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  <title>Sullivan Lord Editeur</title>
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  <description>Bienvenue dans la boutique online de Sullivan Lord Editeur. Vampire, goule, zombie et autres créatures des ténèbres vous attendent dans ce site qui vous permettra d'acquérir des romans dédicacés (Elegie pour un vampire, Les Saigneurs Cardinaux, le Regne des Immortels ou encore Utopia, penser nuit gravement à la santé). Différentes rubriques, concours et produits dérivés vous y seront également proposés, de même que les dates de séances de dédicaces. Oubliez Twilight, découvrez la noirceur du Lord. Vampires addicts, Welcome !!!</description>
  <language>fr</language>
  <pubDate>Mon, 28 Dec 2009 13:39:59 +0100</pubDate>
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    <title>Le Règne des Immortels, chapitre premier</title>
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    <pubDate>Thu, 24 Dec 2009 06:30:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Admin</dc:creator>
        <category>Le Règne des Immortels</category>
        <category>Le Regne des Immortels</category><category>Littérature noire et gothique</category><category>Roman vampirique</category><category>vampire</category>    
    <description>    &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;ins&gt;CHAPITRE UN : &lt;/ins&gt;&lt;/strong&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;ins&gt;LE RETOUR DU JUSTE&lt;/ins&gt;&lt;/strong&gt; &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;TEXT-INDENT: -0.03cm; MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;em&gt;On n’entendait point parler de vampires à Londres, ni même à Paris. J’avoue que dans ces deux villes il y eut des agioteurs, des traiteurs, des gens d’affaires, qui sucèrent en plein jour le sang du peuple; mais ils n’étaient point morts, quoique corrompus. Ces suceurs véritables ne demeuraient pas dans des cimetières, mais dans des palais fort agréables. &lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;em&gt;VOLTAIRE, Il n’y en a plus. &lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;15 août 2008. Pour le touriste lambda, la Louisiane se résumait au berceau du Jazz, au fameux quartier français de Bâton Rouge et à sa cuisine épicée, comme le typique Jambalaya, voire aux traditionnels bals costumés. Cependant, depuis le passage de l’ouragan Katrina durant l’été 2005, de tristes images s’étaient ajoutées à cette aquarelle bucolique. Celles de ruelles entières détruites, de toitures arrachées, puis de cadavres flottant au gré des eaux noirâtres, à cause du raz-de-marée consécutif. Certains quartiers furent notamment démolis à plus de soixante pour cent, mais grâce à la persévérance des différents maires, l’ambiance d’autrefois fut &lt;span&gt;partiellement&lt;/span&gt;restituée. Et si les Cajuns étaient toujours aussi courtois et accueillants et que le climat demeurait généralement chaud et humide, les choses devenaient très différentes lorsque les ténèbres s’étendaient sur les plantureux jardins coloniaux. &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;En effet, &lt;span&gt;dès que la nuit étendait son linceul sur la cité&lt;/span&gt;, on pouvait se demander si quelque chose ne tournait pas de travers dans les ruelles étroites et tortueuses de la vieille ville. Et ni la pègre, ni les cultes Vaudou ne semblaient responsables de cette étrange recrudescence de violence. Ce n’était plus un secret pour le Vatican depuis longtemps, la Nouvelle-Orléans cultivait l’incroyable statut de plaque tournante numéro un du tourisme de sangsues, comprenez de vampires. &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;Aussi, ne fallait-il pas se fier aux apparences de ces venelles charmantes parce que l’endroit demeurait plus dangereux qu’un coin isolé d’Europe de l’Est comme la Roumanie. Qui plus est, comme les Balkans s’enlisaient dans une énième guerre interminable, quelques-uns de ces anciens immortels s’étaient relogés ici, se gavant de sang chaud. Ainsi, derrière les blêmes façades des richissimes demeures, par-delà les arrière-cours enténébrées et les artères surmontées d’obsolètes balconnets en fer forgé, les buveurs de sang, secondés par leurs familiers, régnaient en maîtres. &lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;Cela dit, depuis environ trois semaines, l’ambiance changeait peu à peu parce que rien ne semblait arrêter la collecte effrénée d’un mystérieux amasseur de scalps poussiéreux. Au summum d’un entraînement quotidien, puis lâché dans la région avec deux alliés, le traqueur Nathaniel Leroy faisait effectivement un excellent travail d’abattage. Des confins de la rivière Mississippi jusqu’aux abords du lac Rocklacke, il délogeait, puis débarrassait la région de toutes les eng&lt;span&gt;eances vampiriques&lt;/span&gt; possibles et imaginables. Et, phénomène exceptionnel depuis des décennies, les vampires craignaient cet adversaire. &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;D’heure en heure, une angoisse sourde gagnait les morts-vivants, atteignant des proportions quasiment pharaoniques. Cette indicible frayeur, ce glacial sentiment d’insécurité, cette paranoïa aiguë, étaient devenus tels que plusieurs d’entre eux, les plus puissants, cela va sans dire, avaient décidé de quitter la région le soir même. &lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;« Un mois de vacances à la Nouvelle-Orléans, ça vous requinque un homme, » pensa Leroy en débarquant devant la maison d'un ancien vampire. Visiblement, l’attrait de ce jeu de cache-cache mortel le tenait en haleine, mais nul n’aurait pu dire si son visage, au nez aquilin et à la mâchoire volontaire, exprimait un authentique sentiment de joie ou si le flic expiait la mort de sa sœur via ce processus cathartique bancal. Il avait mis trois jours pour localiser l’endroit, mais maintenant, et lors de cette affreuse nuit pluvieuse, Nathan devait nettoyer &lt;span&gt;cet &lt;/span&gt;énième nid purulent.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;Planqué derrière une haute haie de bougainvillées dans la propriété délaissée d’en face, Leroy observait tranquillement sa cible. Une heure déjà qu’il était en liaison radio avec deux hommes de la Confrérie de Cérinthe, l’organisme pour lequel il travaillait depuis peu. Une caméra optique, installée juste au-dessus de son oreillette, leur assurait de surcroît une liaison visuelle. Ses deux comparses, des Italiens à peine majeurs, s’étaient garés dans une ruelle adjacente, gérant la &lt;span&gt;logistique à partir de leur van,&lt;/span&gt; prêts à intervenir au cas où, même si Nathan doutait sérieusement de leur efficacité.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;Certes, ils étaient sympas, un peu comme des copains de chambrée qu’on se plaît à voir la semaine à l’armée mais qu’on ne ramènerait aucunement chez soi le week-end, de peur de se fâcher avec sa &lt;span&gt;dulcinée&lt;/span&gt;. &lt;span&gt;Faire de la planque, commenter ses actes et lui dire combien il s’avérait fantastique, voilà ce à quoi se résumaient les activités de ces deux trublions. &lt;/span&gt;À nouveau, Leroy &lt;span&gt;observa&lt;/span&gt; la villa à l’aide de ses lunettes nocturnes, &lt;span&gt;réfléchissant&lt;/span&gt; à la meilleure façon de mener son assaut. &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;La maison bourgeoise que Nathan épiait, était une grande demeure coloniale de trois étages &lt;span&gt;de haut ; un&lt;/span&gt;&lt;span&gt;hâvre vampirique&lt;/span&gt; qui avait mystérieusement échappé à la furie de Katrina. Autrefois&lt;span&gt;, on la surnommait la villa des Lamont, une richissime&lt;/span&gt; famille d’exploitants de coton, de&lt;span&gt; « grands » &lt;/span&gt;patrons qui avaient asservi leurs ouvriers de couleur pendant des années, comme beaucoup d’autres. Hormis un immense jardin qui entourait la maison et une vaste serre en verre à l’arrière &lt;span&gt;des lieux, &lt;/span&gt;Nate ne cessait de scruter la façade et la terrasse qui se hissait en haut de quelques marches. &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;span&gt;Au premier,&lt;/span&gt; trois balcons en fer forgé s’étendaient devant chacune des &lt;span&gt;fenêtres ; chaque &lt;/span&gt;ouverture étant rigoureusement fermée pour d’évidentes raisons. &lt;span&gt;Comme se plaisait à dire Leroy,&lt;/span&gt; les damnés &lt;span&gt;brunissaient&lt;/span&gt;sous les rayons du soleil &lt;span&gt;comme du pop corn dans une casserole à feu vif&lt;/span&gt;. Au second, de petites fenêtres rondes, également closes, attestaient de la présence d’un vaste grenier ou d’un quelconque observatoire. Pendant un moment, Nate pensa grimper sur&lt;span&gt;le toit&lt;/span&gt; avant de se dire qu’il fallait &lt;span&gt;dénicher une meilleure voie d’accès,&lt;/span&gt; d’autant qu’il ignorait &lt;span&gt;ce qui se trouvait&lt;/span&gt; à l’intérieur de &lt;span&gt;ces pièces&lt;/span&gt;. La Confrérie l’avait correctement briefé, mais &lt;span&gt;ils ne possédaient pas de plans récents de l'antre.&lt;/span&gt; Qui plus est, &lt;span&gt;ces gentils enfoirés &lt;/span&gt;ne lui faisaient pas encore entièrement confiance.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;span&gt;À nouveau,&lt;/span&gt; ses lunettes d’observation nocturne revinrent vers ce patio qui donnait sur la principale porte d’entrée. Une porte où se trouvaient deux gardes, deux vampires qui attendaient patiemment le départ de leur Maître. Sous le porche, à l’abri du vent et des trombes pluvieuses qui s’abattaient inlassablement sur la région, ils discutaient innocemment, tels des mafieux qui cherchent à tuer le temps sans pour autant sympathiser. Au rythme où la pluie tombait, les cercueils du cimetière avoisinant allaient &lt;span&gt;bientôt &lt;/span&gt;flotter dans les rues comme cela arrivait régulièrement dès que le niveau d’eau montait, pensa le flic.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;Engoncé dans une tenue noire protectrice qui dissimulait la chaleur de son corps, le cou recouvert d’une anti-canine, Nathaniel Leroy se mit à réfléchir au moyen d’alpaguer les deux pipelettes. Ses vêtements, entièrement trempés, le faisaient déjà grelotter. Pour l’heure, sa seule consolation se résumait au fait que ces glaciales trombes d’eau &lt;span&gt;camouflaient&lt;/span&gt; les variations de température de son organisme, empêchant les sens ultra développés des vampires de le repérer. Sa mâchoire carrée compacta davantage le chewing-gum qu’il martyrisait depuis un moment pour se détendre. « Un mâchouillon, pensa-t-il pour passer le temps. Voilà le terme francisé du chewing-gum, une appellation à priori officialisée, mais que personne n’avait jamais utilisée. Sacrés Frenchies ! »&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;Pour la première fois depuis son escapade en Louisiane, Leroy voulut demander leur avis aux deux guignols qui le suivaient partout. Toutefois, il se limitait à recevoir les indications de la Confrérie, sans pouvoir leur parler. Le moindre mot de sa part risquerait de le faire repérer car les immortels, surtout deux anciens de ce genre, bénéficiaient de facultés auditives fortement amplifiées. « &lt;span&gt;Plus ils sont vieux, plus leurs écoutilles fonctionnent, » s'amusa Leroy. Allez y comprendre quelque chose. &lt;/span&gt;Vision accrue et odorat extrême complétaient le tout. Nate devait donc redoubler de prudence. &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;Un sourire traversa son visage en repensant à Karine. Quelques mois plus tôt, le policier avait débarqué au Cours Mabillon avec un joli collier d’ail autour du cou, une parure confectionnée par sa petite amie. Ce jour-là, tous les membres de la Confrérie de Cérinthe l’avaient brocardé pendant dix bonnes minutes à propos de la quasi-inutilité de ce processus antique. Certes, ce remède de grand mère contre les vampires fonctionnait à petite dose, notamment en injection car l’ail bénéficiait de facultés anti-coagulantes, mais un tel collier ne servait &lt;span&gt;strictement&lt;/span&gt; à rien. Pour quelle raison ? L’odeur pestilentielle qui s’en dégageait prévenait les vampires qu’un rigolo approchait à grands pas. Et généralement, le clown en question se faisait croquer avant même d’avoir pu sortir un pieu de sa besace. &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;Frissonnant comme jamais, le chasseur se concentra de nouveau sur sa tâche, réajustant ses lunettes d’observation vers les deux gorilles en vestes de cuir longues. Le premier damné, un blond relativement imposant, mesurait environ un mètre quatre-vingt-dix. Avec ses cheveux longs, bouclés et les reflets de sa splendide chemise en satin bleu, il ressemblait à un chanteur de rock. Le second vampire, un brun aux cheveux courts, de type méditerranéen, parlait avec de grands gestes saccadés. &lt;span&gt;Tout en grillant une cigarette, il mimait &lt;/span&gt;des claques qu’il aurait mises à un interlocuteur in&lt;span&gt;visible. A&lt;/span&gt;ctuellement, ce non-mort présentait son dos à Leroy, un avantage non négligeable qui ne durerait que quelques instants. &lt;span&gt;Une aubaine &lt;/span&gt;qui ne se reproduirait sans doute pas.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;Avant d’agir, Nathan se rappela que chacun des &lt;span&gt;damnés&lt;/span&gt; tenait un petit pistolet-mitrailleur, vissé au creux des doigts. « Quelle inélégance de la part de &lt;span&gt;morts-vivants&lt;/span&gt; aussi âgés, souffla Leroy. Qui plus est, l’un d’eux continue à fumer, juste pour le geste car la nicotine n’a plus aucun effet sur lui depuis &lt;span&gt;belle lurette&lt;/span&gt;. &lt;span&gt;Le monstre réactivait ses fonctions pulmonaires juste pour le plaisir de rajouter une couche de goudron sur deux organes morts. Et dire qu'il y a peu, j'étais aussi accro que lui, » pensa le flic.&lt;/span&gt;Fidèle à ses mauvaises habitudes, Nathan opta pour une approche directe, fracassante.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;span&gt;Ce &lt;/span&gt;faisant, Nate empoigna son &lt;span&gt;pistolet-arbalète &lt;/span&gt;avec fermeté, refermant ses doigts sur le manche. &lt;span&gt;Mentalement, il compta&lt;/span&gt; jusqu’à cinq en sprintant dans la direction de ses cibles. Peu d’armes s’avéraient aussi létales &lt;span&gt;que ces carreaux &lt;/span&gt;face à des vampires, &lt;span&gt;notamment&lt;/span&gt; grâce à leurs pointes ciselées dans de &lt;span&gt;saintes reliques, similaires à celles&lt;/span&gt;qu’employaient f&lt;span&gt;eu &lt;/span&gt;les célèbres frères Delcruz.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;En repérant un mouvement furtif au milieu de la haie d’en face, le blond leva un regard intrigué. Nullement impressionné, Leroy releva son arme avec une précision déconcertante, indubitablement surnaturelle. Surpris par ces bruits de pas saccadés qui ricochaient dans les flaques d’eau, le brun voulut se retourner en sentant un trait d’arbalète lui transpercer violemment le dos. Son corps s’embrasa. Son mégot, désolidarisé de ses dents en flammes, s’éteignit dans une flaque d’eau, aussitôt recouverte par ce tas de cendres noires que furent ses os. Le pistolet du vampire ricocha sur le macadam trempé, effectuant deux rebonds avant de glisser dans un bouquet d’hibiscus trempés. &lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;Enragé, le rockeur aux cheveux d’or releva son PM à l’instant même où un carreau d’arbalète se logea dans sa gorge. Déséquilibré, le mort-vivant appuya sur la détente comme un fou, sans prendre le temps de viser. Une rafale de balles jaillit du canon du pistolet-mitrailleur, déchirant la quiétude des lieux sans atteindre Nate. Quelques gargouillis sanguinolents sortirent de la bouche du blond lorsqu’il vérifia que sa protection tenait toujours le coup. Paranoïaque au possible, ce damné protégeait précieusement son cœur à l’aide d’une plaque d’acier renforcé, attachée à son torse.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;Le pied de Nathan frappa le vampire à la main en le désarmant, puis au plexus, sans parvenir à le projeter véritablement en arrière. Légèrement désorienté, le monstre attrapa la &lt;span&gt;tige &lt;/span&gt;qui lui transperçait la gorge et la brisa d’un geste furieux. Du sang se déversa à gros bouillons sur son torse en glougloutant de manière abjecte. Alors, il adopta une apparence hideuse, plus féline que jamais, signe d’une rage naissante. &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;span&gt;Surpris par la vélocité du monstre&lt;/span&gt;&lt;strong&gt;, &lt;/strong&gt;Nathan fit un ou deux pas en arrière avant de braquer son pistolet-arbalète vers lui. &lt;span&gt;Plus rapide, le damné&lt;/span&gt; décocha un violent coup de pied dans l'arme de Leroy, la faisant exploser en un millier de débris. Cette fois-ci, chasseur et chassé se retrouvaient à armes égales. Le blond se mit à sourire vicieusement, ses ongles devinrent griffes, ses canines s’allongèrent de concert. Respirant comme un bœuf pour reprendre son souffle, le flic détailla le vampire, &lt;span&gt;estomaqué par s&lt;/span&gt;a résistance, sa vitesse et sa force. Sa blessure au cou ne le gênait déjà plus, les morceaux de bois de la Sainte relique expulsés. À n’en point douter, ce buveur de sang devait être aussi puissant, aussi rapide que le Duc Charles Ruthwen en personne, un vampire que Leroy avait combattu au début de sa carrière. &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;Cette seconde d’inattention fut propice &lt;span&gt;à Boucles d'Or&lt;/span&gt;&lt;span&gt;qui&lt;/span&gt; se jeta sur Nate avec une frénésie redoublée. Il fut si rapide que Nathan n’eut pas le temps de réagir, trop englué dans ses réflexions. É&lt;span&gt;bahi&lt;/span&gt; par la frénésie du damné, le chasseur roula avec lui dans les flaques d’eau boueuse du patio, protégeant ses organes vitaux des mortels coups de griffes du monstre sanguinaire. L’espace d’un instant, Nathan sentit son anti-canine, pourtant faite d’acier renforcé, se déchirer sous la hargne du non-mort et voler en éclats. Désormais, sa gorge ne possédait plus aucune protection et il saignait de &lt;span&gt;toutes parts&lt;/span&gt;. Bref, ses ennuis ne faisaient que commencer.