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  <title>Sullivan Lord Editeur - Tag - Féline</title>
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  <description>Bienvenue sur le site de Sullivan Lord. Nos créatures des ténèbres vous permettront d'acquérir des romans dédicacés (Elegie pour un vampire, Les Saigneurs Cardinaux, le Regne des Immortels, Utopia) et de découvrir nos rubriques jeux de rôles. Méfiez-vous du Dragon !</description>
  <language>fr</language>
  <pubDate>Thu, 09 Feb 2012 00:59:28 +0100</pubDate>
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    <title>Premier chapitre du roman Les Saigneurs Cardinaux</title>
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    <pubDate>Mon, 21 Dec 2009 14:17:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Admin</dc:creator>
        <category>Les Saigneurs Cardinaux</category>
        <category>Chapitre online</category><category>Egypte antique</category><category>Explicit lyrics</category><category>Féline</category><category>Impurs</category><category>Les Saigneurs Cardinaux</category><category>Opale Tananka</category><category>Pharaon</category>    
    <description>    &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;ins&gt;CHAPITRE UN :&amp;nbsp; LE DOCTEUR FREUD NE REPOND PLUS&lt;/ins&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;em&gt;Vous savez qu'il n'est plus question que de guerre. Toute la cour est à l'armée, et toute l'armée est à la cour. Paris est un désert.&lt;br /&gt;Mme de Sévigné, Lettres.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Samedi 2 février 2008. Sophistiquée, pittoresque et éblouissante, la ville de Paris ressemblait à un insondable songe fantasmatique. Incessante succession de clichés artistiques, l'insolente pointe de la tour Eiffel narguait les infinis cieux tandis que son imposant arc de triomphe, symbole d'une gloire passée, côtoyait la somptueuse pyramide du Louvre. Gigantesque prisme translucide aux reflets ouatés, le moderne édifice possédait des angles qui défiaient les siècles tel lors du règne de Pharaon et de ses immortels bâtisseurs. &lt;br /&gt;Dans toute autre cité, ces contrastes architecturaux se seraient annihilés les uns les autres, ne faisant ressortir qu'une succession d'immeubles enchaînés à un sol identique, mais pas ici. Dans la capitale Française, rien ne s'opposait à ces différentes mouvances, à la coexistence de ces formes d'art si éloignées. Rien ne déparait au milieu des monuments historiques, ni l'architecture de métal et de verre des grandes tours, ni les ruelles baroques du début de siècle. Même les antiques théâtres et modernes cinémas se mariaient agréablement. &lt;br /&gt;Sculptés çà et là, des angelots tachetés par la pollution observaient le noir ruban de la Seine sans s'offusquer de ces minuscules points lumineux qui clignotaient autour d'eux. Qu'il s'agisse du blanchoyement des phares des voitures, des bulles colorées des panneaux de signalisation voire des enseignes lumineuses, rien ne choquaient leurs regards interrogateurs où contemplatifs. Incessamment, les chérubins rieurs toisaient les humains opulents et les jolies femmes qui babillaient dans les grands restaurants sans omettre les miséreux qui mourraient à leur porte. &lt;br /&gt;Sur le faite des vieux immeubles, des gargouilles verdâtres dépliaient leurs ailes vers Notre Dame, recouvrant d'un soyeux drapé les anarchiques allées de la capitale. Pour elles, époques, modes et individus se succédaient inlassablement, provoquant d'incessants modernismes qu'une énième nappe de sable couvrirait fatalement. Mais elles seraient toujours là, inaltérables statues impavides, plus robustes que des rochers, résistants aux marées de la modernité. Même si depuis neuf longues années déjà, la tranquillité de Paris se trouvait amoindrie par une guerre civile qui émiettait l'hexagone. &lt;br /&gt;Ailleurs, les choses se seraient sûrement déroulées différemment, mais ici, quelques unes des prophéties les plus sombres de Nostradamus sculptèrent le déroulement historique de cette réalité : Quatrième Guerre mondiale, déclin puis disparition des grandes religions, émergence de nouveaux fléaux et présence surnaturelle accrue. Aussi et quoique mondialement réputée pour