'où le jeu de mot sur « Saigneurs ». Dans ce nouvel opus, deux vampires Opale et Jébédiah tentent de rejoindre le Duc afin de l'embrigader pour assassiner l'Impératrice des vampires, Laéticia Bastet. Evidemment, les choses ne s'avèrent pas aussi simple que prévues.
*D'où vous vient cette passion pour les vampires?
Beaucoup de gens ignorent pourquoi ils sont passionnés par telle ou telle chose. Moi, ma passion pour les vampires vient directement de ma petite enfance. J'ai du voir un film de la Hammer avec Christopher Lee (ou de la Universal avec Béla Lugosi) quand j'étais môme et je suis tombé dedans, tout simplement. Je ne me suis pas décidé à écrire un roman vampirique parce que c'était dans l'air du temps, j'ai bossé cinq années sur « Elégie pour un vampire » et deux années sur « Les Saigneurs ». Il s'agit donc d'une réelle passion, pas d'un effet marketing comme c'est souvent le cas dans le milieu de l'édition. En ce moment, tout le monde veut écrire de l'Héroic fantasy pour rivaliser avec Tolkien et récupérer la manne budgétaire des fans. C'est n'importe quoi. Personne n'égalera Tolkien.
* Quelles sont vos inspirations?
Elles sont diverses. Tout ce que je vois, je lis, j'entends, ma propre vie même, peut faire office de source d'inspiration. Il y a une part de création directe, celle qui consiste à concevoir le squelette et les personnages de mon histoire. Ensuite, et pendant la rédaction, on note une part d'inspiration inconsciente, celle que je ne contrôle pas. Il peut s'agir de souvenirs, d'extraits de films, de références qui se glissent dans le texte quasi-inconsciemment. Enfin, les personnages jouent un rôle primordial et m'entraînent à leur suite. Je dépeins leur personnalité d'une façon si minutieuse qu'ils prennent le contrôle de leur destinée. Beaucoup de romancier désirent souvent écrire telle ou telle sorte d'histoire mais ils sont généralement insatisfaits par le résultat final. De mon côté, je contrôle tout. Je sais exactement d'ou je pars et ou j'arriverais. Même si j'enjolive parfois un peu certains passages, il n'y a quasiment aucune part d'improvisation. Et pourtant, mes histoires ne sont pas linéaires puisque j'y utilise parfois des flash-back.
*On vous compare souvent à Bram Stocker ou Anne Rice...
Dès qu'on écrit dans un genre particulier tel que le roman gothique, il y a deux maîtres qu'on évoque sans cesse, à savoir Stoker et Rice. Si les lecteurs ou les critiques me comparent à eux, c'est sûrement pour affirmer que mes œuvres sont des références et je ne vais pas m'en plaindre. Mes écrits possèdent le lyrisme de Rice et les qualités de construction de Stoker. Cela dit, on m'a aussi comparé à Lovecraft, à Jean Ray, à Stephen King. En fait, tant que je ne serais pas un auteur aussi incontournable, aussi célèbre, on me comparera à. Mais je pense vraiment être différent de ces quelques romanciers, notamment à cause de mon sens de l'humour et de mon habileté à dépeindre les caractères. Aussi, j'invite tous vos lecteurs à tenter l'expérience. J'espère juste que les fans se rendront compte à quel point, je dépoussière les vieux concepts pour les réactualiser, les réinventer.
*Quelle est votre approche personnelle du vampire?
Pour moi, le vampire est un être maudit, essentiellement maléfique, mais qui peut également faire preuve d'humanité. C'est le cas du Duc Charles Ruthwen, le personnage central d'Elégie pour un vampire. Cela dit, j'ai également conçu une galerie de buveurs de sang dont la vision de l'immortalité est différente. Ainsi, l'Empereur Abdul Karnak est un opportuniste qui ne conçoit son immortalité que dans le sens ou elle lui procure une liberté absolue, le droit de vie ou de mort, même s'il nourrit un certain sens fraternel envers ses enfants. L'Impératrice Laéticia Bastet s'avère être une séductrice dont l'objectif est de faire de nouvelles conquêtes (sexuelles ou territoriales) et qui ne se préoccupe que d'elle-même. Enfin et pour vous donner un dernier exemple, Tom le Balafré est un exclu, un vampire qui n'a survécu que par erreur et dilapide son immortalité en buvant le sang d'animaux préalablement alcoolisé. Il ne se rend même pas compte de sa chance et de ce qu'il pourrait en faire. Mon approche reste donc multiple, et carrément pas manichéenne. Il n'y a pas de bons vampires et de mauvais vampires, juste des êtres maudits qui le vivent différemment.