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;« Tu as tué l’un des plus puissants d’entre nous, vil mortel, tonna l’Ange déchu. Tu n’auras pas cette chance avec moi. Je suis Lest…»&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;Le vampire renâcla en comprenant qu’un pieu s’était impeccablement figé dans son dos. &lt;span&gt;Nathan roula&lt;/span&gt; sur le côté, se défaisant de la prise du monstre. &lt;span&gt;La mine défaite,&lt;/span&gt; le vampire tenta d’attraper ce pieu qui lui vrillait le corps en effectuant de grands moulinets maladroits, bondissant dans l’herbe, mû par l'instinct de survie. &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;« Ne te fatigue pas. &lt;span&gt;Celui-ci est spécial ! &lt;/span&gt;souffla Nathan, du bois traité chimiquement. Une fois entré dans le corps d’un vampire, il se dissout dans l’organisme et le détruit en quelques secondes. Désolé de te l’apprendre, mais tu es déjà mort. »&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;span&gt;En cas d'extrême urgence,&lt;/span&gt; un mécanisme situé à l’avant-bras gauche de Nathan pouvait éjecter un pieu. Et il venait de l’employer en le plantant au bon endroit, c’est-à-dire dans le cœur de la sangsue. Première fois que Nate usait d’une telle technique. A&lt;span&gt; priori,&lt;/span&gt;il n’aurait jamais cru être capable d'y parvenir, tant l’exercice paraissait infaisable. &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;« Sale traître » ! pesta le rockeur en hurlant d’agonie. Il se tordit de douleur sous l’effet du liquide, un mélange d’anti-coagulants et d’eau bénite qui lui bouffait déjà le cœur, les poumons et les organes de l’intérieur. « Comment peux-tu faire ça à un vampire comme moi ? Moi qui suis un Dieu parmi les autres vampires ? »&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;Le monstre &lt;span&gt;beugla&lt;/span&gt;comme un fou, &lt;span&gt;expulsant la décoction de son organisme en la vomissant,&lt;/span&gt; cicatrisant automatiquement la plaie causée par le pieu, tout en défiant la mort. Sans coup férir, Nathan actionna un autre mécanisme au niveau de son poignet droit. Une minuscule arbalète de métal déploya ses ailes, lançant un carreau d'acier qui se planta dans la poitrine du vampire, juste au-dessus des côtes. Une auréole de sang, rouge vif, colora les plis soyeux, azurés de la chemise en satin du &lt;span&gt;rockeur aux cheveux longs&lt;/span&gt;. Le regard empli de haine, le monstre désira changer de forme, se débattant avec l’énergie du désespoir contre cette ultime bassesse du mortel. &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;Les yeux dans le vague, le vampire toucha la plaque protectrice qui protégeait son torse un court instant, comme pour se rassurer tout en crachant du sang, mais il ne &lt;span&gt;palpa &lt;/span&gt;qu’un minuscule trou. Visiblement, Nathaniel Leroy venait d’accomplir l’impensable, lui transperçant le coeur de part en part à l’aide de ce pieu &lt;span&gt;métallique, s&lt;/span&gt;pécialement étudié pour pourfendre ce type de protection archaïque. Le blond n’eut pas le temps de réciter une prière satanique que son corps se mit à brunir soudainement, se changeant en une sculpture d’os noirs, sitôt créée, sitôt soufflée par le vent.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;« C’était moins une sur ce coup-là », pesta Nathaniel en regardant les restes éparpillés du vampire et de son arbalète. Au sol, on n’apercevait plus qu’une plaque de métal, autrefois destinée à lui protéger la poitrine. Le chasseur sortit quelque chose d’une de ses bottes, puis assembla les pièces d’un nouveau pistolet-arbalète.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;« Si cette plaque avait été intégrale, &lt;span&gt;je serais&lt;/span&gt; sans doute mort depuis longtemps. Et pour répondre à ta question, &lt;span&gt;ajouta-t-il à voix haute en s'adressant au tas de cendre tout en reprenant son souffle, &lt;/span&gt;si tu avais été moins bavard et moins pompeux, c’est moi qui serait par terre et non l’inverse.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;- T’endors pas sur tes laurier&lt;span&gt;s, Nate !&lt;/span&gt; murmura une voix dans son oreillette, il y en a d’autres. Et ne t’étonne pas si ces buveurs de sang se sont changés en poussière immédiatement. Ils étaient si vieux qu’ils ont pris plusieurs siècles en quelques secondes.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;- Je m’en doutais un peu&lt;strong&gt;, &lt;/strong&gt;&lt;span&gt;Michelangelo, le railla le flic. Merci quand même pour ta participation active. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;Cette même nuit, quelques heures plus tôt, en France. &lt;span&gt;Au milieu des sinistres restes de l’ancien dôme du lieu-dit « &lt;span style=&quot;FONT-STYLE: normal&quot;&gt;le Manège »,&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; d’antiques affiches, collées avant la &lt;span&gt;guerre civile fran&lt;/span&gt;çaise, se battaient dans les bourrasques. Ces reliques fortement abîmées, jaunies par le soleil et délavées par la pluie, témoignaient de l’époque lointaine où ce lieu culturel appartenait encore aux humains. Collé contre un pan de mur démoli, fortement grisé par la pollution, le visage jovial d’un &lt;span&gt;antique &lt;/span&gt;clown riait de toutes ses dents avec deux jolis impacts de balles au milieu du front. Aucun saltimbanque ne déambulait plus ici depuis des années, mais malgré cela, le site survivait toujours. En ces temps troublés&lt;span&gt;, seule la clientèle&lt;/span&gt; avait changé. &lt;span&gt;En effet, l'ancien lieu de spectacle était devenu « Le Manège ensorcelé », une boîte de strip-tease plutôt étrange, exclusivement réservée à des clients &lt;em&gt;spéciaux&lt;/em&gt;.&lt;/span&gt;&lt;span&gt;Enfuie sous les les ruines de l’ancien édifice, cette boîte de nuit flambant neuve demeurait&lt;/span&gt;à l’abri des regards indiscrets des Grouillants, comprenez des mortels, puisqu’&lt;span&gt;elle&lt;/span&gt; n’accueillait que des créatures surnaturelles ou des démons. &lt;span&gt;Vu l’heure avancée, les monstres s’y amusaient déjà en nombre.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;« Est-ce que tu sais qui c’est, Monsieur Esper ? » balbutia le soulard démoniaque pour se rendre intéressant aux yeux de son comparse de boisson. Il se gratta les cornes avant de commencer son récit.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;« Vas-y raconte » &lt;span&gt;lança le vampire qui l'accompagnait. &lt;/span&gt;Avec ses petits yeux noirs imbibés d’alcool, son visage lacéré de toutes parts et sa langue pendante, Tom le Balafré ne payait guère de mine. Adossé à une table, quasiment camouflé dans une zone d’ombre, son visage errait du chat mort qu’il buvait vers cette barre métallique où se trémoussait cette danseuse à trois seins qu’il croyait avoir vue dans un vieux film de science-fiction. &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;« La pauvre Bellinda, pensa-t-il. Après un début de carrière foireux à Hollywood, la voilà qui secouait ses fesses dans &lt;span&gt;ce bouge p&lt;/span&gt;our gagner une maigre pitance. En même temps, il ne restait plus grand chose des USA. »&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;Emmitouflé dans de nouveaux haillons, un bonnet à demi propre sur le sommet du crâne, le vieil immortel semblait presque heureux. De toute façon, dès que Tom s’imbibait d’alcool, il devenait forcément heureux. Son camarade reprit son monologue, plus obnubilé par le débit de ses propres paroles que par la poitrine remuante de la danseuse.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;« Lorsqu’il est arrivé ici, cinq années plus tôt, Monsieur Esper s’est rendu compte de la puissance tellurique du lieu. Certes, les affrontements durant la guerre civile française avaient détruit de nombreuses bâtisses, dont les immeubles des rues avoisinantes. Et il ne subsistait qu’un morceau du dôme du manège, un pan prêt à s’effondrer, paraît-il. Mais globalement, les étages inférieurs, notamment les caves, tenaient bon. Alors, Monsieur Esper a décidé d’investir cet endroit en demandant gentiment aux squatters qui vivaient là de déguerpir.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;- Y avait des squatters ? » lança Tom, qui ne comprenait rien à la conversation, mais faisait mine de suivre, les yeux dans le vague. « Pour sûr qu’il y avait des squatters. Tout un troupeau d’humains qui se cachait là pour éviter les rafles du Général Laval et de ses sbires. Bien évidemment, ces réfugiés qui vivaient de rapine ont refusé de partir. C’est toujours comme ça avec les humains. Ils sont faibles physiquement mais quelles grandes gueules. Bref, devant leur refus, Esper usa de ses dons démoniaques et les sacrifia un à un. Ensuite, il a protégé cet endroit des mains des autres Grouillants en y apposant quelques antiques runes dotées d’un immense pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;- Mais pourquoi tu me racontes tout ça ? Tout le monde le sait déjà, non ? répliqua le Balafré sans quitter les trois seins qui se trémoussaient dans son champ de vision.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;- Ben pour faire la conversation comme deux potes, quoi. Et le démon enchaîna de plus belle. Du coup, pour les survivants et les civils qui se terraient dans le voisinage, le Manège s’est transformé en un lieu maudit. Ce site est devenu si maléfique que même en cas de pilonnage intensif, aucune bombe ne parvient à l’atteindre. Ainsi, même si un pilote d’avion chevronné vise le lieu, son missile explose immanquablement dans les cieux, ne recouvrant le dôme que d’éclats épars et inoffensifs, voire de poussière. Bien évidemment, une escouade de l’armée rebelle a tenté de se pointer ici pour en savoir davantage, mais aucun d’entre eux n’en est jamais revenu, rigola le monstre.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;- Excuse-moi de te couper la parole mon pote, mais tu devrais nous resservir un peu de ta gnôle, » essaya Tom pour se débarrasser des parlotes ennuyeuses du gars. Sur ce, son collègue se reversa un verre d’alcool et l’avala d’un trait, oubliant Tom avant de reprendre son histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;« Après quelques travaux d’intérieur, dont la réfection de certaines salles, puis l’installation d’une scène centrale pour que les clients se rincent l’œil sur les danseuses à gros seins, Monsieur Esper ouvrit son antre. C’est à ce moment-là qu’il a commencé à inviter ses amis et des clients potentiels, tous de nature démoniaque, of course. &lt;span&gt;- Houlà, évite de parler anglais,&lt;/span&gt; j’ai déjà du mal à suivre, répliqua Thomas Durbin, sans même lever les yeux vers l’autre type, trop obnubilé par les fesses rebondies de Bellinda qui se dandinaient de-ci de-là. D’ailleurs, si je me souviens bien, tout ce que tu me racontes est écrit sur ce vieux parchemin qu’on peut voir contre l’un des murs lumineux, là-bas, » fit le Balafré en levant son doigt. En effet, une calligraphie colorée narrait la légende du nouveau Manège ensorcelé. &lt;span&gt;Du moins, pour qui savait la déchiffrer.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;« Tu as bien raison, mon gars ! » lança l’autre poivrot au moment où sa tête frappa la table. La seconde suivante, il dormait comme un bébé, complètement murgé. Tom allait enfin avoir la paix, trop heureux de pouvoir profiter de ce spectacle charmant et sans accompagnement sonore. &lt;span&gt;La mine défaite, il&lt;/span&gt;souleva la bouteille du poivrot, se rendant compte qu’elle était quasiment vide.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;Plusieurs mois s’étaient écoulés depuis que Tom avait aidé Charles Ruthwen à assassiner Laéticia Bastet, l’Impératrice vampirique. Et pendant que l’Impur se rinçait l’œil sur cette incroyable série de tétons qui se trémoussaient au-dessus de lui, des images éparses revenaient parfois dans son esprit, &lt;span&gt;tels de lointains songes brumeux.&lt;/span&gt; Tandis qu’il matait les fesses fermes de la danseuse, il les vit rapetisser à mesure qu’elle se rapprochait d’une barre plus éloignée. &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;Une nuée de lumières colorées, issues de multiples stroboscopes métalliques, brillèrent un instant devant l’étrange et néanmoins sensuelle Bellinda. Ce panorama changeant rappela au Balafré l’écume blême de l’océan. Ainsi, pour la énième fois de la soirée, Tom revit la scène, incapable d’admettre la disparition de son meilleur ami. La tête avachie sur le comptoir, son esprit rêvassa un instant, se souvenant de ce douloureux passage. À demi-saoûl, il remordit dans son chat puant la charogne, faisant gicler du sang sur ses frusques.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;Juste après le crash de l’avion de Bastet, surnommé le Bennou, Tom le Balafré et Jébédiah Stane émergèrent des flots, nageant au milieu d’une kyrielle de vagues déchaînées. Si les deux damnés avaient miraculeusement survécu à l’explosion, Thomas devait malgré tout aider son compagnon d’infortune, sévèrement touché. Tant bien que mal, Durbin retenait le corps de son allié afin de l’empêcher de &lt;span&gt;disparaître&lt;/span&gt;dans les eaux noires. &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;Le fier guerrier gémissait tout en tentant de rester digne. &lt;span&gt;Malgré la douleur, Stane ne bougeait&lt;/span&gt; quasiment pas, même si ses membres s’engourdissaient un à un, à cause des eaux sinistrement froides. Qui plus est, le Noir ne cessait d’avaler des tasses d’eau salée, peu ragoûtantes. Terrifié, Tom jeta un regard aux environs houleux à la recherche de son ami de toujours, le Duc Charles Ruthwen, sans l’apercevoir. &lt;span&gt;Pour ne rien simplifier,&lt;/span&gt; Jébédiah pesait son poids car Tom ne s’avérait pas aussi carré que Charles. Ses petites épaules rondes, en cul de bouteille, ne lui permettraient pas de tenir bien longtemps. En temps normal, le clochard aurait pu le porter sans aucun mal, un vampire ayant généralement la force d’une vingtaine d’hommes, mais Thomas saignait &lt;span&gt;de toutes parts.&lt;/span&gt;&lt;span&gt;Pour parachever le tout, &lt;/span&gt;il avait usé de son sang &lt;span&gt;en activant ses&lt;/span&gt; pouvoirs surnaturels dans le Bennou. &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;Les petits yeux noirs et malicieux du Balafré se perdirent de nouveau dans le lointain. À droite comme à gauche, il n’aperçut que des kilomètres et des kilomètres de vagues noires et remuantes qui se confondaient avec les cieux d’encre. Quoique incapable de s’orienter pour déterminer s’ils nageaient près des côtes ou non, Tom &lt;span&gt;fit en sor&lt;/span&gt;te de garder le moral. Une pluie battante et glacée, véritable nuée de hallebardes, lui cingla le visage, l’empêchant de distinguer quoi que ce soit de plus. « Nous sommes en vie, pensa-t-il. &lt;span&gt;C’est déjà un bon début et ce crachin importe peu. &lt;/span&gt;Mais bon sang, où est-il ? hurla Tom, Où est passé cet ostrogoth de Duc ?&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;- Il a coulé, murmura Stane, je l’ai vu couler à pic tout à l’heure. Il semblait très amoché. »&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;Une vague de quatre mètres de haut recouvrit les deux vampires, &lt;span&gt;les immergeant&lt;/span&gt;dix mètres plus bas, dans une eau encore plus glaciale. Sous la rudesse de la déferlante, le corps de Stane &lt;span&gt;échappa des doigts du Balafré. &lt;/span&gt;Tom &lt;span&gt;nagea prestement &lt;/span&gt;dans les flots, parvenant à l'attraper au poignet avant de le remonter à la surface, non sans effort. Certes, les corps vampiriques résistaient à d’incroyables variations de température, mais lorsque le précieux fluide vital qui les animait se faisait rare, leur sensibilité au froid paraissait rejaillir. Et au vu des quantités de sang qu’ils avaient &lt;span&gt;brûlées dans le précédent combat, la température de l’eau égalait celle d'une crique polaire.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;L’horrible gueule, atrocement abîmée de Durbin, émergea des flots pour la centième fois. En empêchant Jébédiah de couler, il goûtait tout autant que lui à ces liquides salés qui lui donnaient envie de gerber. Bon sang, il crevait tellement de soif qu’il aurait bu n’importe quel rafraîchissement sanguin, même non alcoolisé. Hésitant sur la conduite à adopter, Tom essaya de discerner une quelconque bande de terre ou même le corps de Charles. En vain. Pour la première fois depuis longtemps, le vampire Impur affrontait un dilemme cornélien. Soit il sauvait Jébédiah Stane, un type sympa qu’il ne connaissait pas plus que ça, soit il recherchait son vieux comparse de toujours. Bien évidemment, cette pluie glacée et ces dantesques vagues ne lui facilitaient pas les choses. &lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;« Vacherie ! éructa Tom. J’ai perdu mon bonnet en laine troué dans la flotte. Du coup, comme tout chauve qui se respecte, j’ai froid au&lt;span&gt;haut du crâne. &lt;/span&gt;Et ce salopard de crachin est encore plus &lt;span&gt;gelé q&lt;/span&gt;u’une vierge d’Alaska.