son romantisme, Paris n'était plus vraiment l'ultime ville des lumières depuis que des militaires nerveux, erraient aux environs de chaque avenue, à la recherche du moindre trouble-fête. &lt;br /&gt;Bardés jusqu'aux gencives, les forces armées craignaient constamment un attentat des rebelles. Aussi vérifiaient-ils les laissez-passer, tirant à vue sur le premier individu suspect, ce qui arrivait constamment. Tout signe anormal d'anxiété pouvait provoquer une mort inopinée. En clair, ce trépidant royaume s'avérait pleinement dévolu aux ténèbres, d'autant qu'une poignée de diables suspicieux, dotées de canines acérées, en arpentaient les citadines artères.&amp;nbsp; &lt;br /&gt;La guerre civile, mondiale sous certains aspects car elle englobait l'Europe et les Etats Unis, opposait une poignée de régimes tyranniques et pyramidaux aux derniers intellectuels. Mais aucun mortel n'aurait pu comprendre qui manipulait les fils d'une trame si serrée parce que cet atroce cauchemar ne demeurait qu'un habile prétexte initié par les vampires pour couvrir leurs propres batailles, leurs propres conflits. Un cache-misère destiné à voiler cette invisible lutte à laquelle ils se livraient depuis des éons. &lt;br /&gt;La retorse Laéticia Bastet, Impératrice Cardinale et fondatrice d'une des principales fratries vampiriques, avait elle-même érigé ce conflit. Une antique légende Egyptienne prétendait même que la Déesse féline avait pactisé avec la vampire pour se fondre en elle, lui assurant la victoire. Autrefois, l'objectif premier de la souveraine consistait à abattre son ex-époux et absolue némésis, Abdul Karnak, alias Akhénaton, également géniteur de sa propre lignée. Bien évidemment et au fil des siècles, leur lutte, théoriquement confinée aux non-morts déborda, prenant toute l'humanité en otage. &lt;br /&gt;Graduellement, la toile d'atrocité de l'immortelle s'étendit à la terre entière, la plongeant dans l'âge le plus noir qui soit, multipliant sectes et dérives médiatiques, transformant les humains en un servile troupeau de désespérés, victimes de la violence urbaine et de la guerre. Parallèlement, et grâce à des démonstrations de forces patiemment ourdies, tels qu'assassinats, emprisonnements, tortures et autres joyeusetés, l'Impératrice faisait comprendre à tous les buveurs de sang que son règne approchait. &lt;br /&gt;Qui plus est, à l'aube du second millénaire, avec l'aide d'un certain Charles Ruthwen, la Féline assassina finalement Karnak. Tournant le dos aux siens, le Duc lui livra le Pharaon Egyptien, son propre père vampirique, sans une once de remords. Ainsi, fut-il affublé du surnom de Fils indigne avant de disparaître, théoriquement assassiné par des membres de son propre clan. &lt;br /&gt;Tout comme Ruthwen, chacun des fils ou filles directes des deux Empereurs Cardinaux, c'est-à-dire engendré par eux-seuls, portaient le titre de Seigneur Cardinal. Cette licence s'avérait très prisée chez les mort-vivants car, outre un rang honorifique, elle symbolisait le respect et la puissance. Non seulement, ces êtres comptaient parmi les plus influents vampires mais de surcroît, leurs facultés surnaturelles allaient de pair, les hissant au-delà de leurs semblables.&amp;nbsp; &lt;br /&gt;Jusqu'à présent, la troisième et dernière fratrie vampirique, celle des Impurs, ne s'était jamais manifesté dans les invisibles conflits des damnés. En fait, ses membres, souvent misérables, préféraient se terrer pour assurer leur survie. Plus faible que les descendants de Pharaon et de la Féline, les Impurs, abandonnés par leur parents, donc privés d'éducation, servaient généralement de nourriture aux autres prédateurs plus puissants. &lt;br /&gt;Bientôt, les derniers damnés se changeraient donc en une roborative réserve de gibier sur laquelle Laéticia Bastet puiserait son éternelle subsistance. D'ailleurs, il fallait bien admettre que privé de leur Empereur, ses enfants tombaient un à un sous les coups de la Féline et des siens. Aussi et lors de cette nuit pluvieuse, l'une des survivantes, une vampire surnommée Opale Tanaka, avançait sous les cascades qui se déversaient sur Paris. Physiquement, elle affichait moins d'une vingtaine d'années, encore que ce fut difficile pour un occidental de donner un âge à une telle beauté. En réalité, Opale possédait un âge avancé, lui permettant de remplir facilement un grand nombre de vie humaines. &lt;/p&gt;
&lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Au cours de cette soirée arrosée, Opale jouait sa vie à pile ou face. A ceci prêt qu'elle n'avait pas vraiment choisit sa destination finale. La jeune immortelle naquit sur une des îles de l'archipel nippon. Là-bas, dans ces singulières cités du plaisir et des excès, on racontait que les Français s'apparentaient à d'incorrigibles séducteurs romantiques. Et nombreuses étaient les jeunes Japonaises qui désiraient rencontrer l'un de ces chevaliers servants au charisme légendaire. A l'exception peut-être d'Opale Tanaka, dont l'esprit s'avérait plus obnubilé par sa propre survie que par les frasques utopiques de ses contemporaines. &lt;br /&gt;Pendant des heures, la vampire put se dissimuler dans la foule des touristes curieux, essayant vainement d'échapper à son destin. Pourtant, elle devait s'y résoudre. D'ici quelques minutes, les derniers badauds rejoindraient le métro et la laisseraient seule face à lui. Le visage inquiet, elle scruta les porches ombragés, à la recherche de son implacable bourreau. Angoissée et à contre-coeur, l'asiatique dut avancer le long d'une allée ténébreuse.&lt;br /&gt;En dépit de son imperméable et de son large parapluie noir, elle grelottait carrément. La ceinture et les boutons quasi-défaits de son pardessus, découvrait partiellement sa robe de soirée mauve clair mais elle s'en fichait complètement. La fine étoffe, ajustée avec élégance à son étonnante plastique, féminine mais athlétique, se couvrait de taches d'eau. Les auréoles découpaient les pointes d'une poitrine menue, ainsi que la partie supérieure de deux cuisses fermes, plutôt musclées. Opale avait du partir dans cette tenue, sans pouvoir se changer. Cependant, sous les plis de son trench-coat aux teintes assombries par les incessantes averses, elle dissimulait malgré tout de quoi se défendre. &lt;br /&gt;La belle immortelle s'arrêta un instant, repliant son parapluie sous la devanture d'un luxueux magasin de vêtements féminins pour réfléchir. Depuis peu, elle arpentait les Champs Élysées, longeant les boutiques papillonnantes à la recherche de la prochaine station de métro, guettant également un éventuel taxi. Aux alentours, il ne restait que trois ou quatre pèlerins qui couraient sous la pluie battante. Il fallait fuir le secteur au plus vite, et tôt ou tard, Tanaka devrait emprunter un moyen de transport, même si cela favoriserait son immortel adversaire. Tant qu'elle restait à l'extérieur, sous les trombes d'eau, elle pouvait fuir, mais dans un métro ou dans une voiture, elle ne pourrait guère éviter le staccato d'un pistolet mitrailleur.&lt;br /&gt;Pour évacuer sa tension, l'asiatique aux cheveux immensément longs, bardés de reflets verts, jeta un oeil dans la boutique. Trois grands miroirs ronds, dotés de larges trépieds, installés dans une devanture faiblement éclairée, placés au milieu de mannequins recouverts de tissus délicats et de chapeaux aux formes fantaisistes, lui renvoyèrent un reflet livide. Les buveurs de sang se reflétaient bel et bien dans les miroirs s'ils le souhaitaient. Une odeur atroce empestait l'air, incitant Opale Tanaka à tourner la tête.&lt;br /&gt;Sous le porche, à environ cinq mètres d'elle, un sans domicile, âgé d'à peine quinze ans, sommeillait silencieusement, emmitouflé dans une demie tonne de haillons sales et malodorants. Sa tête reposait sur un vieux tas de journaux invendus. Heureusement pour lui, à cause de la pluie et de la pénombre, les militaires ne l'avaient pas encore repérés. Dans le cas contraire, on l'expédierait dans un camp pendant deux semaines, histoire de le discipliner, puis on l'enverrait de force au front. En attendant, le malheureux dormait là, à même le perron de l'immeuble, au rez-de-chaussée duquel siégeait la boutique de prêt-à-porter. &lt;br /&gt;Opale n'en fut pas choquée. Le rituel d'initiation des Samouraïs qu'elle avait subit du temps de sa mortalité, s'avérait plus ardu. Cet homme pouvait se réjouir de ne pas avoir été livré aux loups puisqu'à ses yeux, ils constituaient une menace plus tangible.