*Quel est l'accueil du public hors hexagone pour vos romans?
A vrai dire, il m'étonne beaucoup. Un site Canadien à même établi un top des meilleurs livres vampiriques dans lequel je figure aux côtés de Stoker, Rice et Matheson. Il faut préciser que je suis le seul auteur Français du classement. Visiblement, ma prose leur plait énormément et je ne vais pas m'en plaindre. J'ai également de nombreux lecteurs en Suisse. Certains diront que c'est un phénomène de mode mais j'en doute. Quoi qu'il en soit, je ne saurais vraiment que dans quelques années si les lecteurs apprécient vraiment mon écriture ou le fait que j'écrive sur leur thème favori.
*Que pensez vous du fait que le roman gothique se fait rare de nos jours, et tout spécialement auprès des auteurs français?
Comme tout genre, il faut être passionné par celui-ci pour l'exploiter pleinement. Tout le monde n'est pas en mesure d'écrire sur ce thème car il est très codifié, très structuré. Si on change des éléments, on peut certes le renouveler mais on risque surtout de décevoir les lecteurs, c'est donc très complexe. Pour ma part, je reste fidèle à ce style de littérature et au mythe vampirique. Pas question de les démolir.
*Vous touchez à tout: écriture, cinéma, télé, radio... Mais quel est votre préférence?
En fait, ce sont des univers bien distincts. Du point de vue de l'écriture, on ne rédige pas un roman comme un scénario de film. Chaque genre possède ses avantages et ses contraintes. Dans un roman, je dois créer une ambiance avec la force de mes seules paroles. Dans le cinéma, ce sont les images, les bruitages et la musique qui donnent le ton, ma voix ne joue plus. Il n'y a plus que les dialogues, le jeu des acteurs et la mise en scène qui comptent. Ainsi, même si le but est le même, à savoir raconter une histoire, ce sont des approches différentes. Pour la rédaction, je suis seul devant mon écran d'ordinateur, mais pour réaliser un film, c'est toute une équipe qui travaille. Je ne bosse plus pour la télé et la radio depuis quelques années déjà. Cependant, j'appréciais vraiment le fait d'être animateur radio et de pouvoir discourir pendant des heures sur mes sujets favoris.
*Parlez nous de votre page internet ?
C'est surtout un moyen de rester en contact avec mes lecteurs qu'ils habitent en France où à l'étranger. J'apprécie beaucoup l'idée qu'un lecteur puisse emporter votre roman, le lire, et vous envoyer un petit bonjour quand ça lui chante, y compris de l'autre bout du monde. C'est génial. On peut également me commander mes romans dédicacés, ce qui me permet de rester un auteur abordable.
*Des projets?
Je rédige actuellement Utopia, mon prochain roman, mais je ne vous en dirais pas davantage car, comme à chaque fois, je préfère garder le mystère intact. En fait, à la différence de Stephen King qui s'était rebaptisé Richard Bachman pour écrire dans un autre genre, je compte sur mes lecteurs pour soutenir. Je vais faire une petit pause avec mes univers vampiriques et je reviendrais conclure sur le sujet avec « Le Règne des Immortels ». En fait, je veux éviter de m'auto parodier de me plagier moi-même en écrivant tout le temps la même chose. Un artiste doit évoluer, essayer de nouvelles choses, tenter de nouvelles approches et je pense qu'Utopia en surprendra plus d'un. Je ne veux pas passer ma vie à écrire des romans sur les vampires comme Anne Rice, même si cela me plait. Je dois faire preuve d'inventivité, notamment parce qu'un public n'est jamais acquis. Jamais. Et si quelques lecteurs lisent un de mes romans suite à cette interview, cela me satisfera pleinement.

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