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;- Tu penses que Charles s’est noyé ? murmura Stane, moribond.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;- Charles est un bon nageur, crois-moi. S’il veut s’en sortir, il pourra le faire, maugréa le Balafré. C’est encore une histoire de gonzesse, je parie. C’est toujours des histoires de gonzesses avec lui. &lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;- Que veux-tu dire ? marmonna le Noir aux muscles puissants, ne comprenant rien au propos de l’autre immortel, le visage collé avec dégoût contre le torse puant du clochard.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;- Je pense qu’il a coulé délibérément. Le Duc voulait mourir. J’ai essayé de capter son esprit durant un court instant, mais il a rompu la liaison télépathique.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;- Qu’allons-nous faire, Tom ? Je me vide de mon sang comme un porc. Je ne vais pas tenir longtemps si je ne bois pas quelque chose. Je dois me régénérer au plus vite. Et à cause de ce satané froid et de ce sel de merde, mon corps ne guér&lt;span&gt;it pas !&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;- Je sais. Bon, on va essayer de sauver nos culs, répliqua Tom en évitant à Stane de couler &lt;span&gt;à nouveau.&lt;/span&gt;Nous verrons ensuite. Tu arriveras à nager quelques minutes tout seul si je te laisse barboter un peu ? Disons, trois minutes ?&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;- Ça devrait aller, mais j’ai vraiment besoin de sang. &lt;span&gt;Je me sens faible. Très faible.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;- Les hommes de la Féline ne t’ont pas loupé, on dirait. Surtout ce salaud de Dvorak.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;- Reste là, mon grand, je vais nous chercher à boire. »&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;Alors, Tom plongea dans les remous, disparaissant dans les eaux &lt;span&gt;opaques &lt;/span&gt;et glacées. Sous la surface huileuse, amalgame de tant de pollution, le damné se mit à nager commeune raie manta. Dans les méandres de l’océan, il pratiqua la brasse, allongeant les mouvements pendant plusieurs minutes, slalomant ici ou là, jusqu’à ce qu’il aperçoive ce qu’il désirait. À cinquante mètres en dessous de lui, deux grands requins blancs, leur odorat extrême alertés par le goût du sang des deux immortels,&lt;span&gt; surgissaient des abysses. &lt;/span&gt;Les squales, &lt;span&gt;larges prédateurs&lt;/span&gt; à l’œil mort, glissèrent doucement dans leur direction, avalant rapidement les mètres, la gueule grande ouverte, prête à les dévorer. L’un d’eux fila vers Tom, s’apprêtant à le dépecer lorsqu’il vit le Balafré jaillir vers lui, les canines en avant. Bizarrement, le requin sembla surpris de voir que ce gaillard, vêtu d’oripeaux troués, nageait très vite. Ensuite, il devina les ridicules dents jaunies du damné se plantant dans sa peau épaisse, puis la déchirant furieusement. Le monstre des profondeurs effectua plusieurs mouvements furtifs pour choper le bras ou la jambe du vampire. Sans succès. &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;Le sang du requin, qui mesurait cinq bon mètres de long, jaillit dans la bouche asséchée du Balafré telle une fontaine de jouvence, le revigorant comme jamais. Le terrible squale, la mâchoire claquant dans les flots, se débattit tant bien que mal, bougeant ses nageoires et sa queue dans de vains mouvements frénétiques pour briser les os de son agresseur. À n’en pas douter, Thomas Durbin s’avérait plus agile, plus impitoyable et plus rusé que lui. &lt;span&gt;Agonisant,&lt;/span&gt; le prédateur des mers se retourna sur le dos, s’avachissant dans des tourbillons d’eau rougeâtres et ensanglantées, mordu par plus fort que lui, une immense plaie béante de vingt bons centimètres de profondeur sur le côté. &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;Bien que repu, Tom leva les yeux un instant vers la surface obscure, cherchant le second requin blême. Dans leur lutte acharnée, les deux prédateurs avaient immanquablement dérivé vers le fond de l’océan. Du coup, le vampire ne distinguait plus le corps de Jébédiah qui flottait pourtant quelque part au-dessus de lui. Il pouvait avoir dérivé d’une centaine de mètres, peut-être plus. Sans omettre que l’obscurité &lt;span&gt;de ce ciel d'ébène&lt;/span&gt; n’arrangeait rien. Même doté de formidables sens accrus, Tom n’y voyait goutte. &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;Alors, le liquide carmin du squale afflua dans les terminaisons nerveuses du vampire, cicatrisant &lt;span&gt;mystiquement&lt;/span&gt; ses moindres entailles. Immédiatement, ses sens se décuplèrent. Il put sonder les abîmes comme jamais à la recherche de son allié d’infortune. En le repérant, Thomas tenta de réprimer un frisson d’angoisse car l’autre prédateur de sept mètres se dirigeait vers Stane à toute allure.Toutefois, le Black aux tatouages tribaux et aux muscles d’acier ignorait tout du dange&lt;span&gt;r, pataugeant &lt;/span&gt;tant bien que mal à cause de ses multiples blessures, se vidant innocemment de son hémoglobine en indiquant la route à suivre au terrible squale. &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;Le requin redoubla de vitesse en fonçant vers sa proie, salivant à l’idée du festin à venir. Sa gueule s’ouvrit béatement, terrible armada de dents aiguisées, prête à enlever les deux jambes de sa victime. D’un mouvement surnaturel, Tom se propulsa avec une vitesse hors norme, &lt;span&gt;sublimé&lt;/span&gt;par tous ces litres de sang chaud qu’il venait d’ingurgiter. Quoi que nageant extrêmement vite, l’ancien soldat arriverait trop tard. &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;Il se lança malgré tout, se débattant comme un beau diable en poussant sur les muscles de ses bras et de ses jambes dans un ultime effort. L’espace d’un instant, il se remémora les champs de bataille de Verdun. Il se revit, tirant sur ses multiples adversaires pour les empêcher de prendre sa vie, se souvenant que &lt;span&gt;la caractéristique première du mortel qui sommeillait en lui, était de survivre.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;« Attention, » hurla l'Impur par télépathie, dans l’espoir de prévenir Stane. Son appel atteignit l’autre vampire une demi-seconde trop tard. Les mâchoires du requin firent mouche en se refermant sinistrement sur les deux jambes du pauvre Jébédiah. Le Noir imposant sentit qu’on le tirait vers l’arrière avant de comprendre ce qui se passait exactement. Ensuite, sa peau fut déchiquetée par les incroyables dents triangulaires du grand requin blanc de sept mètres de long dans une nappe d’hémoglobine tiède. &lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;span&gt;Premier chapitre du Règne des Immortels. Personnages, histoire et copyright exclusif Sullivan Lord, 2009&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>Le Regne des Immortels, Chapitre second</title>
    <link>http://www.sullivanlord-editeur.com/post/Le-Regne-des-Immortels%2C-Chapitre-second</link>
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    <pubDate>Thu, 24 Dec 2009 06:25:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Admin</dc:creator>
        <category>Le Règne des Immortels</category>
        <category>Gothique</category><category>Littérature romantique</category><category>Nathaniel Leroy</category><category>Trilogie vampirique</category><category>vampire</category>    
    <description>    &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;ins&gt;CHAPITRE DEUX :&lt;/ins&gt; CE GENTILHOMME DE BALAFRÉ&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;em&gt;Il est des gens dont l’approche équivaut à tous les maléfices.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;em&gt;VICTOR SEGALEN.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;À la Nouvelle-Orléans, Nathaniel Leroy se releva, puis rechargea un carreau dans son pistolet-arbalète avant de marcher vers l’entrée principale sous une pluie battante. Les rafales de balles des deux sangsues l’avaient annoncé. Aussi, il défonça la grande porte d’un unique coup de pied bien placé. La puissance potentielle du Juste ainsi que sa force surnaturelle, faisaient de lui un être capable de lutter à armes égales contre les vampires. En pénétrant dans le corridor lambrissé, Nate repéra deux damnés vêtus de costumes traditionnels africains aux couleurs vives et chamarrées. Bien sûr, les deux Noirs imposants intervinrent de concert. Le premier fit feu vers le flic au jugé, envoyant une rafale de balles s’écraser au-dessus de sa tête dans un horrible crépitement sec.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;Pour toute riposte, le Black reçut un trait d’arbalète en plein cœur. Sous la douleur, le géant de basalte fracassa la porte adjacente d’un vestibule en disparaissant dans les manteaux et les échardes de bois, geignant comme un animal blessé. Le second fit également feu. Les balles déchirèrent les parois &lt;span&gt;boisées&lt;/span&gt;, faisant craqueler tout un pan de mur, mais Nate plongea à nouveau au sol. &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;Profitant de cette diversion, l’Africain se mit à courir comme un fou furieux en filant à l’autre bout du couloir pour monter à l’étage. Ses pieds parcoururent trois marches avant qu’un lancer de dague ne lui transperce la nuque. Le visage figé par un horrible rictus, il retomba mollement sur les lattes du parquet en levant des yeux révulsés vers le haut de l’escalier en bois. Curieusement, Leroy constata que les chairs, les organes et les os du vampire ne se mettaient pas à pourrir et à se désagréger. Circonspect, il se pencha sur le corps de sa victime, récupérant sa dague bénie en faisant craquer les vertèbres du monstre avec une pointe de sadisme.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;« Il me faudrait une arbalète à répétition comme les fabriquent ces mecs d’Hollywood, » maugréa Nate en attendant ce curieux spectacle de décomposition spontanée qui tardait à venir. Généralement, tous les vampires mouraient d’une façon différente. Certains vous explosaient au visage comme si la puissance qu’ils détenaient se libérait soudainement en déchirant leurs chairs, d’autres encore se liquéfiaient comme s’ils fondaient sous l’effet d’un quelconque acide interne, les derniers s’enflammaient comme du petit-bois sec. Mais curieusement, ce corps-ci demeurait intact. Pour plus de sécurité, Nathan décida de le décapiter &lt;span&gt;parce que&lt;/span&gt; tout cela commençait à l’inquiéter sérieusement. &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;Férocement, il replanta sa dague dans la nuque du monstre, l’enfonçant jusqu’à la garde en se couvrant d’hémoglobine. Pendant qu’il s’affairait à sa tâche, une ombre massive se glissa dans son dos. Une chaise en bois d’acajou s’écrasa violemment sur le haut de son crâne et Leroy s’écroula sur le dos, à demi groggy. Son pistolet-arbalète ricocha &lt;span&gt;dans le couloir&lt;/span&gt;, glissant à six bons mètres de ses doigts. &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;Sur le point de tomber dans les vapes, Nathan contempla brièvement le visage de son agresseur, découvrant avec &lt;span&gt;stupéfaction&lt;/span&gt; qu’il s’agissait du second Black. Une expression étrange et féroce courait sur le visage déformé, perclus de douleur et de haine &lt;span&gt;de son adversaire&lt;/span&gt;. Le trait qui vrillait sa poitrine, au demeurant musclée, ne le gênait pas outre mesure. &lt;span&gt;Après sa visite dans le porte-manteau,&lt;/span&gt; il désirait s’occuper de Nate et lui faire des mamours. &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;« Il y a une méprise, murmura Nathan, en tentant de reprendre ses esprits. J’ai dû me tromper de maison…&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;- Je vais te tuer à petit feu, fit le damné en s’emparant d’une immense épée à deux mains, suspendue &lt;span&gt;en guise de décoration&lt;/span&gt;. Humblement, je reconnais n'être guère doué pour manier les pistolets. Feu mon collègue, également. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle &lt;span&gt;nous sommes ici.&lt;/span&gt; Cependant, la prochaine fois que tu voudras occire l’un d’entre nous, assure-toi que ta victime est bien décédée.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;- Vache, ton patron doit te payer au nombre de mots savants que tu débites, souffla Nate, qui tentait de reprendre ses esprits. Je n’ai pas tout compris à ton charabia. J’ai fait peu d’études, tu sais… »&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;La lame de l’épée fendit l’air, éventrant le plancher à l’endroit même où se trouvait la tête de Nathan précédemment, faisant voler un incroyable tas d’échardes en tous sens. Leroy se rejeta en arrière, évitant de justesse qu’un autre coup ne le sectionne en deux, &lt;span&gt;preuve que l'arme n'était définitivement pas factice.&lt;/span&gt; Désarmé, il attrapa une petite armoire basse dans l’entrée, la lançant sur le front de son adversaire aux vêtements colorés. Le bois éclata dans un craquement sec, suivi d’un bruit de vaisselle pilée, déséquilibrant le Noir un court instant. Une &lt;span&gt;brève&lt;/span&gt; seconde qui &lt;span&gt;lui &lt;/span&gt;permit d’entrer dans l’une des salles du rez-de-chaussée. &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;span&gt;Évidemment,&lt;/span&gt; le flic possédait d’autres armes, totalement inefficaces, puisque les pieux et autres traits d’arbalète ne tuaient pas ces morts-vivants. La situation se corsait. Quant à sa dague, elle était restée plantée dans la nuque du second quidam. Bref, il devait trouver de quoi se battre à armes égales. Et rapidement. À tout hasard, il s’équipa d’un pieu, &lt;span&gt;poussant&lt;/span&gt; une série de voilages &lt;span&gt;partiellement opaques&lt;/span&gt; qui l’empêchaient de voir quoi que ce soit, avant de déboucher dans une superbe et vaste chambre &lt;span&gt;aux lumières tamisées de couleur bleue. &lt;/span&gt;Çà et là, de grands chandeliers dotés de bougies &lt;span&gt;et quelques néons azurés&lt;/span&gt; éclairaient la salle.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;En dépit de cette ambiance &lt;span&gt;feutrée,&lt;/span&gt; quelques jolis tableaux et les formes mouvantes de larges bustes en marbre &lt;span&gt;apparaissaient ici ou là.&lt;/span&gt; Un doux feu de cheminée crépitait dans l’âtre tandis que des halètements marqués résonnaient quelque part, conférant à cette pièce, un aspect à la fois intime et malsain. C’est à ce moment précis que Nathan distingua un grand lit sur lequel un vampire aux cheveux courts prenait une jeune et jolie jeune femme aux cheveux d’or en levrette. &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;« Désolé, plaisanta Nate, en les observant tel un jeu de Lego lubriques. J’ignorais que c’était occupé. Je pensais tomber sur un repaire exclusivement gay. Je me renseignerai davantage la prochaine fois. »&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;Non décontenancé, l’immortel repoussa les fesses de sa partenaire en la laissant tomber sur la moquette, vulgaire chaussette usagée, avant d’arracher un drap du lit pour s’en faire une tunique. Le choc sourd des côtes du damné résonna contre le pieu en bois d’aulne de Nathan. Une marée de sang épaisse et chaude, juteuse au possible, recouvrit la main du chasseur. Surpris par son exceptionnelle vitesse, le vampire réprima un frisson avant que son corps n’explose. &lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;Le souffle de la déflagration fut tel que Leroy fut projeté à l’autre bout de la pièce avant de s’écraser contre un mur. La jeune femme courut vers les voilages, entièrement nue, ses fesses rondes rebondissant au gré de sa course alors que les poutres et les rideaux autour prenaient déjà feu. &lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;« J’ai l’info ! &lt;span&gt;gueula soudainement&lt;/span&gt; Mitch dans l’oreillette de Nathan. Ce ne sont pas des vampires normaux, mais des Maîtres vaudous. Il est probable que leurs cœurs ne soient pas au même endroit que les autres. Voilà pourquoi tu n’as pu les tuer ! &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;- Super, » &lt;span&gt;murmura Nathan en entendant le Black qui venait de surgir en tranchant les voilages d'un coup d'épée. Avec un sourire sadique, le monstre chopa la blonde sans le moindre mal. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;« Nate, la nana ! &lt;span&gt;cria Roberto, installé dans ce&lt;/span&gt;van où il observait la scène grâce à la caméra optique. Il va la tuer ! »&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;À l’idée de se remémorer la suite, Tom eut envie de vomir, revenant de plain-pied dans le club de strip-tease de Monsieur Esper. &lt;span&gt;Son numéro terminé,&lt;/span&gt; Bellinda, la succube métamorphe, quitta la scène. &lt;span&gt;Le vampire Impur la suivit du regard en scrutant la décoration sordide de l’établissement. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;span&gt;Avec ses grands&lt;/span&gt; néons colorés, jaunes et bleus, &lt;span&gt;dont la lumière provenait de luminescents Xandariens,&lt;/span&gt; le Manège ensorcelé n’affichait que des objets étranges appartenant à des dimensions parallèles ou surgis d’un lointain passé. On pouvait notamment apercevoir un vieux loup-garou empaillé, totalement mité, installé dans une cage évoquant la prise d’un grand fauve. Plus loin, l’épée, tout du moins la réplique de l’épée du Roi Gùlan IV, trônait fièrement sur l’un des murs, scintillant de mille feux. On distinguait également la partie supérieure du crâne osseux d’un grand Dragon gris qui ornait le bar, incrusté dans le bois par des procédés mystiques. Les orbites géantes de la défunte créature, serties de faux joyaux, observaient tranquillement les jolies pompes à bières finement gravées. &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;« Un vrai cimetière, » pensa le Balafré. Principalement des reliques d’autres espèces qui furent assassinées par les vampires au cours des siècles. La seule chose qui l’étonna vraiment fut ces tableaux épars, accrochés ici ou là et qui dépeignaient des scènes torrides et glamour entre des damnés consentants. Dégoûté par les dessins de ces aquarelles sexy, lui qui était célibataire depuis trop longtemps pour en parler, l’Impur mordit de nouveau dans son chat alcoolisé. Ses canines arrachèrent une oreille infecte, pleine de vers. &lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;« Ah, la vache ! gueula-t-il à moitié bourré. Il est pas frais, ce chat ! On m’a refilé de la camelote. » Sur ce, le gaillard tenta de se relever, manquant de trébucher sur son pote d’un soir, le démon &lt;span&gt;cornu.&lt;/span&gt; Heureusement pour lui, son compagnon de beuverie dormait toujours depuis dix bonnes minutes.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;Le Balafré tituba sur plusieurs mètres, prêt à engueuler l’aubergiste de tout son timbre avant de tomber lourdement sur le plancher tel un tas de vieux chiffons puants, emporté par un &lt;span&gt;misérable&lt;/span&gt; croche-pied. Avec un horrible craquement sec, son nez explosa contre le marchepied doré du comptoir. Du sang âcre, &lt;span&gt;coulant de son nez plein d’hémoglobine,&lt;/span&gt; se déversa dans sa bouche tuméfiée. À&lt;span&gt;mesure&lt;/span&gt; qu’il tentait de se relever &lt;span&gt;péniblement,&lt;/span&gt; les éclats de rire des autres pochetrons résonnèrent un peu partout. &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;Sous la colère, Durbin comprima ses poings en trouant ses mitaines de ses ongles pointus, prêt à en découdre &lt;span&gt;avant de se rappeler&lt;/span&gt; alors la sacralité de ce lieu. Un sortilège, lancé par le Mage Esper en personne, empêchait les monstres de se battre. Du moins, c’est ce que prétendait la légende, sûrement pour éviter les querelles inutiles. Tom releva sa face ravagée, hideuse au possible, vers l’individu qui venait de le faire ridiculement chuter, distinguant une jeune femme brune aux cheveux noirs et bouclés. Elle était assez jolie, même très jolie. À la couleur de sa peau, il devina qu’il s’agissait d’une vampire.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;« Pas de mal, » baragouina le Balafré, heureux de découvrir le visage enchanteur de sa dominatrice. &lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;Il détailla le corps de la damnée très longuement, s’attardant sur sa poitrine généreuse, engoncée dans un corset serrant, puis le galbe de ses hanches et de ses cuisses qu’on devinait derrière les voilages d’une superbe robe rouge. &lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;« Désolée, murmura la jeune vampire &lt;span&gt;aux yeux d'émeraude,&lt;/span&gt; trop amusée pour être confuse. Je ne vous avais pas vu. Pourtant, j’aurais dû vous sentir…&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;- Ne vous inquiétez pas, Mademoiselle. J’ai une constitution très résistante, » lança Thomas Durbin, au moment même où du sang gicla de son nez &lt;span&gt;à la manière d'une fontaine ardente.&lt;/span&gt; Il plaqua une main sur son appendice meurtri, empêchant son fluide vital d’éclabousser son interlocutrice. Un sourire abruti s’installa sur son visage répugnant. Cependant, cinq doigts ne suffisaient pas à contenir les flots de mucus ensanglantés qui jaillissaient en tous sens. Son autre main fut nécessaire pour tempérer les giclées de son pauvre pif agonisant.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;Aux alentours, les derniers rires se calmèrent un à un. Visiblement, les clients attendaient une baston qui ne viendrait pas ; ils se remirent donc à causer de choses et d’autres. Les deux individus &lt;span&gt;purent ainsi&lt;/span&gt;faire plus ample connaissance. &lt;span&gt;Pour lui faciliter la tâche,&lt;/span&gt; Mélanie Leroy se retourna vers son verre, abandonnant ce pauvre hère inintéressant et moche comme un pou à son triste sort. Non seulement, il puait la charogne mais de surcroît il se vidait de son sang comme un porcin.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;« Excusez-moi, » fit le monstre en s’approchant d’elle. La jeune immortelle le dédaigna en jouant avec l’ombrelle de son cocktail rougeâtre, faisant mine de ne pas l’avoir entendu. &lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;« Excusez-moi, » répéta-t-il, en attrapant carrément le verre de la vampire où flottaient deux orbites globuleuses.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;Mélanie leva un sourcil dans sa direction, visiblement dérangée par ce larcin digne &lt;span&gt;d'un goujat de la pire espèce.&lt;/span&gt; « De toute évidence, cette bombe sexuelle ne désirait pas lui répondre, ni même converser avec lui de la pluie et des retombées atomiques, pensa l’Impur. Qu’importe, il allait lui parler.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;- Oui, répondit-elle malgré tout, faisant un effort surhumain pour paraître polie. C’est gentil de tenir mon verre, mais je pense qu’il sera plus en sécurité dans ma main plutôt que dans celle d’un soûlard…»&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;Complètement rond, le Balafré l’observa avec le plus incroyable, le plus intense et le plus abruti des visages. Toute une vie de banqueroutes financières et de conquêtes féminines fantasmées, se concentrèrent dans les quelques mots qu’il prononça avec le plus grand calme.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;« Dis-moi, est-ce que tu baises ? » cracha Durbin, sûr de son coup. Il venait de trouver la pute la plus excitante de ce fourbi et il ne comptait pas la laisser partir avec un autre client, même si son nez partait en vrille. Qui plus est, il avait largement de quoi la payer &lt;span&gt;en nature.&lt;/span&gt; &lt;span&gt;Une clé de douze avec une tête de lapin au bout, comme il se plaisait à le dire. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;« Ben alors, salope ? » ajouta-t-il en exhibant ses petites dents noircies et jaunâtres, avec des morceaux de viande de chat pourris accrochés çà et là. La moindre des qualités du Balafré ? Il savait parler aux femmes. « Tu ne réponds pas ? Tu préfères parler avec ta langue, je parie. »&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;Pour toute réponse, Tom &lt;span&gt;sentit&lt;/span&gt; une gifle, dure comme l’acier, &lt;span&gt;s'aplatir&lt;/span&gt; sur son pauvre visage ligaturé de toute part. L’impact fut tel &lt;span&gt;qu’il décolla&lt;/span&gt; à l’autre bout de la pièce, &lt;span&gt;s'écrasant grossièrement sur une table qui se brisa au milieu d’éclats de verre.&lt;/span&gt; É&lt;span&gt;claboussé,&lt;/span&gt; un jeune couple se recula brusquement, comprenant que cette bataille ne les concernait nullement. Le Balafré, aucunement impressionné, se releva d’un bond, comme revigoré par cette douche d’alcool. Ses ultimes mèches de cheveux sales et ébouriffées, totalement humides, se mirent à rebiquer. &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;« Une pute sado-maso ! grogna-t-il de plaisir. J’adore ça. Choisis ta chambre bébé et mon corps d’athlète est à toi ! &lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;- Tu es vraiment dur de la feuille, toi, râla Mélanie, comprenant que ce tocard allait insister davantage et que ce quiproquo risquerait de durer un long moment. Je ne suis ni une danseuse à trois seins, ni une pute, espèce d’abruti ! »&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;span&gt;Alors qu'elle s'apprêtait à répliquer physiquement,&lt;/span&gt; une poigne coriace enserra le poignet de Mélanie. Une Goule Noire, qui n’avait de Goule que le nom vu son incroyable force, la regarda dans le blanc des yeux, prête à frapper si nécessaire. Celui qui lui faisait face était Radone, l’un des impressionnants videurs du Manège.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;« Arrête ça tout de suite ! articula le porte-flingue en serrant les dents. Le boss te tolère car il apprécie tes toiles. Quant à ce poivrot et en dépit de son apparence, il possède de bons appuis politiques. Alors, si vous voulez vraiment vous battre, vous sortez de ce lieu maintenant ou je me charge de vous balancer à l’extérieur… &lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;« C’est bon, souffla Mélanie, déçue de ne pouvoir en découdre ici même. Je sors.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;- Idem, ajouta le Balafré. Le froid, ça m’excite un maximum. Mon appendice devient gigantesque lorsqu’il est malmené…&lt;strong&gt;»&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;span&gt;À la Nouvelle-Orléans,&lt;/span&gt; un hurlement féminin résonna dans une des chambres de la résidence Lamont. Le Maître vaudou relâcha le corps sans vie de l’innocente, un large sourire sadique &lt;span&gt;dénudant ses canines impeccablement blanches.&lt;/span&gt; Le corps nu et mou de la jolie blonde s’écrasa sur la moquette, les vertèbres brisées. Quant à Leroy, il serait le prochain sur la liste. &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;« Et merde, » vociféra Nathan, &lt;span&gt;tout aussi furieux contre le damné que contre lui-même.&lt;/span&gt; À&lt;span&gt;la recherche d'une quelconque planche de salut, il vit qu'un&lt;/span&gt; antique katana se tenait sur un présentoir, accroché dans le dos du molosse. Cependant, Nate devrait faire un bond au-dessus du lit pour l’attraper en risquant un méchant coup d’épée. Il tenta de gagner du temps.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;« Pourquoi tu as fait ça, espèce de salopard ?&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;- Pour le fun, » ricana le Black.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;span&gt;Empli d'une rage sans limite,&lt;/span&gt; Nathan &lt;span&gt;décrocha&lt;/span&gt; le katana par télékinésie. Le monstre d’onyx eut à peine le temps de bouger qu’il sentit &lt;span&gt;une pointe&lt;/span&gt;lui perforer les intestins à trois reprises avant de rejoindre la main du flic. Surpris, le géant tituba sur deux mètres en dégobillant un bon litre de sang avant de s’écrouler à genoux en sentant sa tête se défaire de son cou &lt;span&gt;sous le fil de cette lame aiguisée.&lt;/span&gt; Leroy &lt;span&gt;attrapa la tête remuante&lt;/span&gt;de la chose, puis jeta cette &lt;span&gt;trogne hurlante&lt;/span&gt; dans les flammes de la cheminée. &lt;span&gt;Le crâne, dont la machoire s'agitait toujours en l'insultant copieusement,&lt;/span&gt; s’immola illico, ne vibrant qu’une dizaine de secondes &lt;span&gt;avant d'émettre de brefs cris d’agonie.&lt;/span&gt; Le corps fit quelques mouvements convulsifs avant de se changer en poussière.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;Pas le temps de souffler que les enjambées de l’autre vampire résonnaient déjà dans le couloir. &lt;span&gt;Le Juste n'ayant pas eu le temps de le décapiter intégralement, cette satanée &lt;span style=&quot;TEXT-DECORATION: none&quot;&gt;poupée &lt;em&gt;brave gars &lt;/em&gt;fonctionnait &lt;/span&gt;de nouveau parfaitement. Qui plus est, &lt;/span&gt;la chambre &lt;span&gt;bleutée &lt;/span&gt;prenait feu de toute part et le flic ne pourrait pas rester là très longtemps, il sortit donc de la pièce pour affronter le danger en face. Le Noir, &lt;span&gt;libéré de cette dague&lt;/span&gt;qui lui trouait la nuque, sprintait &lt;span&gt;maintenant&lt;/span&gt;le long de l’escalier ascendant. Ni une, ni deux, Nathan balança une grenade incendiaire avant de se plaquer au sol. &lt;span&gt;Sans pour autant arrêter de grimper,&lt;/span&gt; le vampire &lt;span&gt;sentit&lt;/span&gt; le projectile de métal lui &lt;span&gt;démettre&lt;/span&gt; une épaule. La grenade ricocha sur deux, trois marches, le souffle de l’explosion expédiant le type et l’ensemble de l’étage dans les flammes de l’enfer. &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;« En général, ce genre de sbire s’enfuyait toujours à l’opposé de l’endroit où se trouvait son Maître pour lui laisser le temps de filer, » &lt;span&gt;se souvint Leroy.&lt;/span&gt; Pour preuve, trois jours plus tôt, un vampire très puissant &lt;span&gt;du nom de Corvac&lt;/span&gt;avait faussé compagnie au chasseur de cette manière. Depuis, Nathan faisait gaffe à ne plus commettre ce genre de bévue. Autrement dit, le grand manitou, le créateur de toutes ces engeances, se trouvait sans doute à la cave. Nathan marcha vers la porte en question lorsque que quelqu’un l’interpella par télépathie.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;« Descendez, n’ayez crainte. Je vous attendais, » fit une voix masculine, &lt;span&gt;posée. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;Inquiet, Nathan scruta les environs. Le rez-de-chaussée, tout comme l’étage de la maison, s’embrasait déjà. Autrement dit, il bénéficierait de quelques minutes tout au plus pour finir sa besogne. Leroy se demanda s’il ne se jetait pas, tête la première, dans un piège grossier. Cependant, il descendit malgré tout ce qui ressemblait à une volée de marches en bois, branlantes à souhait. &lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;Une odeur abjecte, viciée, imprégnait les antiques murs de torchis, recouverts d’épaisses toiles d’araignée. Au fur et à mesure qu’il glissait dans cette sinistre cacophonie de craquements stridents, il se demanda ce que cette cave pouvait receler de si terrible. En bas du vieil escalier termiteux, le Juste poussa une petite porte, également en bois, puis débarqua dans une sorte de laboratoire sinistre, recouvert de poussière.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;Çà et là, on apercevait du matériel de biochimiste sur de grandes tables, des becs Bunsen, des vases à bec, des cornues, des pipettes et de grands réceptacles en verre. Certains bocaux, dont le contenu paraissait vivant, semblaient provenir tout droit d’un film d’horreur des années trente. Plusieurs d’entre eux, étiquetés et référencés, &lt;span&gt;résultant d'indicibles expériences,&lt;/span&gt; reposaient dans une grande armoire métallique entr’ouverte. Quelqu’un ou quelque chose les avait donc soigneusement entreposés là. Demeurant aux aguets, Nate repéra une silhouette anthropoïde,&lt;span&gt; étrangement silencieuse,&lt;/span&gt; qui se trouvait derrière une des tables. Il la jaugea, l’arme au poing, prêt à faire feu. &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;Il était grand et brun, plutôt costaud. Son visage sévère se couvrait de petites stries, &lt;span&gt;la conséquence d'anciennes balafres&lt;/span&gt; ou d’une quelconque maladie de peau non traitée. L’homme ne paraissait pas armé &lt;span&gt;et présentait un visage amical.&lt;/span&gt; Il portait un manteau long et plusieurs mèches de cheveux courts jaillissaient d’un large chapeau. Ses yeux gris, sans âge, témoignaient de nombreuses batailles, mais à en juger par la couleur de sa peau, légèrement ambrée, ce gars &lt;span&gt;n’appartenait manifestement pas au genre vampirique&lt;/span&gt;&lt;strong&gt;.&lt;/strong&gt; La dépigmentation dûe à l’absence des rayons du soleil amoindrissait toujours leurs couleurs de peau&lt;strong&gt;, &lt;/strong&gt;&lt;span&gt;se rappela Leroy.&lt;/span&gt; Toujours. Et ce gars venait de prendre un bain de soleil, &lt;span&gt;voire de se faire&lt;/span&gt;une séance d’UV récemment. &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;« Vous n’êtes pas un vampire, murmura Nathan.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;- Eh non ! » répliqua l’homme en se levant.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;Nathan affina sa visée pour être sûr de faire feu en premier.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;« Qui êtes-vous ?&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;- Celui que vous &lt;span&gt;deviendrez&lt;/span&gt; peut-être un jour, Nathan. &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;- Vous connaissez mon nom ? &lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;- La Confrérie de Cérinthe m’espionne, donc je fais de même. J’ai longtemps travaillé pour eux, vous savez. Je les connais très bien et aucune de leurs procédures &lt;span&gt;débiles&lt;/span&gt; ne m’est inconnue.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;- Je ne suis pas sûr de tout comprendre&lt;span&gt;, balbutia Leroy. &lt;/span&gt;Vous êtes un ancien chasseur ?&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;- En effet.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;- Et vous vivez au milieu de vampires ? &lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;- Disons plutôt qu’ils travaillent pour moi. Vous avez tué quatre de mes protecteurs, ce n’est pas mal pour un jeunot comme vous. » &lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;Une voix angoissée, provenant de l’oreillette, résonna dans l’ouïe de Nathan.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;« Nathan, tue-le ! C’est lui la cible ! Ne te laisse pas embobiner ! »&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;span&gt;Leroy laissa son arme dans la direction du type,&lt;/span&gt; pas vraiment convaincu par les paroles de &lt;span&gt;Michelangelo, dit Mitch, &lt;em&gt;la tortue ninja du Vatican.&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;« Ils vous disent de me tuer, pas vrai ? » Aucunement intimidé, le type s’alluma une cigarette.