&amp;nbsp; Tanaka reprit son avancée, laissant le clochard à ses rêveries, seul échappatoire d'une vie brisée. Si une patrouille les trouvait là tous les deux, elle ne donnerait pas cher de leurs peaux. De plus, guerre ou pas, elle désirait vraiment préserver son anonymat et les objectifs de sa mission. &lt;br /&gt;Malgré l'étrange éclairage de cette petite ruelle ou elle s'engagea, des lampadaires verts au design rustique et qu'on aurait pu croire à pétrole, l'asiatique reprit peu à peu confiance en elle. On notait plus de monde dans ce quartier que dans le précédent, petite foule bigarrée de tout âge, qui remontaient les avenues en s'extasiant devant les vitrines. De surcroît, la circulation s'avérait trop dense pour que son ennemi essaie quelque chose maintenant. Encore que cet autre damné pourrait agir quand bon lui semblerait.&lt;br /&gt;Plusieurs voitures klaxonnèrent sur son flanc droit, la faisant sursauter. Un couple de vieillard traversa devant elle en se dissimulant sous un immense parapluie, vol d'un ballon de toile sombre sous une glaciale averse. Visiblement, les deux vieux se pressaient pour rejoindre leur habitation avant le couvre-feu, en remontant l'artère dans sa direction. &lt;br /&gt;Planqué quelque part, Jahred l'épiait. Opale en était persuadée. Certes, la vampire ne savait pas encore à quoi il ressemblait mais elle sentait quasiment son souffle râpeux le long de sa nuque. On ne savait pas grand chose sur lui, hormis que ce Seigneur Cardinal venait du Moyen-Orient et qu'il fut l'un des fils préférés de Laéticia Bastet pendant plusieurs années. Tous les damnés s'accordaient à dire qu'il bénéficiait d'une grande puissance, et même de talents mystiques, ce qui semblait normal, vu sa proche filiation avec la Féline. &lt;br /&gt;En clair, l'asiatique ne pouvait compter que sur elle-même parce qu'aucun des militaires de la capitale, même formés au sein de la légion, ne pourrait contenir la furie du monstre qui la pistait sadiquement depuis l'archipel. Il la traquait depuis cette soirée mondaine, organisée par quelques riches vampires, d'où elle du s'enfuir. Ayant à peine le temps d'apercevoir l'assassin, ses goules couvrant sa fuite, Opale dut prendre un avion à l'aéroport de Narita vers 21h55. Jahred la manqua de justesse, et tortura ses serviteurs de dépit, n'apprenant qu'une seule chose, sa destination; Paris, en France. Alors, il embarqua également, via une compagnie de vol indépendante pour accomplir sa tâche. &lt;br /&gt;Tout en marchant, la buveuse de sang se remémora les conditions de son voyage, installée dans une grande caisse hermétique, rigoureusement opaque, louée par ses alliés. Ainsi, elle sommeilla durant les quatorze heures quarante de vol, sans apparaître sur un registre quelconque. Officiellement, aucune Opale Tanaka ne se trouvait dans le boeing 747, au départ de Tokyo. Avec le décalage horaire, sa vaste malle capitonnée arriva à Charles De Gaulle vers 16h35, puis fut déposée dans un entrepôt de la cité, en attendant la tombée de la nuit. &lt;br /&gt;Depuis, la damnée tentait de rejoindre la gare de l'Est, ce qui paraissait complexe avec ces kyrielles de bidasses nerveux et cet assassin professionnel qui rôdait dans les parages. En découvrant la capitale endormie, un flot de souvenirs étouffa l'asiatique, ceux de son arrivée dans ces artères au bras d'Abdul Karnak, son amant et géniteur vampirique, plusieurs siècles plus tôt. &lt;br /&gt;Cependant, en usant d'antiques principes méditatifs, Jahred put repérer ses pensées. Si les vampires aguerris voilaient aisément leurs esprits, l'étourderie de l'asiatique lui offrit un moyen de la suivre pas à pas. Qui plus est, à cause du climat actuel et de la récente mort du Seigneur Cardinal Francis, abattu par des chasseurs de vampires du Vatican, une partie de la faune surnaturelle avait quitté la capitale, ce qui facilita les investigations mentales de l'Hindou. &lt;br /&gt;Dès lors, Jahred la talonna de manière télépathique, la pistant dans les rues de la ville des lumières afin de lui régler son compte. Jusqu'à présent, Tanaka ne décela sa présence qu'une seule fois, même si manifestement, l'assassin ne jetterait pas l'éponge aussi facilement. S'ils ne cachaient pas leurs intentions, les damnés détectaient la présence des leurs dans un périmètre d'un ou deux kilomètres. Seulement, l'assassin sacré comme on le nommait, occultait ses pensées depuis peu. Autrement dit, il allait frapper d'une minute à l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;A nouveau, la vampire observa les derniers touristes, un type avec de l'embonpoint, une jeune femme brune et deux gosses d'une dizaine d'années. Son adversaire pouvait être n'importe qui. Peut-être était-ce l'un de ces jouvenceaux ? Difficile à dire. Les damnés se rattachaient généralement à l'enveloppe corporelle qu'ils abritaient au moment de leur funeste transformation. Pas évident de mettre un visage sur les traits de ce tueur qui pouvait être partout, être n'importe qui. Peut-être épaulait-il déjà un fusil à lunette ou essuyait-il la lame de sa machette, prêt à la décapiter ? &lt;br /&gt;Elle réobserva la ruelle. Ce kami, cet être supérieur, attendait sûrement le bon moment pour agir, celui ou sa proie serait suffisamment terrorisée. Alors, il frapperait et l'emporterait avec lui pour brouiller les pistes en se glorifiant de son acte. Jahred se délectait toujours de ses moindres assassinats. Pour lui, le Seigneur Cardinal Tanaka ne représentait qu'un met de choix à déguster. On disait de l'assassin sacré qu'il lacérait les visages de ses victimes, qu'il les mutilaient atrocement, les démembrait et brûlait leurs restes selon un rituel précis. Certes, ce vampire adorait tuer, mais il prisait par dessus tout, un minimum de résistance. Et Tanaka ne comptait pas abdiquer sans défendre son immortelle existence.&lt;br /&gt;Subitement, la Japonaise stoppa sa progression devant un autre magasin qui vendait du matériel audiovisuel. Dans tous les cas, s'il se planquait dans le coin, Jahred devait porter un imperméable ou un manteau long pour occulter son armada. De toute façon, Opale le verrait bien assez tôt. En posant l'ovale de ses yeux noisettes sur la vitre étincelante, la jeune asiatique inspecta l'état dans lequel les rafales de pluie l'avait mise.&lt;br /&gt;En apparence, Opale avait seize ans et mesurait une taille moyenne, ce qui demeurait courant chez ses compatriotes. Une longue chevelure noire, soyeuse et délicate que lui aurait enviée toute autre femme, encadrait un visage anguleux, sophistiqué et charismatique. Son maquillage, paupières d'un vert bleuté, et crème de rouge à lèvres mauve, s'était décoloré sous la pluie, formant d'étranges zones nuancées, délicatement sensuelles. &lt;br /&gt;En repérant une adolescente qui dormait un peu plus loin, installée sur un tas de cartons écornés, Tanaka reprit sa progression, heureuse d'apercevoir une bouche de métro. A tout hasard, la vampire lança un regard vers la gamine qui dormait sous la pluie. Vêtue d'une veste de jean et d'un pantalon élimé, la chevelure ébouriffée, et trempée, de la lycéenne s'aplatissait sous les rafales venteuses. Sa gorge, largement entaillée, s'ouvrait sur une cavité ensanglantée d'où pendaient des filets de sang qui tapotaient sur le macadam goutte à goutte. Visiblement, un damné venait de se repaître. Ni une, ni deux, Tanaka fonça vers la bouche de métro. Jahred se dressait là, à quelques mètres.&lt;/p&gt;
&lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;L'asiatique se glissa furtivement dans le passage, dévalant les marches quatre à quatre. Une étouffante chape d'odeurs viciées, reliquats putrescents et tièdes, s'immisça dans son odorat surdéveloppé. La sueur conjuguée d'une centaine d'individus, les odeurs empoisonnantes de tabacs mélangés, d'excréments fétides et de nourriture fraîche, la déstabilisèrent carrément. Cette puanteur fut d'une telle intensité qu'elle faillit en vomir. Elle ne se souvenait plus de cette ignoble promiscuité à laquelle se livraient les grouillants, soit les mortels. Malgré tout, l'immortelle tenta d'ignorer ces distractions odoriphères, détaillant les tourniquets qui cliquetaient sous le passage des humains.