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;« Qui êtes-vous ? trancha, Nate, braquant toujours son arme de poing. &lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;- Vous ne tirerez pas, Nathan. J’ai étudié votre dossier en long, en large et en travers. Vous avez un peu plus de trente ans. Vous êtes flic et vous venez de demander un congé exceptionnel, le temps de donner un coup de main à la Confrérie. Vous vivez à Scylla dans cet endroit bucolique qu’on appelle les Contrées de la Déesse Arduinna. Vous aviez une sœur qui se prénommait Mélanie. Une artiste peintre de renommée mondiale et qui est soi-disant décédée dans des circonstances étranges. Vos antécédents médicaux vous ont forcé à abandonner la clope car vous avez chopé un cancer. Bizarrement, vous semblez en pleine forme pour un mourant. »&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;Nathan ne répliqua pas, surpris par l’étonnante véracité des paroles de son mystérieux adversaire. L’homme reprit son discours.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;« Dernièrement, vous avez tué un prêtre, mais vous ne vous en êtes toujours pas remis. Au vu de votre éducation catholique, vous en avez logiquement déduit que flinguer du vampire pouvait peut-être vous permettre d’atteindre la rédemption. Personnellement, j’en doute mais si c’est votre leitmotiv perso, pourquoi pas. Et comme vous le dites, le hic en question, c’est que je ne suis pas un vampire…&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;- Nate, tue-le, bordel ! » &lt;span&gt;blasphémèrent&lt;/span&gt; de nouveau les voix de ses alliés, installés dans le van. Cependant, Leroy débrancha l’oreillette ainsi que la caméra optique pour s’entretenir avec le mystérieux inconnu.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;Je &lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;ne vais pas me répéter toute la nuit et je déteste jouer au perroquet, Monsieur Mystère. Qui êtes-vous ? s’énerva le flic en visant la poitrine du gusse, le doigt sur la &lt;span&gt;détente &lt;/span&gt;de son 9 millimètre parabellum. Et que savez-vous au sujet de ma sœur ? Pourquoi dites-vous qu’elle est prétendûment décédée ? &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;- Je dois y aller, Nathan. L’étage brûle et ces braves pompiers cajuns ne vont pas tarder à arriver. Après la catastrophe d’il y a trois ans, une maison en feu, c’est de la bagatelle pour eux. &lt;span&gt;Et ils risquent d'avoir tout autant de travail dans les prochains jours. Désolé de briser votre moral mais si les vampires du coin ont décidé de prendre la poudre d'escampette, c'est à cause du nouvel ouragan qui s'approche et non à cause de vous.&lt;/span&gt; Mais nous nous reverrons bientôt, je vous rassure. &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;- Je ne suis pas sûr que vous ayez compris, le railla Nathan en réaffirmant sa prise sur l’automatique, &lt;span&gt;ne sachant pas si ce type bluffait ou pas.&lt;/span&gt; C’est moi qui tiens le flingue ! »&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;Projeté contre l’armoire métallique avec une incommensurable violence, Nathan pulvérisa une dizaine de bocaux en verre, puis s’écrasa au sol, au milieu des bruits cristallins, la peau écorchée. Alors que des morceaux de verre se logeaient déjà sous sa peau, mise à vif, il sentit son corps se soulever et heurter l’armoire trois fois de suite. La brutalité des impacts fut telle qu’à chaque coup, il crut sa dernière heure arrivée. Visiblement, ce mortel maîtrisait la télékinésie mieux que lui. Largement mieux même. &lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;« Je pourrais vous apprendre quelques trucs si vous acceptiez de reconnaître votre étroitesse de vue…murmura l’homme.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;- C’est donc vous le DRH, ici ? Je comprends mieux pourquoi vous parlez si bien. Comme je le disais à vos hommes, j’ai toujours été un mauvais élève... »&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;L’armoire métallique, maintenant vide, &lt;span&gt;s’effondra&lt;/span&gt; sur le corps du flic dans un ignoble fracas. Une épaule démise, trois côtes fêlées, Leroy repoussa le meuble d’une main en tentant de se relever au milieu des morceaux de &lt;span&gt;verre&lt;/span&gt; et du liquide poisseux qui recouvraient désormais le sol. Çà et là, des choses indicibles, libérées de leur prison ébréchée, rampaient déjà autour de lui. Le chasseur se traîna sur le côté, recherchant son adversaire du regard avant de recevoir une invisible pluie de coups.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;« Il n’est pas nécessaire d’être armé pour être dangereux, Leroy. Vous devriez le savoir, » ajouta l’inconnu.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;Alors, tous les objets de la pièce partirent vers Nate. Il se lança sur le coté avec véhémence, évitant un large bureau en métal plein de dossiers qui se fracassa contre le mur dans un vacarme infernal. Le &lt;span&gt;flic&lt;/span&gt; hurla, comprenant que sa cheville venait d’être heurtée par quelque chose. Une seconde volée, armada de couteaux et d’autres ustensiles, s'envolèrent vers lui et il se protégea avec ses avant-bras comme il &lt;span&gt;put ; nouvelle&lt;/span&gt; vague de bleus, d’ecchymoses et de blessures diverses. S’il ne se réveillait pas maintenant, il était mort. &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;« Je pense qu’une nouvelle démonstration serait inutile, n’est-ce pas ? » &lt;span&gt;le&lt;/span&gt; &lt;span&gt;railla&lt;/span&gt; son adversaire, sûr de lui.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;Le nez en &lt;span&gt;sang,&lt;/span&gt; la vue trouble et les bras blessés, Leroy rechercha son pistolet du regard. Celui-ci avait rebondi à une dizaine de mètres et il s’avérait trop faible pour user de ses pouvoirs psychiques. À demi KO, Nate attrapa son flingue de secours, un petit calibre qu’il gardait dans sa &lt;span&gt;rangers.&lt;/span&gt; Leroy cracha du sang de manière abondante en sentant le contact froid du métal dans sa paume rassérénée. &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;« Stop ! » articula-t-il, tant bien que mal tout en tirant sur sa cible, sans l’atteindre. &lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;Le visage tuméfié, les yeux hagards, Nathaniel visa le dos du quidam qui &lt;span&gt;ouvrait&lt;/span&gt;la porte de l’escalier pour rejoindre l’étage. L’homme au chapeau s’arrêta un instant, comme pour le défier, sans se retourner pour autant. Puis, il poursuivit son ascension en lévitant au-dessus des marches. &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;Le doigt de Nate se contracta douloureusement sur la détente. &lt;span&gt;Bizarrement,&lt;/span&gt; il dut faire un effort &lt;span&gt;surhumain&lt;/span&gt; pour conserver son arme en main. En effet, une autre scène, extraite de son passé, remplaça celle-ci, le tétanisant complètement. Durant un court moment, Nathan revit le prêtre sur lequel il dut faire feu pour sauver sa sœur, plusieurs mois plus tôt. Une nuée de gouttes de sueur perlèrent sur son front en revoyant Marco Delcruz, &lt;span&gt;celui qui lui permit de développer son plein potentiel. Le vicieux t&lt;/span&gt;élépathe usait de ses souvenirs contre lui en le replaçant dans la même situation que jadis. Incapable d’agir, le doigt crispé sur la détente, Nathaniel Leroy abaissa le canon de son arme vers le sol. La silhouette du gars disparut dans l’embrasure de la porte en le saluant d’un revers de chapeau.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;« Merde, » râla Nathan. Non seulement, il n’avait pas alpagué ce&lt;span&gt;type &lt;/span&gt;mais de surcroît, d’épaisses fumées noires envahissaient la pièce. Et ce monoxyde de carbone lui serait aussi fatal que ses blessures. À demi assommé, il reprit connaissance lorsqu’une poutre en flammes s’effondra en travers du laboratoire, écrasant les petites monstruosités qui s’animaient partout. En voyant ces choses affreuses et difformes se rapprocher de lui, Leroy reprit ses esprits. Il se mit à tirer vers elles, les faisant exploser dans un concert de cris et de mugissements sanglants. Toutes les salles du rez-de-chaussée brûlaient, de même que les deux étages au-dessus de sa tête. À court d’idée, Nate remit son oreillette en place. Son corps le faisait tant souffrir qu’accomplir ce simple exercice lui parut &lt;span&gt;insurmontable.&lt;/span&gt; Le gadget crépita, comme fichu, et le flic aperçut les premières flammes entrer dans la cave. Cette fois-ci, Juste ou pas, sa survie &lt;span&gt;ne tenait qu'à un fil.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;MARGIN-BOTTOM: 0cm&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;span&gt;Chapitre second du Règne des Immortels. Personnages, histoire et copyright exclusif Sullivan Lord, 2009.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>Elégie pour un vampire, chapitre un en ligne</title>
    <link>http://www.sullivanlord-editeur.com/post/Chapitre-un-d-El%C3%A9gie-pour-un-vampire</link>
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    <pubDate>Tue, 22 Dec 2009 06:24:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Admin</dc:creator>
        <category>Elégie pour un vampire</category>
        <category>Elégie pour un vampire</category><category>L un des meilleurs romans vampiriques</category><category>Littérature gothique</category><category>Roman noir</category><category>Romantisme noir</category>    
    <description>    &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;ins&gt;CHAPITRE UN : DOCTEUR FREUD, JE PRESUME ?&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/ins&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;em&gt;Baissant les yeux, je vis que mes vêtements pendaient informes sur mes membres amaigris. Quant à la main posée sur mon genou, elle était redevenue maigre, noueuse et velue. J'étais redevenu Edward Hyde.&lt;br /&gt;RL STEVENSON, Dr Jekyll et mister Hyde.&lt;/em&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Une pluie de grêle torrentielle s'abattait sur l'oppressante citée de Scylla, faisant naître de malsains effluves de poussière et d'eau boueuse, la nuit de ce 22 décembre d'un futur proche. Nul ne pouvait apercevoir le globe lunaire, oeil de nuit cyclopéen, dissimulé sous les ténèbres des inquiétants voiles nuageux. &lt;br /&gt;L'averse, étonnamment glaciale, avait surpris les élégants citadins et les tristes parias nocturnes. La plupart d'entre eux s'étaient réfugiés dans leurs petites bâtisses de ciment et d'acier, ou dans leurs grands cartons crasseux, baignant dans une immonde fange saumâtre aux relents abjects de pourriture. Seules quelques mystérieuses gargouilles grisâtres, aux traits sereins, contemplaient les toits de la vieille ville avec emphase, les genoux arc-boutés sur les rebords glissants de leurs perchoirs surélevés. Le Duc, trempé jusqu'aux os, arpentait les rues sombres et infâmes de cette ville tentaculaire, gigantesque jungle de béton, soumise aux affres de ses fils indignes. Quatorze ans auparavant, Scylla se dénommait encore Sedan, une petite bourgade méconnue nichée au coeur des contrées légendaires de la Déesse Arduinna, soit les Ardennes Françaises. Mais depuis les remous provoqués par la chute du Mur de Berlin en l'an de grâce 1989, beaucoup de choses avaient changé. Beaucoup trop de choses.&lt;br /&gt;Seul un fou, une âme en peine, ou quelqu'un qui n'avait plus rien à perdre, pouvait se promener ainsi au gré des éléments en furie et s'enorgueillir de risquer une nouvelle mort. L'église gothique de Scylla, perdue au milieu de ces rideaux de brumes miasmatiques, ne l'avait pas accueillie depuis des décades. Pourtant, jadis, elle faisait partie intégrante de sa vie et des principes religieux qu'on lui avait inculqués dès son plus jeune âge. Quelques chérubins rieurs priaient sûrement pour son âme, dissimulés le long des piliers et des lignes ascendantes de l'édifice. &lt;br /&gt;Il s'arrêta au milieu des ombres fugaces de la ruelle. Le claquement de ses talons sur les miroirs de glace du macadam cessa. Il écarta ses longs cheveux bruns trempés de son angle de vision, puis leva sa tête lentement vers la coupole d'ébène opaque, aile d'un funeste corbeau, qui obstruait l'espace céleste. Un rictus diabolique se dessina sur ses lèvres charnues teintées de noir, lorsque la foudre s'abattit violemment à une dizaine de mètres de lui. Ce divin trait de lumière illumina son visage blafard, son corps puissamment bâti, drapé de noir. Un arbre sur le côté droit de la chaussée, à une trentaine de mètres d'un bloc massif d'immeubles gris, venait de s'embraser. &lt;br /&gt;&quot; Dieu se fâche &quot; pensa-t-il en regardant les flammes dévorer l'arbre meurtri. En dépit des avalanches de grêlons, il se sentit pris d'enthousiasme en apercevant quelques grouillants dans le lointain brouillard. Le Duc et les siens nous surnommaient ainsi, en référence au caractère fourmillant, éphémère et illusoire de nos sociétés modernes. Pour eux, nous ressemblions à des insectes nuisibles, de vulgaires termites qui construisaient de grandes citées sans trop savoir pourquoi, vivions ensemble tout en nous détestant, mais ou chacun possédait une fonction précise, y compris celle de parasiter la vie des autres. &lt;br /&gt;Et quoi qu'il advienne, nous finirions par détruire notre ouvrage pour nous entre-tuer tôt ou tard. Dominants, esclaves et marginaux, trois classes indissociables de la race humaine, et ce en dépit de l'époque. Les immortels, tous membres de deux lignées principales, si on oubliait les Impurs, possédaient des valeurs sans doute moins communautaires et plus individualistes que les nôtres. &lt;br /&gt;A l'extrémité de l'esplanade de la Baie, les néons d'une maison de passe clignotaient avec hardiesse, émettant de puissantes gerbes d'étincelles spectaculaires. Curieusement, et bien que marchant au milieu de la Zone Urbaine, l'un des pires quartiers de Scylla, l'individu ne manifestait aucun signe de crainte ou d'angoisse. &lt;br /&gt;&quot; Quelle ironie ! Alors que tout le secteur est privé d'électricité, les lumières de la corruption humaine fonctionnent toujours...&quot;, remarqua-t-il en avançant nonchalamment, sans prendre garde aux décombres de l'ancien lycée Pierre Bayle. Devenu un tas de ruines nauséeux, cet établissement fut détruit pendant une manifestation de ses propres élèves, et ne fut jamais reconstruit. &lt;br /&gt;Désormais, il servait de refuge aux bandes armées qui sillonnaient la région, se réchauffant auprès de braseros épars aux flammes crépitantes. On apercevait d'ailleurs de-ci de-là, plusieurs effrayantes silhouettes bardées de chaînes, de tatouages ésotériques, de gants cloutés. Leurs coupes de cheveux excentriques, leurs mèches savamment colorées, se détachaient du relief des murs tagués telle une sculpturale frise baroque, apocalyptique et goguenarde. &lt;br /&gt;Cuirs noirs délavés, jeans déchirés, piercings au nez, à l'arcade sourcilière, aux lèvres, et même dans des zones plus intimes, constituaient les signes de reconnaissance de ces étranges nomades, amateurs de motos, de rock gothique et de virées criminelles. A cette heure tardive, ils ronflaient bruyamment, une fille dans les bras des plus chanceux, une orpheline canette de bière dans ceux des autres. Ruthwen les avait toujours considérés avec une certaine sympathie, il retrouvait un peu de sa rébellion dans leurs attitudes, et puis certains d'entre eux fréquentait le Silverstar, sa boîte de nuit.&amp;nbsp;&amp;nbsp; &lt;br /&gt;Il n'y prêta pas attention. Seuls les deux individus, qu'il apercevait au loin sous le porche de l'hôtel Venus, l'obnubilait vraiment. La furie des éléments climatiques, associée à cette panne de courant inespérée, devrait le préserver d'éventuels témoins pour ce qu'il devait faire, en l'occurrence, se repaître.&amp;nbsp;&amp;nbsp; &lt;br /&gt;La baie, gigantesque étendue d'eau couverte de vaguelettes ininterrompues, s'affichait tel un dépotoir sur son flanc gauche, par delà les putrides pans du lycée abandonné. Certains arguaient que des bidons de produits toxiques y flottaient parfois à côté de cadavres humains, noyés là par la pègre locale. Même la grêle hésitait à tomber dans cet effrayant bourbier où de nombreux liquides gras, colorés ou mousseux se mélangeaient avec embarras. &lt;br /&gt;Grâce à ses sens amplifiés, le Duc put en apprendre davantage sur les deux individus esseulés qui palabraient sous l'abri, refuge d'une corruption bassement humaine. A en juger par ses cheveux grisâtres, son physique de boxeur et sa peau ridée comme un vieil abricot sec, le type devait avoir une soixantaine d'années. Mal rasé et habillé sans aucune classe, il fumait plus que de raison en s'agitant nerveusement, semant des mégots de cigarettes à tout bout de champ. Une paire de chaussures usées, un pantalon noir en cuir et un anorak vert composait l'attirail de ce parfait abruti. Il se disputait avec la prostituée, une certaine Julie, et de toute évidence, il tentait de l'escroquer.&lt;br /&gt;Celle-ci était blonde et plutôt attirante, bien que son maquillage eut coulé sur son visage enjôleur d'une vingtaine d'années, les formes pleines et harmonieuses de sa poitrine à peine dissimulées sous la fourrure de son long manteau sombre. Le Duc repéra également le galbe alléchant de ses cuisses derrière leur prison de Nylon noir, et le fait que la jeune femme supportait des talons hauts comme certaines de ses congénères.&lt;br /&gt;Alors qu'il avançait à la rencontre des deux mortels, une brève mais terrible souffrance lui transperça le&amp;nbsp; corps de part en part, douloureux éclair interne où chaque fibre de son être parut sur le point de se consumer. Le monstre était en manque. Déjà, son organisme commençait à se rebeller contre sa conscience. Un manque non de sexe, de drogue ou d'alcool mais de sang, la substance qui lui assurait l'immortalité depuis des générations. En effet, le Duc Ruthwen, symbole emblématique de l'obscurantisme contemporain, était un vampire.&lt;br /&gt;Créature maudite dont les rayons solaires provoquaient la mort instantanée, il survivait au milieu des ténèbres de ce monde décadent depuis environ cinq cents ans. Se nourrissant du sang des mortels imprudents qu'il chassait dès la tombée de la nuit, le Duc possédait en contrepartie d'étonnants pouvoirs, dont une force colossale. Plus qu'un surhomme, le sang qui irriguait son cadavre détenait l'aisance et la puissance d'un des tous premiers vampires originels, une souveraineté léguée par feu Karnak, son père vampirique. Cependant depuis quelque temps, et en dépit de ses origines élitistes, ce titre de Seigneur Cardinal, le Duc se sentait cruellement affaibli, à tel point que ses facultés télépathiques, l'arme la plus utilisée des vampires avisés, fonctionnaient presque de manière aléatoire. &lt;br /&gt;Désormais, un brasier interne et ravageur, une langue de magma insidieuse et lancinante rongeait l'ange déchu, figure de proue d'un néoromantisme gothique. Ruthwen avait brûlé ses dernières calories sous les rideaux de fine glace et devait impérativement trouver de quoi s'abreuver, sous peine de s'affaiblir davantage à chaque minute écoulée. Sa tête le brûlait vivement, sa chair se mit à trembler tel un vulgaire toxicomane. Le précieux liquide incarnat commença à lui faire cruellement mal tant il séjournait dans ses veines en quantité insuffisante. Pendant un instant, il crut pouvoir refréner l'Autre, mais sans succès. &lt;br /&gt;Son alter ego maléfique, barbare et immoral, prit alors possession de son être. Ainsi, son côté humain libéra le chemin au pire des monstres qui soit, une créature abjecte qui sommeillait en lui depuis déjà sept années, sorte de reflet déformé sur lequel il possédait de moins en moins d'emprise. Pour la psychiatrie moderne, Ruthwen souffrait de schizophrénie. Ses dernières luttes avaient scindé son esprit en deux êtres a priori distincts, le gentilhomme affable et le prédateur sanguinaire. Mais la notion de folie pouvait-elle seulement s'appliquer à un tel mythe ? &lt;br /&gt;Le Duc Ruthwen qu'on surnommait le traître, le fils indigne ou encore l'amoureux maudit en raison de ses idylles tragiques, portait de nombreux masques. Cet être sinistre, marginal et tourmenté, avait assassiné son père, trahit sa propre caste, et livré ses frères à la pire vindicte qui soit, celle des leurs. Celui qui pactisa avec la plus vile des vampires afin de lui livrer la tête d'Abdul Karnak, devînt le proscrit de sa sanglante famille répugnante, l'immortel que ses frères et soeurs pourchassaient inlassablement. Heureusement, les sinistres événements de 1999 jadis prévus par Michel de Nostre Dame dit Nostradamus dans ses prophétiques Centuries lui avait procuré un répit considérable. Certains croyaient le Duc mort, et même s'il n'en était rien, ce statut lui convenait parfaitement.&amp;nbsp; &lt;/p&gt;
&lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Oubliant la douleur, l'Autre comme le surnommait Ruthwen, se força à parcourir les cent mètres qui le séparaient de ses proies. Il apparut brusquement sous les éclairs rouges et verts de l'enseigne qui indiquait &quot;Hôtel Vénus&quot; en lettres capitales. Les deux individus eurent un sursaut commun en saisissant du regard l'homme à la crinière brune et au sourire démoniaque. Les superbes yeux bleus de la fille de joie s'attardèrent sur ce nouvel arrivant qui venait de faire son entrée dans l'arène de cette lugubre nuit.&lt;br /&gt;Il était vêtu d'une paire de bottines, d'un pantalon, d'un boléro et d'un manteau long qu'il portait grand ouvert, tous d'une noirceur uniforme. Seule sa chemise blanche et ample, assortie d'un jabot habilement brodé, qu'elle avait dû apercevoir dans un vieux film de cape et d'épée, rattachait ses vêtements au monde de la clarté. La boucle finement argentée de son ceinturon luisait doucement dans la pénombre.&lt;br /&gt;Solide et de carrure imposante, il la dépassait presque d'une tête et devait avoir vingt-cinq ans. D'un physique plutôt banal, il émanait de lui une sorte d'aura qu'elle ne put définir ou analyser. Certains vampires arguaient que le Duc bénéficiait d'un charisme surnaturel, ses yeux singuliers portaient la marque de ces gens d'exception, ceux devant lesquels les femmes se pâment et que les hommes maudissent jusqu'à leur dernier souffle. Diablement rusé et séducteur, il figurait le portrait même de ce que les mortels ne seraient jamais. Julie Mac Gregor se mordit la lèvre inférieure, le goût âcre de la peur se fixa au creux de sa gorge. Bien qu'attirant, la noirceur de cet homme l'effraya au plus haut point.&amp;nbsp;&amp;nbsp; &lt;br /&gt;De son côté, le vampire ressentit la douce chaleur qui se dégageait du corps de la jeune libertine, puis distingua aisément l'odeur de son parfum enivrant, suave et délicieusement sensuel. Le tout demeurait rythmé par les battements de ce petit coeur fragile soumis à une terreur grandissante. Il jubila. Elle ferait une victime idéale. Jetée sur le trottoir dès son adolescence suite à une fugue, pas encore droguée, son sang serait vigoureux, presque dénué d'impuretés. Un délice à consommer sans modération.&amp;nbsp;&amp;nbsp; &lt;br /&gt;Le client de Julie, Kevin Palomino, n'avait presque pas cillé. Il ne semblait guère impressionné par cet individu qui affichait une apparence digne d'un étudiant des Beaux Arts en perdition. Dans une situation similaire, et malgré son âge, il aurait sûrement réussi à les surprendre de la même façon. Pourtant, Kevin ne parvenait pas à s'expliquer comment ce quidam venait de parcourir près de cent mètres sans que ni lui, ni Julie Mac Gregor ne l'entendent ou l'aperçoivent...&lt;br /&gt;Afin de dérider cette atmosphère empreinte d'électricité, le vampire salua ses futures victimes d'un couvre-chef invisible, à la manière d'un sémillant mousquetaire, faisant la révérence à la Dame tel un noble de la Cour. Palomino se détendit en glissant une main dans sa tignasse de cheveux poivre et sel ébouriffés. Dire que, pendant un instant, il avait pris cet individu pour un caïd, une menace potentielle ! &lt;br /&gt;Julie, circonspecte, s'était rapprochée à reculons du mur de l'édifice, couvert d'inutiles graffitis tout autant obscènes qu'inesthétiques. Un sentiment mitigé de crainte et de convoitise brilla dans son regard azuré, des gouttes de sueur coulèrent le long de son front puis de son dos crispé, se mélangeant à ses vêtements trempés, ce qui la fit frissonner davantage.&lt;br /&gt;&quot; Hé, mec ! T'as pas cent balles ?&quot;, coupa le mortel. Il s'agissait de la somme qui lui faisait défaut pour aller soupirer sur la catin. &lt;br /&gt;Ruthwen souleva un pan de son manteau et sortit un élégant pistolet à pierre qu'il braqua vers son interlocuteur. Kevin, surpris, laissa sa clope s'échapper de sa bouche grande ouverte. Sa cigarette s'éteignit sur le macadam mouillé dans un ultime filet de fumée noirâtre. L'emphase surnaturelle, la détermination extrême de ce macabre trublion, lui fit comprendre que l'arme ne pouvait pas être factice.&amp;nbsp; &lt;br /&gt;&quot; Désolé pérégrin, seulement une ! répliqua le Duc, visiblement embêté de ne pouvoir accéder à la requête de son nouvel ami. Aucune crainte à avoir, je ne vous épargnerai pas ! &quot; &lt;br /&gt;Un sourire vicieux dénuda ses canines.&lt;br /&gt;Julie, incrédule mais fascinée, contempla la scène sans parvenir à bouger, les yeux écarquillés. Palomino affolé, se mit à genoux, implorant pitié tandis qu'un éclair déchirait les ténèbres au loin, suivi du vrombissement d'un tonnerre vengeur.&lt;br /&gt;Le Duc observa l'homme un court instant. On eut dit qu'il ne voulait plus mourir. C'était pourtant bien lui qui, un instant auparavant, avait requis d'être fusillé de cent balles. Le vampire fut miséricordieux. Le talon de sa botte atteignit violemment le menton du gracié qui se brisa sous l'impact. &lt;br /&gt;A quelques mètres derrière, la courtisane s'étonna de la souplesse dont l'agresseur venait de faire usage en délivrant ce coup de pied. Jamais elle n'aurait cru un être si imposant capable d'une telle prouesse. Les yeux révulsés, Kevin s'effondra sur le dos en vomissant abondamment du sang. Quelque chose tomba de sa poche, on eut dit une petite boîte de couleur marron.&amp;nbsp; &lt;br /&gt;La jeune femme tenta de courir vers la large porte du bâtiment, seule ouverture des lieux. Ruthwen lui enserra le cou avec une vélocité surnaturelle de sa main libre. Il la plaqua contre la froide paroi de ciment, une matière à la fois rugueuse et infiniment lisse, aussi glaciale que l'étreinte de la faucheuse. En voyant le visage de la fille de joie déformé par la souffrance, il relâcha quelque peu son emprise et ses traits s'adoucirent. &lt;br /&gt;Julie voulut se débattre mais elle savait pertinemment qu'elle n'avait aucune chance contre cette brute épaisse. Elle tenta malgré tout d'atteindre la bombe lacrymogène qu'elle gardait dans la poche de son manteau de fourrure, un vieux modèle qui conservait toujours de son efficacité. Le Duc la fixa dans le blanc des yeux. Sa voix se fit autoritaire : &lt;br /&gt;&quot; Dis-moi, catin, que dirais-tu si je te cultivais un peu avant de te trucider ? &quot;&lt;br /&gt;Maintenant, cela ne faisait plus aucun doute dans l'esprit de la jolie prostituée, ce gars paraissait complètement débile. Et là, elle eut réellement peur pour sa misérable et sordide existence. Alors, elle sentit le contact froid mais rassurant, du pulvérisateur du bout de ses doigts tremblants. D'un mouvement discret, elle attrapa l'objet métallique. Julie se demanda s'il s'agissait d'une bonne idée. Après tout, le psychopathe ne l'étranglait pas au point de l'étouffer, il voulait juste l'empêcher d'hurler. Cependant, cette raison était suffisante pour lui cramer le faciès, restait à savoir comment il réagirait ensuite. &lt;br /&gt;Le vampire débuta son discours, désignant son gracieux pistolet, somptueuse oeuvre d'art au bois finement sculpté, au métal délicieusement argenté, gravé de multiples roses.&lt;br /&gt;&quot; C'est vers le XVIIe siècle en Hollande que fut conçu ce mécanisme révolutionnaire. La pierre à feu, désormais serrée entre les appuis du chien, n'avait plus qu'à se rabattre sur une platine mobile par le biais du ressort. Ainsi, elle enflammait la poudre grâce aux étincelles produites par la friction. &quot; &lt;br /&gt;Le monstre s'interrompit, devinant que son exposé incommodait la jeune roturière. &lt;br /&gt;&quot; J'ai comme dans l'idée que mes paroles ne t'enchantent pas. Tu préfères donc mourir tout de suite, je suppose ? N'est-ce pas ? &quot; &lt;br /&gt;Julie, le corps en sueur, le coeur battant, les sens en alerte, sortit la bombe de sa poche avec une précaution minutieuse. Elle ne cessait de lutter contre sa respiration qui se faisait oppressante, brûlante, rauque. Durant un instant, elle voulut crier afin de se réveiller de cet atroce cauchemar, inaltérable cocon de soierie noire où elle se tenait prisonnière. Néanmoins, la pression des doigts sur sa gorge lui rappela combien sa vie s'avérait fragile. La téméraire blonde essaya de relever son arme vers la figure de son bourreau mais ne put s'y résoudre. Dominée par son appréhension, les traits du visage tendu par l'horreur, ses yeux clairs s'embuèrent, ruisselant de larmes de supplication. &lt;br /&gt;&quot; Allons ! Une aussi jolie courtisane ne devrait jamais pleurer de la sorte ! &quot; fit-il, sans arrière-pensée.&lt;br /&gt;Julie comprit qu'elle l'avait ému et joua sur la corde sensible. Sa voix se fit hésitante, tant elle cherchait ses mots, un tel homme ne pouvait être indifférent au vouvoiement.&amp;nbsp; &lt;br /&gt;&quot;&amp;nbsp; Puis-je vous embrasser, jeune homme ? &quot; &lt;br /&gt;L'Autre ne sut que faire; ce macabre prédateur ne s'embarrassait pas de tels préliminaires. Il ne se contentait que de supplicier, ne dialoguait jamais avec ses victimes. L'Autre hésita donc, en proie au doute, victime des pensées charitables, mielleuses, encombrantes mais résolues du Duc. &lt;br /&gt;Cette fois, Julie le tenait. Son corps demeurait son plus grand atout, sa source principale de revenus, il ne lui résisterait pas longtemps. Puis, quand le moment deviendrait propice, elle s'échapperait. Elle relâcha la bombe lacrymogène dans sa poche délicatement. Ensuite, elle tendit ses lèvres pulpeuses en direction de l'homme en dépit du fait qu'il l'étranglait toujours. Elle n'embrassait jamais ses clients, mais cette fois, elle jouait sa vie.&amp;nbsp;&amp;nbsp; &lt;br /&gt;Un baiser ? Depuis quand n'avait-il pas embrassé une femme, c'est ce que l'Autre se demanda. Un an ? Une décade ? Un siècle ? Tout cela lui semblait si lointain, si irréel. Pourtant, Julie Mac Gregor s'avérait bien vivante, à la fois sensuelle, attirante et désirable. Il pouvait presque la toucher, épouser de ses doigts sa silhouette si élancée. Au même moment, il sentit la chair de son corps palpiter. La simple idée de voir son sang couler à flots au creux de sa gorge assoiffée lui fit reprendre ses esprits. S'il ne buvait pas maintenant, il ne passerait pas la nuit; il en avait la certitude.&lt;br /&gt;Julie se décida à articuler quelques mots. &lt;br /&gt;&quot; On peut poursuivre dans une des chambres de l'hôtel si vous voulez.&lt;br /&gt;- Non&quot;, répondit-il sans emphase.&lt;br /&gt;Il rengaina son étrange pistolet de corsaire sans laisser la blonde s'enfuir et l'embrassa avec délicatesse. Ses lèvres, recouvertes d'une fine pellicule noire, se mélangèrent à celles de la catin dans une fougueuse étreinte. Tout en l'enlaçant, le vampire perçut les halètements des couples qui s'ébattaient dans les chambres de l'hôtel Vénus, juste au-dessus du porche qui abritait leurs têtes. Bientôt, il sentit les courbes excitantes du corps de la jeune racoleuse. &lt;br /&gt;Le contact du vampire s'avérait plus glacial que celui du mur, mais alors que le Duc commençait à apprécier ses caresses, il libéra peu à peu les doigts de sa gorge. Le rythme respiratoire de la libertine s'accéléra sans commune mesure. Elle comprit qu'elle se devait d'agir au plus vite ou tout serait perdu. Julie fit mine de succomber, laissant son manteau soyeux glisser à ses pieds. Elle lui dévoila d'élégants dessous vert pomme, ainsi qu'un porte-jarretelles assorti qui soutenait ses bas en Nylon noir. &lt;br /&gt;Les formes courbes de la jouvencelle, une femme enfant à la peau douce et ferme, aux cheveux lisses et blonds, firent saliver le damné. &lt;br /&gt;Ensuite, elle dégrafa son soutien-gorge, libérant une délicieuse poitrine aux pointes turgescentes. Le Duc Ruthwen prit la jeune femme dénudée dans ses bras puissants tandis que celle-ci déboutonnait son boléro et sa chemise avec avidité. Il palpa ses hanches, effleura ses seins ronds et ardents, glissa ses doigts sur le relief de ses fesses fermes. &lt;br /&gt;Les doigts finement délicats de la fille explorèrent son torse musclé, ses pectoraux secs et ses abdominaux tandis qu'elle couvrait sa bouche de baisers ardents, presque passionnés. Désormais, Julie n'avait plus qu'à attraper son antique mousqueton pour le descendre. Elle saisit brusquement le pistolet à pierre, appuyant sur la détente de toutes ses forces. Malheureusement, celui-ci n'était pas chargé. Un grand clic sonore se répercuta sous le porche. Le Duc lui fit lâcher l'arme en écrasant son poignet gracile :&lt;br /&gt;&quot; Désolé de vous décevoir drôlesse, mais mon pamphlet sur ce pistolet n'avait d'autre but que de vous cultiver, non de vous instruire. Je vais donc devoir vous assassiner de manière brutale et inconsidérée, mugit-il de son timbre déformé. Si votre existence comptait quelques centaines d'années supplémentaires, vous sauriez qu'on ne refuse rien à un mâle tel que moi, car je suis un vampire.&quot;&lt;br /&gt;La dégrafée leva ses pupilles interrogatrices en direction de l'homme. Cependant, ce qui la choqua le plus, alors que la grêle redoublait d'intensité, ce fut le contraste de ces yeux si sombres au milieu de ce visage si pâle et si livide, presque cadavérique. Elle remarqua ensuite les canines proéminentes qu'il exhibait sous un sourire noir, diabolique, digne de Lucifer lui-même.&lt;br /&gt;Le Duc planta ses crocs avec rage dans le cou de la jeune libertine, sans qu'elle ne puisse réagir. Alors, il aspira son sang avec une furie sans commune mesure. Julie sentit un déchirement atroce, et eut l'impression que son coeur, soumis à une tension infernale, allait exploser dans sa poitrine comme une citrouille trop mûre lors d'un soir d'Halloween. Ce fut ensuite l'instant sublime d'un plaisir orgasmique absolu, d'une plénitude sensorielle totale qui se doubla d'une extase aussi bien charnelle que psychique, Eros et Thanatos s'unirent dans le même cercueil d'onyx, se mélangèrent aux douces roses rouges et aux déchirantes roses noires, couvrant les pétales et les épines emmêlés d'un sang limpide, sirupeux et empourpré. &lt;/p&gt;
&lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Le vampire sentit Julie Mac Gregor se lover autour de lui. Les doigts de la jeune femme s'accrochèrent avec hargne dans son dos, ses cuisses fermes et ses seins rebondis l'épousèrent avec une pernicieuse délectation. Le corps entier de la catin fut secoué de spasmes d'harmonieuse volupté pendant que le Duc la vidait de son liquide vital. Jamais Julie n'avait ressenti de choses similaires. A croire qu'elle se trouvait en pleine communion avec la création, qu'elle ne faisait plus qu'un avec l'univers. &lt;br /&gt;Pourtant, la fille de joie sentit une certaine mollesse l'atteindre subitement tandis que l'organisme du Duc Ruthwen se réchauffait sous l'afflux tiède, agréable, de l'hémoglobine. Le monstre retint Julie qu'une douce léthargie incitait à tomber. Ses canines se rétractèrent dans ses gencives, reprenant une taille normale, et il lécha la plaie qu'il lui avait causée. La blessure se cicatrisa automatiquement. Ainsi, la belle de nuit ne risquerait pas de mourir d'une perte supplémentaire de sang.&lt;br /&gt;Ruthwen lécha les dernières gouttes vermeilles qui maculaient ses lèvres désormais chaudes. Bien qu'il ne sentît plus la froideur ambiante, il reboutonna sa chemise et son boléro. Julie, en équilibre instable contre le mur, ne réagissait plus, blonde poupée de cire dénudée aux traits fixes, emportée ailleurs par un pervers démon. Le vampire ramassa son pistolet à pierre, et le remit dans sa ceinture.&lt;br /&gt;Il vit la jeune femme anémiée, fleur de bitume à jamais fanée, sur le point de s'effondrer et la rattrapa in extremis. En effleurant son doux corps qui tremblait presque, il se remémora la scène et remit son manteau sur ses frêles épaules. Il la déposa ensuite sur les marches de l'hôtel, ne sachant plus que faire. Il se trouvait dans la mauvaise phase, celle où sa raison allait reprendre ses droits. Et en attendant, son esprit dérivait tel un iceberg au gré des flots sur une mer de sang houleuse. Le Ca de Sigisismund Freud, ce reliquat de monstruosité débridée, conservait encore une partie de son emprise. &lt;/p&gt;
&lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;La grêle s'arrêta de tambouriner et le Duc entama la traversée de cette ruelle sinistre. Il posa le pied par mégarde sur une petite boîte de teinte marron. A côté de celle-ci, le corps d'un homme inconscient gisait, celui de Kevin. Ruthwen s'asseya sur le macadam dans la position d'un yogi puis observa le visage ensanglanté du mutilé. Il prit l'écrin de forme oblongue et l'ouvrit. Une paire de lunettes bleutées s'y trouvait, délicatement posée sur du velours bleu-roi. Il déplia les branches miroitantes de l'objet, puis chaussa la monture&amp;nbsp; :&amp;nbsp; &lt;br /&gt;&quot; La folie n'est jamais qu'une forme de perception différente de la réalité, lança-t-il, en s'adressant à l'homme immobile. Certains la diront tronquée, d'autres la vénéreront, mais elle n'est pas plus condamnable qu'une autre. &quot;&lt;br /&gt;Il contempla les immeubles alentours, enténébrés par la panne d'électricité, comme si le fait d'utiliser cet objet pouvait accentuer, voire altérer, la vision si particulière qu'il se faisait de la vie. A son grand regret, rien ne se passa.&lt;br /&gt;&quot; Est-ce les gens qui se disent normaux, qui doivent imposer leur comportement aux autres ? l'interrogea-t-il. Au moyen-âge, on torturait les fous. Les bouchers qui se disaient médecins voulaient arracher au crâne de leurs victimes la pierre qu'ils avaient dans le cerveau et qui troublait leur jugement. Aujourd'hui, il existe des moyens autres pour les faire taire. Entre les camisoles de force, les substances narcotiques, et les sirupeux électrochocs, les fous ont le choix entre une vaste gamme de tortures, toutes plus raffinées les unes que les autres. Mais le plus amusant demeure cette subjectivité de la folie. Après tout, ce sont toujours ceux qui se prétendent normaux qui restent les plus dangereux, question de potentiel.&quot;&amp;nbsp; &lt;br /&gt;Le Duc scruta le visage de Palomino avec parcimonie afin d'y lire un quelconque signe. L'homme ne remua point.&lt;br /&gt;&quot; Mais je parle trop, s'écria-t-il. Je ne vais donc pas troubler votre mort plus longtemps et vais de ce pas vous quitter. Une agonie se vit mieux seule, croyez-en mon usage.&quot;&lt;br /&gt;L'instant d'après, le vampire s'éclipsa.&lt;br /&gt;Toute trace de folie avait totalement disparue de son esprit revitalisé. Maintenant, on pouvait le qualifier de normal ou de fréquentable, bien que ce terme ne s'appliqua que rarement aux êtres de sa décadente fratrie. A mi-chemin, il se retourna vers le corps de la fille de joie qu'il percevait encore grâce à ses sens extrasensoriels. Sa vue était quasiment comparable à celle d'un aigle, lorsque le sang coulait à nouveau dans son cadavre. En voyant l'atroce pâleur qui courait sur les moindres traits de Julie, il comprit qu'il avait tué. Il entendit même les derniers battements de son coeur sur la route qui mène à Hadès, le royaume des ombres.&lt;br /&gt;Sa voix s'éleva :&lt;br /&gt;&quot; Vulnerant omnes, ultima necat. &quot; &lt;br /&gt;Il s'agissait de la phrase murmurée à l'oreille de Karnak, son défunt mentor, la nuit fatidique où il s'en était débarrassé, où il l'avait livré à Bastet, la plus ancienne des immortelles. Littéralement, cette phrase signifiait &quot;Toutes les heures blessent, la dernière tue &quot;. Le Duc avait bu trop de sang sur l'infortunée Julie pour que celle-ci ne rejoigne leurs rangs, la tuant dans le processus. La malédiction ne s'étendrait pas à son organisme car enfanter un vampire nécessitait théoriquement de ne lui extraire qu'une faible quantité d'hémoglobine, pas la totalité.&lt;br /&gt;L'instant suivant, le Duc s'envola pour retrouver les murailles massives du château fort de Scylla. Eugènie Constantine, sa sempiternelle compagne, attendait son retour comme lors de chacune de ses échappées nocturnes. Pourtant, rien ne l'enchantait moins que de la retrouver. Une pensée, toujours la même depuis plusieurs décades, lui traversa l'esprit. Et s'il la laissait crever la gueule grande ouverte ? Après tout, cette décadente sorcière n'en méritait pas davantage. &lt;/p&gt;
&lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Chapitre un du roman &lt;strong&gt;ELEGIE POUR UN VAMPIRE&lt;/strong&gt; de &lt;strong&gt;Sullivan Lord&lt;/strong&gt;. Tous droits réservés. Copyright exclusif Sullivan Lord 2001.&lt;/p&gt;
&lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>Elégie pour un vampire, second chapitre online</title>
    <link>http://www.sullivanlord-editeur.com/post/El%C3%A9gie-pour-un-vampire%2C-second-chapitre-online</link>
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    <pubDate>Tue, 22 Dec 2009 06:05:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Admin</dc:creator>
        <category>Elégie pour un vampire</category>
        <category>Charles Ruthwen</category><category>Littérature noire et romantique</category><category>Love story vampirique</category><category>Roman vampirique</category><category>Vampire</category>    
    <description>    &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;ins&gt;CHAPITRE DEUX : Ô TEMPS, SUSPEND TON VOL&lt;/ins&gt;&lt;/strong&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;em&gt;Adieu ! je crois qu'en cette vie &lt;br /&gt;Je ne te reverrai jamais.&lt;br /&gt;Dieu passe, il t'appelle et m'oublie ; &lt;br /&gt;En te perdant, je sens que je t'aimais.&lt;br /&gt;ALFRED DE MUSSET, Poésies.&lt;/em&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;La massive porte en bois, vermoulue par d'insurmontables siècles, grinça dans un fracas d'enfer avant de frapper le mur intérieur des souterrains du château fort de Scylla. Elle se fracassa sous l'effet de l'impact, puis tomba lourdement sur le sol raboteux, expulsant un gigantesque nuage, suffocant d'épaisses poussières brunâtres. Les charnières, entièrement rouillées, n'avaient pas résisté à la force de cet ultime assaut.&lt;br /&gt;Le vampire enjamba le tas de planches disjointes avec empressement, rejoignant les ténèbres malsaines et humides d'un poussiéreux&amp;nbsp; tunnel sépulcral, les traits déformés par le remords. Il avança ainsi pendant quelques minutes au milieu de ces ombres fuyantes et si coutumières qu'il côtoyait depuis des décennies. Il emprunta ce chemin sans cesse usité, errant dans ces dédales d'étroits couloirs, d'escaliers tournants éboulés et de pièces concaves, gigantesque labyrinthe minotaurien, fleuron d'une époque obscure où il avait vu le jour. &lt;br /&gt;Bientôt, il arriva auprès de son havre silencieux, cette hypogée à la fois glaciale et nébuleuse qui lui servait d'antre. Cependant, il n'eut pas l'occasion d'ouvrir le passage secret, dont l'entrée s'avérait habilement dissimulée car celui-ci coulissait à l'instant même. Sa regrettée Eugènie Constantine venait d'actionner le mécanisme d'ouverture en percevant son arrivée bruyante. &lt;br /&gt;Aucun visiteur impromptu n'était venu rendre visite au Duc depuis nombre d'années. Et nul homme, ou nulle femme, un tant soit peu raisonnable, ayant eu vent des légendes anciennes, ne se serait aventuré dans les galeries spectrales de ce refuge maudit. Un mausolée de pierres que les grouillants avaient cru pouvoir murer jadis pour empêcher le monstre d'en ressortir à jamais.&lt;br /&gt;De plus, le Duc Ruthwen avait veillé parcimonieusement à ce que tous les anciens récits, antiques articles de journaux, vieux livres historiques, ridicules pamphlets attestant de son existence, aient été détruits. Seul lui, possédait encore un ou deux compte-rendus de cette immémoriale période barbare, ainsi que les plans originaux du tracé de ces parois caverneuses. Le tout trônait dans une cache aménagée à plusieurs encablures de son antre. Mais même s'il avait effacé les preuves de son existence, il subsistait encore des mythes Scylliens qu'il se plaisait à entendre. Après les errances de sa vie mortelle, il lui paraissait parfois insupportable de n'être plus qu'un souvenir dans l'esprit de ses gens, une fichue date de naissance et de mort qu'étudiaient d'érudits historiens.&amp;nbsp; &lt;/p&gt;
&lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Dès que la fine paroi de pierres eut fini de glisser le long du sol, il entra dans la place rageusement. Une délicate odeur de cire chaude emplissait la pièce, se mêlant aux fumées noirâtres des chandelles déformées, avachies, mutilées par l'insoutenable fonte. Son salon se composait d'une vaste salle dans laquelle se trouvait notamment deux larges canapés assortis à des fauteuils aux dossiers de velours pourpre, quelques somptueux bibelots ainsi qu'une grande table rectangulaire entièrement sculptée. Le tout demeurait entouré de splendides tentures noires, de prestigieux tableaux. Des chandeliers rutilants siégeaient également de-ci de-là, délicatement posés sur le mobilier. &lt;br /&gt;Le Duc jeta son long manteau noir sur un fauteuil pour se débarrasser de la souillure morale qui l'habitait corps et âme. En l'ôtant, un des boutons du vêtement céda. Le petit objet rond se mit à tournoyer sur les dalles lustrées où se reflétaient les éternels objets de la salle grâce aux flammes vacillantes des chandelles. Cette ambiance feutrée, presque intemporelle, offrait à cette nef un air hautement religieux, empreint d'une majestuosité royale. &lt;br /&gt;Au sein de ce joyeux capharnaüm, on notait plusieurs tableaux célèbres, notamment la belle Ferronnière de Léonard de Vinci qui lui lançait des oeillades complices, tout aussi évocatrices qu'étonnantes de simplicité, ainsi que les courbes rondes et sensuelles de la Vénus de Milo. Les paisibles couleurs de ces chefs-d'oeuvre avaient notamment été préservées de la patine des ans par un procédé ésotérique qui rehaussait leur immortelle beauté. A leurs côtés, on notait même une ou deux oeuvres issues de la période dite préraphaélite, preuve incontestable des attaches classiques du Duc. &lt;br /&gt;De l'argenterie d'une finesse extrême, issue de la royauté française, trônait sur une large armoire dotée de minces vitraux colorés tandis que des tapis orientaux aux savantes arabesques et aux dorures d'or fin recouvraient les dalles. De petites statues de bronze étincelantes ; de petits angelots, appartenant aux siècles les plus artistiques que le monde eût portés, se trouvaient également là. Ces objets, le vampire passa des années, voire des décades entières, à les rechercher, les collectionner puis les amasser, jouant les monte-en-l'air aux quatre coins de ce globe.&lt;br /&gt;Se déjouant des systèmes de protection archaïques des humains, il s'empara des plus belles pièces, détroussant musées et riches collectionneurs. Il faut dire que le Duc bénéficiait de l'étonnante faculté de demeurer indécelable par les appareils de vidéo surveillance, une des conséquences de son immuable malédiction sanguine. Ruthwen se grisait donc, à juste titre, de posséder toutes ces choses qu'il pourrait contempler seul à jamais. &lt;br /&gt;Derrière lui, Eugènie utilisa le mécanisme de fermeture du passage secret. C'était une des seules choses qu'elle faisait encore consciemment, tout comme caresser Onyx, son chien des Enfers. A cette heure, le canin devait rôder aux abords du château en quête de proies. &lt;br /&gt;Le Duc fit plusieurs pas dans son modeste havre aménagé avec le goût d'un méticuleux collectionneur, un îlot de luxe et d'harmonie qui bénéficiait conjointement d'un confort certain, dont du matériel audiovisuel afin de se tenir informé des évolutions mondiales. Deux groupes électrogènes ainsi qu'un chauffe-eau permettait même d'alimenter les lieux en toute discrétion sans risquer d'attirer l'attention des habitants de la surface. Mais si le vampire possédait l'électricité, il préférait malgré tout le charme désuet d'un éclairage à la cire. &lt;br /&gt;Se sentant observé, Ruthwen fit volte-face vers sa servante aux cheveux blancs, à la silhouette frêle, au faciès dénué d'éclat. Véritable morte en vie, elle portait toujours la même tenue depuis des années. La créature livide, tête basse et dos voûté, aperçut les gouttes de sang qui maculaient la chemise de son maître. Elle s'empressa de quitter le salon malgré son peu de réflexes.&lt;br /&gt;&quot; Qu'est ce que ton esprit dérangé s'imagine-t-il encore ? &quot; hurla-t-il en la fixant de ses yeux de braise.&lt;br /&gt;La femme s'arrêta net, tremblant sous la répercussion sonore de chacune des syllabes prononcées par son geôlier. Toutefois, elle ne lui répondit point.&lt;br /&gt;&quot; Loin de moi l'intention de vouloir la mort de cette frêle créature. Il marqua un temps d'arrêt. Je me dois aussi de te nourrir pour que tu perdures. Et pour cela, il me faut plus de sang, bien plus de sang ! &quot;&lt;br /&gt;Depuis sa métamorphose en immortelle assoiffée de sang, Eugènie avait toujours refusé de se substanter elle-même. Aussi, le vampire l'alimentait avec ses propres réserves sanguines, ce qui n'était pas sans lui poser de problèmes quant à sa propre invincibilité. La servante ne cilla pas, pétrifiée par la peur qu'il lui infligeait. Malgré les années, elle conservait encore des signes apparents d'une ancienne beauté.&lt;br /&gt;&quot; A quelle nouvelle expérience vas-tu prêter tes dons pour te venger de moi ? &quot; lança-t-il furieusement, en constatant son irrévérencieuse mollesse.&lt;br /&gt;En voyant Eugènie céder à l'apathie, le vampire fonça dans sa direction afin de la gifler mais retint son geste. Le visage de Ruthwen s'adoucit brusquement en comprenant qu'il ne faisait que la terrifier, et que cela ne changerait rien à son état végétatif. De toute façon, elle ne lui répondrait pas ; ni ce soir, ni dans un millier d'années, car elle ne le pouvait plus depuis cette nuit fatidique où elle devint l'une des leurs. Et il ne le savait que trop bien, car il avait lui-même précipité sa chute dans la folie.&lt;br /&gt;Il voulut prendre sa compagne dans ses bras afin de lui parler, de la rassurer. Malgré cette envie, il s'en sentait incapable. Trop d'années déjà s'étaient écoulées depuis qu'il avait tenté de sauver la raison de sa promise du gouffre rassurant de l'aliénation mentale. Désormais, il se devait de vivre avec la conséquence de ses actes face à lui-même jusqu'à la fin des temps. Et rien ne pourrait l'en détacher puisqu'il ne se sentait pas la force de mettre fin aux jours de ce simulacre de femme. L'immortalité démontrait souvent de cruels revers. Et rares étaient ceux qui dénichaient en eux la force de résister au flux inlassable du temps. &lt;br /&gt;Ruthwen regarda Eugènie pendant un bref instant :&lt;br /&gt;&quot; Je suis le jeu d'une force qui me dépasse, une sorte de cancer qui me ronge et me détruit jour après jour. Cette nuit encore, l'Autre m'a forcé à ôter la vie à une libertine. Parfois, il m'arrive presque d'oublier à quelle époque nous sommes. Et toi, tu me tortures sans cesse, ne serait-ce que par ta présence. &quot;&lt;br /&gt;Il haussa les épaules mais ne put soutenir la vision de sa partenaire, maigre enveloppe de chair humaine aux os efflanqués. &lt;br /&gt;&quot; N'ai-je donc pas encore payé suffisamment mes crimes envers toi ?&quot; fit-il sur un ton qu'il voulut sincère.&lt;br /&gt;La frayeur qui paralysait la servante docile disparut subitement de son âme dérangée. Elle ramassa le bouton arraché, pris le manteau et quitta le salon innocemment. Comme si rien de cette séculaire tragédie ne s'était déroulé, et qu'elle ne faisait que son travail tel un vulgaire automate.&lt;br /&gt;Hormis le passage secret, deux autres issues se distinguaient dans le salon. La première, sur le mur ouest de la pièce figurait une gigantesque porte à double battant tandis que la seconde, à l'opposé, paraissait de taille classique. Le Duc poussa celle-ci et alla s'installer dans une vaste bibliothèque au style ouvertement victorien. Ses doigts coururent le long d'un gigantesque orgue irisé de reflets pourpres et de subtiles tâches ocres, où il se plaisait à jouer des morceaux de temps à autre, principalement du Bach, la quintessence même du lyrisme. Ce soir, il ne se sentait pas la force de composer, aussi il s'asseya dans un fauteuil confortable pour rêvasser un peu. Au fond de la bibliothèque, une petite porte menait vers sa salle de jeu mais il n'avait pas non plus l'âme à s'entraîner au billard, fut-ce un excellent loisir.&lt;br /&gt;Ses yeux, à la fois sombres et limpides, se fixèrent sur les vitrines brillantes qui abritaient de multiples classiques. Là, des centaines de livres aux couvertures décolorées et aux pages jaunies par le temps s'entassaient, témoignage vivant d'un passé révolu. Des romans, des pièces de théâtre, des précis linguistiques, des oeuvres philosophiques et ésotériques, et toutes sortes de reliures, souvent savamment illustrées, se tenaient là. A une époque, il avait cru pouvoir en apprendre davantage sur son funeste anathème par ce biais. Mais sans véritablement y parvenir. Il avait même parcouru toute la littérature vampirique, souvent avec une attitude amusée, voire distante.&lt;br /&gt;Il se demanda un instant comment il avait échoué ici, et s'il n'était pas à ranger avec ces vieux ouvrages, incroyablement baroques. Quelques souvenirs frelatés, affluèrent à son esprit, ténébreuse vague ondulante à l'écume amère. Le Duc Ruthwen se revit alors tel qu'il était à la fin du dix neuvième siècle, vers 1898, fidèle à lui-même. C'était la nuit du jeudi 4 août 1898, très précisément.&lt;/p&gt;
&lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Ils cheminaient tous deux en haut des immenses murailles du majestueux château fort de Sedan, à l'époque où il se dénommait encore ainsi. Ruthwen arborait de rutilants souliers importés de Londres, un élégant costume noir ainsi qu'une ample chemise blanche en percale. L'allure de son visage s'avérait différente, sans doute plus douce, affichant cet air serein qui sied aux aristocrates de bonne famille. Les cheveux gominés en arrière, il portait de petites lunettes rondes cerclées d'or pour faire illusion, illustrant ainsi le portrait du parfait gentleman.&lt;br /&gt;La chaînette argentée d'une brillante et coûteuse montre à gousset dépassait de la poche de son ensemble noir. Distingué, cultivé, riche, le Duc représentait le gendre idéal, le mari parfait, le fils prodigue que tout homme rêverait d'être. Doté de son influence ténébreuse, il serait aussi l'amant ultime. Il avançait avec classe, tenant une lampe à huile au bout du bras afin d'éclairer les petits sentiers verdoyants qui environnaient le chemin de ronde du château. Ils s'étaient promenés le long du verdoyant Bastion des Dames, puis étaient passés sous une arche de pierre, descendant quelques marches en direction du Bastion du Roy.&lt;br /&gt;Eugènie Constantine, riche bourgeoise d'une famille d'origine Grecque, resplendissait d'une infinie beauté sous l'éclat de la lune pleine, divine réverbération du soleil. Unique enfant des époux Constantine, cette véritable beauté scandinave avait pour coutume de surprendre ceux qui ignoraient ses origines puisqu'elle fut adoptée dès son plus jeune âge. De culture Européenne, elle passa une bonne partie de sa vie entre Londres et Paris où elle fit ses études. Dernièrement, ses parents avaient installé une manufacture dans les Ardennes afin de faire fortune dans une industrie textile alors en pleine expansion. Elle les rejoignait donc ici de temps en temps, ce qui lui permettait d'oublier le tumulte des grandes métropoles.&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; &lt;br /&gt;Le Duc la contempla à nouveau. Jamais sa compagne n'avait été aussi splendide depuis leur rencontre dans ces mêmes lieux. Cette nuit si calme, au ciel marbré d'étoiles à l'éclat pur, elle soutenait une fine robe de soirée en taffetas blanc ainsi que de longs gants et un chapeau cloche néopolitain de même couleur. De jolies échancrures dénudaient ses épaules graciles, et mettait habilement sa physionomie ensorceleuse en valeur.&lt;br /&gt;L'ensemble, dont le haut était fendu en v, s'ouvrait délicatement sur sa poitrine aux formes rondes, fermes et attrayantes. Noué à la taille, le bas de sa jupe restait déboutonné sur le côté droit jusqu'à mi-cuisse. A l'époque, s'exhiber dans une telle tenue s'avérait plus qu'incorrect. Cependant, Eugènie faisait partie de cette jeunesse dorée, insouciante et rebelle qui lisait les oeuvres de Byron, Shelley, ou Verne. Aussi, elle se permettait de vivre comme les héroïnes de ces romans en ne faisant aucune concession sur sa féminité. Et puis, son tailleur attitré possédait tout le loisir de lui confectionner une élégante garde-robe.&amp;nbsp; &lt;br /&gt;Ruthwen l'avait rencontrée une nuit alors qu'elle se reposait, étendue dans l'herbe entre les fortifications. Les yeux perdus dans la noire immensité de l'infini, elle recherchait un peu de calme, s'interrogeant sur le sens de sa vie. Un passe-temps qui occupait également le Duc jadis, lorsqu'il s'offrait le luxe d'oublier les affaires politiques. Seule la mort mettait donc un terme aux futilités de la vie. Plutôt que de l'attaquer, telle une vulgaire proie, il décida de l'aborder. &lt;br /&gt;Son courage lui apparaissait déjà immense de s'aventurer ici alors que les journaux s'étendaient encore sur des histoires de prétendus vampires. Des histoires popularisées par des récits en provenance d'Illyrie, de Pologne, de Roumanie, de Hongrie, d'Allemagne ou de Turquie, sans oublier la récente publication du roman d'un certain Stocker, un Irlandais. Un ouvrage qui venait corroborer le tout et dont la première édition portait d'ailleurs une couverture jaune, en raison de son caractère licencieux. &lt;br /&gt;C'était dans ce climat qu'ils firent ainsi connaissance. Néanmoins, au fil de leurs entrevues nocturnes, Ruthwen tomba follement amoureux de cette mortelle éprise d'absolu, insatisfaite par ce monde en constante ébullition. Des évolutions, inventions et révolutions, qui allaient changer à jamais la face de ce monde moderne. La révolution industrielle et son cortège de maux n'étaient pas si loin. Une première guerre mondiale, une crise monétaire qui déferlerait des Etats Unis vers l'Europe, puis une seconde guerre, les pensées humanistes ne tarderaient pas à s'effriter devant tant de drames.&lt;br /&gt;De même, Eugènie ne se révéla pas être une jeune femme perdue à la recherche du mythe romantique de ce buveur de sang qu'on nomme vampire. Non, elle représentait bien plus que cela. Elle était son reflet, elle affichait l'attitude de celle qu'il n'avait jamais trouvée, l'âme soeur dont chacun doute. Leurs entrevues durèrent ainsi pendant deux années, à peine l'équivalent d'une journée pour le prédateur. &lt;br /&gt;Bientôt, le vampire s'arrêta. Il se retourna vers sa protégée pour la contempler et lui révéler la source de son insatisfaction. Il ne pourrait plus lui dissimuler ses sentiments très longtemps, et cette douce nuit d'été se prêtait à ses espérances. La jeune femme s'avérait quasiment de sa taille. Il se rapprocha d'elle à tel point qu'il perçut la caresse de son souffle sur ses lèvres.&lt;br /&gt;Il observa ce visage aux traits doux, marmoréens, extrêmement délicats. Ces cheveux d'une blondeur absolue aux boucles interminables, ces yeux d'un bleu clair exceptionnel, cette bouche aux lèvres larges, lui évoquait le portrait d'une quelconque Circée. Sa Circée.&lt;br /&gt;Il posa la lampe à huile sur l'herbe drue, fraîche et odorante. De petits motifs, générés par la lumière, virevoltèrent sur les cuisses dénudées d'Eugènie. Telle une nuée de papillons flavescents à la fois frondeurs et curieux, ils glissèrent sous sa robe, aidés en cela par une légère brise nocturne. Ruthwen voulut lui prendre les mains, mais fit glisser son index instinctivement le long de sa joue. Il se remémora les paroles qu'il avait murmurées : &lt;br /&gt;&quot; Arrivé à la source de toute vie et de toute mort, j'ai pris le calice des possibilités et l'ai vidé d'un trait, car l'unique voie est celle que l'on se fixe, et non celle qu'on nous dicte. Il marqua une courte pause pour évacuer son appréhension. Désormais, vous devez choisir votre chemin, même si notre amour naissant risque d'être sans lendemain. &quot;&lt;br /&gt;L'amour ne rendait pas uniquement aveugle, sourd et idiot, mais surtout imprudent. Eugènie fit un pas en arrière, surprise par le ton que prenait la conversation : &lt;br /&gt;&quot; De quoi parlez-vous ? rugit-elle, tigresse blessée dans son orgueil. Qu'est ce que vous vous êtes imaginé ? enchaîna-t-elle, furieuse. Vous n'ignorez pas que la seule personne que j'aime est Michel Destenay ! &lt;br /&gt;- Mais, balbutia Ruthwen, vous m'avez avoué qu'il vous délaissait pour une autre et que vous vous apprêtiez à rompre. M'auriez-vous menti ? l'interrogea-t-il. Il rechercha une quelconque explication sur les traits impassibles, fixes, de son amie.&lt;br /&gt;- Mais non, je ne vous ai pas menti, répliqua-t-elle intransigeante. Je recherchais un amant mais pas vous. Je vous considère comme un ami, un grand frère, mais rien d'autre ! mugit-elle pour couper court au dialogue.&lt;br /&gt;- Mais toutes ces confidences faites sur votre vie, vos aspirations et vos peurs ? lança Ruthwen, accablé par le flot de paroles âpres que lui déversait celle qu'il désirait tant.&lt;br /&gt;- Ruthwen. Vous êtes mon ami. Peut-être même mon meilleur ami. Mais entre nous, il n'y a que de l'amitié, vous comprenez ? Je ne sais même pas qui vous êtes. Je n'ai même jamais vu votre visage en pleine lumière, et toutes vos excuses n'y changeront rien ! &quot; cria Eugènie, afin de clore la conversation.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Ruthwen voulut l'assassiner avec sauvagerie. Comment lui, un être avec tant d'années d'expérience, une créature avec tant de pouvoir qu'il aurait pu la tuer, ou la soumettre à tous ses caprices les plus vils, était-il tombé dans le piège de cette veuve noire ? &lt;br /&gt;La réponse était pourtant simple. Toute sa vie, il l'avait supporté seul, porté à bout de bras tel le globe d'Atlas. Et l'idée d'avoir enfin quelqu'un à qui se confier lui avait fait commettre une impardonnable bévue. Elle s'était servie de lui, au moment où il s'avérait le plus vulnérable, à l'instant même où sa trop grande désinvolture venait de prendre le pas sur sa raison. Jusqu'alors, sa vie n'avait été qu'un océan de larmes, une suite ininterrompue de tragédies, de déceptions. Et cette brève lueur d'espoir que figurait Eugènie ne brûla qu'une brève seconde. Ce feu follet, fugace lumière fantomatique qu'on apercevait parfois dans les vieux cimetières centenaires, fut inévitablement suivie du néant.&amp;nbsp;&amp;nbsp; &lt;br /&gt;Le ton du monstre se fit menaçant : &lt;br /&gt;&quot;Détesteriez-vous la nuit éternelle à ce point ? s'enquit-il, pour trouver une excuse au crime qu'il allait commettre.&lt;br /&gt;- Que vous soyez un marginal ou un sage, je le conçois. Mais cela ne change en rien ce que j'éprouve pour vous ! rétorqua Eugènie en le fixant gravement de sorte qu'il comprenne que les jeux étaient finis, qu'il avait perdu à jamais, sans aucun espoir de revanche. Vous êtes intelligent, intéressant et nous avons des affinités, des passions communes, mais rien d'autre. Elle ajouta en soufflant, jamais je n'aurais pensé que vous tomberiez amoureux de moi. &quot;&lt;br /&gt;Le Duc leva ses yeux sombres, revanchards, vers la jeune femme. Un sourire vicieux, diabolique, inhumain, lui déforma peu à peu les traits du visage. Eugènie eut un mouvement de recul instinctif. Elle fit quelques pas en arrière, pensant que son cher ami venait de disparaître.&lt;br /&gt;&quot; Peur ? ricana Ruthwen, sûr de son effet. Vous vous arrogez le droit de me torturer, car vous subodorez que je suis dépendant de vous en vertu de mes sentiments ? C'est bien cela, non ? Vous traitez les plus nobles sentiments qui soient par le mépris le plus injustifié et vous me demandez de ne pas réagir ?&amp;nbsp; &lt;br /&gt;La jolie blonde recula encore de quelques pas.&lt;br /&gt;- Charles ! lança-t-elle, vous... vous n'êtes pas dans votre état normal.&lt;br /&gt;- Normal ? Est-ce le comportement normal d'une amie que de faire souffrir celui qui l'aime par dessus tout ? &quot; riposta le vampire.&lt;br /&gt;Il éclata d'un rire sardonique à mesure que son visage blanchissait, se creusait, se déformait atrocement. Il sentait déjà la poussée de ses canines à travers les chairs de ses gencives. Le Duc voulut lui ôter la vie mais préféra en rester là. &lt;br /&gt;Aussi, il se mit à bondir à une vitesse vertigineuse le long des murailles ébréchées du château, fonçant vers le Bastion du Roy, afin de risquer une chute rédemptrice. Que lui importait de mourir ce soir ? Dans tous les cas, il se relèverait encore, encore, et encore, jusqu'à la fin des temps puisqu'il était immortel; un être cruellement solitaire, judicieusement torturé, mais immortel.&lt;br /&gt;Pourtant, alors qu'il gravissait vélocement les pierres glissantes avec l'agilité d'un chat, son voeu le plus cher demeurait pourtant de parvenir à se suicider, de pouvoir se noyer dans les lyriques flots de l'oubli, de quitter cette enveloppe par trop charnelle pour épouser le néant. Derrière lui, Eugènie, honteuse des paroles qu'elle avait proférées, tentait de le suivre en le nommant sans cesse, le sommant d'arrêter. Elle fit même l'erreur de vouloir le suivre en grimpant sur la muraille surlaquelle il courait. C'est à ce moment qu'il entendit le son clair de sa voix pour la dernière fois. Elle venait en effet de trébucher dans le vide, ne faisant qu'un ou deux pas avant de s'écraser une quinzaine de mètres plus bas. &lt;br /&gt;L'instant d'après, le silence régna de nouveau. &lt;br /&gt;La vie d'Eugènie venait de s'éteindre telle la flamme d'une chandelle soufflée par une légère brise. Son corps si désirable s'était fracassé au sol, les pierres chancelantes qui avaient causé sa chute ensevelissaient désormais son cadavre ensanglanté à moitié nu. Sa robe de taffetas blanc s'était déchirée en de multiples endroits et sa tête reposait sur une dalle froide du parvis, les yeux fixes, vitreux et grands ouverts. Ses cheveux blonds et soyeux aux boucles fines nageaient désormais dans un mélange épais de sang et de poussière centenaire. &lt;br /&gt;Charles Ruthwen ferma les paupières. La simple idée de se remémorer la suite le fit quasiment frissonner. Aujourd'hui, Eugènie n'était plus qu'une horrible imitation, un atroce reflet déformé d'elle-même. Ses cheveux si beaux arboraient une teinte grisâtre et sa peau, une fade pâleur. Son corps avait atteint une maigreur insoutenable. Même ses rondeurs féminines, et qu'il aimait tant, avaient complètement disparu. Quant à ses yeux, gemmes de cristal à l'éclat terne, ils ne resplendissaient plus depuis ce sinistre événement.&lt;br /&gt;Au grand dam de Ruthwen, Eugènie ne devînt jamais une vampire à part entière. Quoi que possédant les traits distinctifs de son espèce, soit un teint blafard et des canines légèrement développées, elle ne disposait que de quelques facultés surnaturelles, dont une force accrue. Elle n'était en sorte qu'une vulgaire goule, créature immortelle tant qu'elle buvait régulièrement le sang de son maître. A demi-humaine, elle alla même jusqu'à développer des penchants anthropophages, la pire abomination qui soit pour Ruthwen.&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; &lt;br /&gt;Elle ne pouvait enfanter d'autres vampires, mais bénéficiait de la possibilité de se promener à la lumière du jour sans périr. Cependant, elle resta confinée pendant tellement d'années en ces lieux que son quotidien se résumait désormais à cette prison de pierres grisâtres, à ces putrides cachots infâmes où croupissaient les oubliés, les bagnards et les parias d'autrefois. Eugènie faisait figure de transition entre la femme et la vampire, plus tout à fait humaine, mais déjà rongée par la malédiction du sang et de ses ignobles névroses. &lt;br /&gt;Jamais, elle n'aurait imaginé pouvoir marcher en toute liberté sous un soleil de plomb, d'ailleurs ses fragiles yeux ne l'auraient sûrement pas supporté. Sa raison ne se remettant jamais de la transformation opérée, elle passa du stade de promise à celle d'esclave, une tâche qu'elle s'assignait à elle-même sans broncher, ni s'exprimer. A croire qu'il restait une lueur de conscience dans les tortueux méandres de son cerveau déconnecté, une sorte de dysfonctionnement pervers qui la forçait à s'humilier pour que Charles se culpabilise de sa perte.&lt;br /&gt;Le Duc se leva de son fauteuil, se dirigea vers une des étagères de la grande bibliothèque et actionna un passage dérobé. Celui-ci s'ouvrit sur un escalier de pierre ascendant très étroit, étonnamment propre, qui le mena vers le seul et unique étage de son mausolée. S'il ne pouvait effacer ses erreurs passées, il parvenait parfois à les oublier. Parfois. Mais pas ce soir.&amp;nbsp; &lt;/p&gt;
&lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Second chapitre du roman &lt;strong&gt;Elégie pour un vampire&lt;/strong&gt; de &lt;strong&gt;Sullivan Lord&lt;/strong&gt;.&amp;nbsp;Tous droits réservés. Copyright 2001 Sullivan Lord.&amp;nbsp; &lt;/p&gt;
&lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>Nouveautés sur le site</title>
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    <pubDate>Mon, 21 Dec 2009 16:08:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Admin</dc:creator>
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        <category>Nouvelle fantastique inédite</category><category>Nouvelles rubriques Sullivan Lord</category>    
    <description>    &lt;p&gt;Hormis une bannière de circonstance, le site continue son relaunch avec de nouvelles rubriques (dont des chapitres onlines), quelques textes inédits (dont une nouvelle fantastique) et la possibilité de laisser des commentaires. N'hésitez pas à rejoindre notre communauté dès à présent.&lt;/p&gt;
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