&lt;br /&gt;Partout, ils allaient et venaient, descendant voire remontant les marches de la station, s'approchant ou s'éloignant des guichets, tournant ça et là en cercle concentriques un plan du réseau en main, telles des nuées d'oiseaux perdus. Parmi la foule, elle remarqua un homme en costard cravate qui regardait sa montre anxieusement ainsi qu'une enfant, pleurant près de sa mère. Soudainement, deux types et une jeune femme sautèrent au dessus des portes. &lt;br /&gt;Plus réservée, Opale oblitéra son ticket en passant dans l'étroit passage. Dix mètres plus loin, les trois individus s'égosillèrent en expliquant leur geste à cinq militaires qui venaient de surgir. Alors, les jeunes hurlèrent sous les coups de crosse et les impacts de balles, ce dont l'immortelle se moqua. &lt;br /&gt;Oubliant l'incident, elle s'enfonça dans les longs boyaux surchargé d'indigènes marchants ou courants, persuadé que le tueur la suivait toujours. Comme l'ensemble de ces personnes qui se hâtaient de rentrer chez eux avant le couvre-feu de vingt deux heures, elle se dépêcha. &lt;br /&gt;Tanaka, descendit un nouvel escalier en direction d'une rame, filant vers un distributeur de boisson. Elle tenta de discerner les pensées de Jahred dans tout ce charivari sans les percevoir. Un tel geste pouvait se révéler suicidaire parce qu'en cherchant son esprit, il pourrait la repérer. &lt;br /&gt;Un bruit résonna sur le côté, celui d'une épée qu'on sortait d'un fourreau. Opale n'eut que le temps de s'abaisser. L'énorme lame d'un cimeterre frappa le distributeur, provoquant une effrayante gerbe d'étincelles en le tranchant de part en part. Plusieurs personnes crièrent si fort qu'il ne fallut pas plus de deux secondes pour que ce fut la panique absolue. Bien que surprise, Opale roula sur le côté pour atteindre la sortie la plus proche. Son agresseur devait mesurer plus d'un mètre quatre vingt dix, tout en muscles fins, peau légèrement brunie, petit bouc et cheveux bouclés. Il portait un long imper gris et des vêtements chics à la manière d'un cadre de la City. &lt;br /&gt;L'immortelle fonça vers la rame la plus proche, poussant tout le monde pour échapper à son destin. Derrière elle, l'Hindou surplomba le flot de mortels en arborant son épée furieusement, décapitant les corps, étripant à tout va, tout en se frayant un chemin vers elle. Un cadre s'écroula, le dos tailladé, en regardant sa montre, tandis qu'une mère et sa fille volèrent contre les murs, projetés par l'assassin sacré. Jahred ne recula devant aucun sacrifice pour arriver à ses fins. En percevant l'arrivée bruyante du métro, l'asiatique sauta devant l'engin sans réfléchir. A peine décoiffée, elle retomba souplement de l'autre côté, presque étonnée de sa témérité. &lt;br /&gt;Tout en conservant son cimeterre en main, Jahred fit feu à l'aide d'un pistolet mitrailleur sur les wagons qui défilèrent face à lui. Une quinzaine de balles partirent vers la gracieuse asiatique, atteignant trois passagers mortellement. Effrayé, le conducteur du métro ne s'arrêta pas, continuant sa course pour éviter d'autres morts, offrant le champ libre à l'exécuteur de Bastet.&lt;br /&gt;Usant des facultés de son sang pour accroître sa vitesse et manipuler les esprits, Opale intima aux humains de ne plus bouger, les changeant en boucliers vivants. Plusieurs d'entre eux furent fauchés, s'écroulant maladroitement sous les rafales, sans même comprendre qu'ils étaient morts. En entendant les balles qui molestaient les chairs, la prédatrice interposa deux passants qui lui barraient le chemin, prenant toujours plus de vélocité, à la manière d'un spectre dont les contours se dissolvaient peu à peu sous la vitesse.&amp;nbsp; &lt;br /&gt;Une nouvelle rafale, sorte de brouhaha frénétique, fit tomber les quilles humaines, au moment même ou la damnée s'échappa dans un escalier. Deux impacts secouèrent sa colonne vertébrale, sans toutefois la faire gémir. Les projectiles ricochèrent, déchirant un pan de son sac à dos, dévoilant un objet métallique rouillé, une protection diablement efficace.&lt;br /&gt;Jahred n'égara pas une seconde, sautant de l'autre coté de la rame. Cependant, la belle asiatique se démena tellement et fit preuve d'une telle rapidité, qu'il la perdit de vue. Désormais, Opale Tanaka&amp;nbsp; devait rejoindre les contrées d'Arduinna, puis contacter le Duc Charles Ruthwen. Cela dit, il fallait aussi conserver précieusement cet objet qui rebondissait dans son dos, réceptacle inaltérable des océans de sang, et qui servirait la lutte. &lt;/p&gt;
&lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;A cette heure tardive, l'antique gare de l'est grouillait d'une vie artificielle, artificielle car les tenues kakis des militaires rendaient les citadins nerveux. Les canons des Famas, noirs semeurs de morts, rarement propices au développement personnel, se montraient ici ou là. Contrairement aux années intérieures à 1999, pas un seul clochard ne titubait dans les vastes allées, que ce soit dans le hall, ou sous la haute verrière. &lt;br /&gt;Le gouvernement actuel, mené par le Général Albert Laval, ne s'embarrassait pas à dialoguer ni à développer des mesures sociales. Ici, la répression, donc l'absence totale de liberté, demeurait le maître mot. N'importe quel mur pouvait faire office de peloton d'exécution, y compris celui d'une gare.&lt;br /&gt;De nombreux individus attendaient patiemment leur train, grignotaient un encas devant les snacks, feuilletaient les magazines des relais, ou buvaient un café dans la brasserie. Pourtant, une certaine inquiétude se lisait sur tous les visages des civils, leurs yeux rivés aux panneaux lumineux qui indiquaient l'arrivée prochaine des convois. Depuis peu et suite aux récents attentats, il fallait posséder un laissez-passer pour prendre le train jusqu'à certaines zones conflictuelles. &lt;br /&gt;A priori, Opale Tanaka ne se trouvait plus ici. Au milieu des mortels, entre deux détachements armés, Jahred cessa soudainement ses recherches. L'Hindou sortit un vidéophone portable d'un étuis de ceinture, appelant la ligne directe de l'Impératrice. &lt;br /&gt;- Je m'excuse de vous déranger votre altesse, mais je tenais à vous tenir informé des dernières évolution de l'affaire, fit-il. Il ne pouvait en dire davantage, sous peine d'enclencher une écoute étatique. Le visage et la voix qui lui répondirent, doté d'une sensualité inouïe, appartenaient effectivement à Laéticia Bastet.&amp;nbsp; &lt;br /&gt;- Attends une seconde et je suis à toi, répliqua l'Impératrice. Elle enclencha une touche de son portable, celle qui activait le brouillage électronique du récepteur de Jahred. Toutes les conversations des autres téléphones furent soudainement brouillées dans un périmètre de trois kilomètres autour de la gare. Le temps que les services de communications ne s'occupent de cette panne, l'essentiel de leur conversation serait terminée. Vas-y, ajouta-t-elle, tu peux me parler librement. &lt;br /&gt;Hésitant un instant, l'assassin sacré détailla l'écran vidéo qu'il tenait au creux de sa main, contemplant le délicat et superbe visage de l'Impératrice. Sa peau se gratifiait d'une pâleur étonnante, ses yeux irradiaient un bleu clair exceptionnel et ses cheveux, qu'on aurait pu croire vivants, tiraient vers une blancheur absolue. Un léger grain de beauté paradait juste au dessus de ses lèvres, filaments rouges incarnats, ce qui lui donnait un air à la Cindy Crawford. La peau de Laéticia, brunie par les vents de l'Egypte à l'époque ou on l'appelait encore Néfertiti, avait mystérieusement blêmi au fil des siècles. &lt;br /&gt;- Bien, lança finalement le tueur. J'ai poursuivit Opale jusqu'à la gare de l'est ou j'ai perdu sa trace.&lt;br /&gt;- C'est fâcheux. As-tu une idée de l'endroit ou elle pourrait se cacher ?&amp;nbsp; &lt;br /&gt;- A mon avis, elle a du monter dans un train mais j'ignore lequel parce qu'elle avait quelques minutes d'avance sur moi.&lt;br /&gt;- Dans ce cas, note les trains qui sont partis dans la demi-heure précédent ton arrivée ainsi que leurs destinations respectives. Ensuite, interroge nos fichiers sur les vampires qui résident ou se terrent dans ces villages de province. Il sera facile de faire le rapprochement entre cette fichue Tanaka et l'un de ses frères de sang qui nous aurait survécu. &lt;br /&gt;- C'est une excellente idée, votre éminence. &lt;br /&gt;A nouveau, le séide étudia la dépigmentation de Laéticia, qui bien qu'harmonieuse, lui conférait la texture de peau, laiteuse, d'une albinos. L'obligation de se protéger des faisceaux solaires depuis plusieurs millénaires avait peut-être provoqué une mutation de son ADN. Même ses yeux, autrefois sombres comme un puits, jouissait d'une singulière teinte azurée. Il remarqua une couche de fard assortie sur ses paupières. &lt;br /&gt;- Que t'arrive-t-il Jahred ? coupa Laéticia en comprenant la fascination dans laquelle son fils vampirique se complaisait. Elle n'ignorait pas la nature de ses sentiments envers elle.&lt;br /&gt;- Rien. Je me disais que Tanaka pourrait fomenter une quelconque révolte en essayant de récupérer les derniers partisans d'Abdul.&lt;br /&gt;- C'est fort possible. C'est pourquoi nous ne devons pas baisser notre garde et la supprimer au plus vite. Depuis la mort de Karnak, les troupes de Pharaon sont divisées, morcelés, incapables d'élire un nouveau successeur, ce qui nous arrange fortement. Ce serait fâcheux que l'asiatique ne mette la main sur un vampire suffisamment fou et charismatique pour contrer nos projets. D'ici quelques mois à peine, notre contrôle sur l'espèce moribonde sera absolu. &lt;br /&gt;- Et celles et ceux qui ne nous aurons pas fait allégeance rejoindront les dépouilles de leurs prédécesseurs, coupa Jahred. Je m'y emploierai.&lt;br /&gt;- Je ne veux pas encourir le risque d'être déçue d'une quelconque manière que ce soit. Est-ce clair ?&lt;br /&gt;- Ne vous en faîtes pas, Impératrice, je vous ramènerais la tête d'Opale Tanaka sur un plateau d'argent. &lt;br /&gt;- Non contente de m'avoir ligué contre mon propre époux, elle se paie le luxe de nous échapper. Pas question de me permettre une largesse qui consisterait à laisser cette geisha en vie. J'aurais du lui régler son compte il y a de cela bien longtemps. Et je ne tiens pas à celle qu'elle nous échappe pour les trois cents années à venir ! &lt;br /&gt;- Je ferais tout mon possible pour la rattraper et vous en débarrasser, argua l'assassin pour calmer la fougue de Laéticia.&lt;br /&gt;- N'oublies jamais que tout comme toi, elle appartient à la lignée des Seigneurs Cardinaux. Et que ce seul titre atteste de sa puissance et de ses immenses capacités.&lt;br /&gt;- Je serais digne de mon rang, altesse. Ne craignez rien.&lt;br /&gt;- Ne pense pas que le fait d'être mon meilleur élément te place en marge de l'échec. Plus d'un damné s'est brisé les dents sur cette furie. Elle a abattue ma propre fille, une certaine Cyrielle Dehun, bien avant ta naissance. Fais donc en sorte de me tenir régulièrement informé de tes avancées dans ce domaine. &lt;br /&gt;Le tueur acquiesça en hochant la tête. Sur l'écran, l'immortelle tourna son visage sur le coté car quelqu'un d'autre désirait lui parler. Je dois te laisser. Fais attention à toi, conclut-elle.&lt;br /&gt;L'image se replia sur elle-même, réduisant le spectre blanchâtre de l'Impératrice à une simple ligne de pixels crépitants. En se souvenant de ces tendres jours ou Bastet décida de l'étreindre et d'en faire l'un des siens, Jahred pesta. Quand elle le rencontra en Inde vers le XIII ème siècle, il pensa rencontrer une Déesse. Et quand elle le transforma en goule, puis en vampire, il crut sincèrement qu'elle l'aimait, que cet acte témoignait d'un amour retentissant, réciproque. &lt;br /&gt;Toutefois, l'Hindou sut rapidement la signification de ce geste, le transformer en une puissante et effroyable arme à tuer, pas davantage. En tant que mortel, il fut un redoutable tueur, maniant le noeud coulant, le couteau et la machette comme personne, assassinant au nom de Kali, la Déesse de la mort et de la destruction. En tant que goule, il devint l'exécuteur le plus craint et respecté qui soit. En vampire, il aborda le stade ultime, celui d'assassin sacré, usant des techniques les plus ignobles pour parvenir à ses fins. &lt;br /&gt;Quand la Féline lui disait de faire attention à lui, elle lui mentait. Mais curieusement, Jahred aimait l'idée que cette simple phrase put être vraie. Au début, Laéticia l'avait sûrement aimé, mais au fil du temps, il ne devint qu'un pion parmi d'autres. Cependant, il fallait qu'il y ait des pions pour encadrer les reines et les rois. D'ailleurs, cela ne le dévalorisait pas d'être la pièce d'une telle Impératrice, car il surpassait toutes les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Premier chapitre du roman &lt;strong&gt;Les Saigneurs Cardinaux&lt;/strong&gt; de &lt;strong&gt;Sullivan Lord&lt;/strong&gt;. Copyright 2003 Sullivan Lord. Tous droits réservés. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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